Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Impossible de saisir ce concept. Même si elle le formulait en temporel, une langue dont la grammaire était conçue pour accommoder les chronoparadoxes, il refusait de devenir concret comme pouvait l’être à ses yeux quelque chose d’aussi trapu que la biologie évolutionnaire. Une telle situation défiait toute logique et transformait la réalité en spectacle d’ombres.
Oui, d’accord, on nous a expliqué la théorie à l’Académie, mais seulement de façon superficielle, comme le cours de sciences obligatoire auquel ont droit les littéraires au lycée. Ma classe n’était pas censée recevoir une formation au travail de police, après tout. On allait faire de nous des scientifiques de terrain, affectés à la préhistoire qui plus est, une période où les humains sont rares et où il est quasiment impossible de déclencher des altérations irréversibles. Nous étions dans la même situation que Stanley partant explorer le Continent noir. Que faire, que faire ?
Retourner dans le pléistocène, je présume. Aussi loin en amont, on n’a sans doute rien à craindre. Et Manse devrait encore s’y trouver. (Non, « encore », ça ne veut rien dire, pas vrai ?) Il va s’occuper de tout. Si j’ai bien saisi ses sous-entendus, il a déjà (« déjà ») rencontré ce genre de problème. Peut-être qu’il va enfin consentir à me donner des détails. (Et peut-être que je pourrai lui dire que je sais qu’il est tombé amoureux de moi, ce gros nounours. Je me suis montrée trop timide, ou trop effrayée, ou trop hésitante… Nom de Dieu, espèce de nunuche, arrête de gamberger comme ça !)
Un troupeau de baleines passa en contrebas. L’une d’elles fit un bond hors de l’eau, faisant naître en y retombant une titanesque fontaine, qui arrosa ses puissants flancs d’un blanc étincelant.
Tamberly sentit son sang s’échauffer. « C’est cela, oui, railla-t-elle à voix haute, va te réfugier dans les bras du mâle dominant et remets-t’en à lui pour arranger les choses afin que la petite princesse puisse dormir tranquille. » Tant qu’elle était sur place, pourquoi ne pas se faire une idée plus précise de ce monde et revenir avec un rapport détaillé plutôt que des sanglots ? Quelques heures de reconnaissance, rien de plus. Comme Manse lui-même ne cessait de le ressasser : « Dans notre boulot, on n’a jamais trop d’information. » Ses observations risquaient de l’orienter vers la source de ce désastre.
« Bref, le mot d’ordre est : résistance », déclara-t-elle. Sa résolution se raffermit ; l’espace d’un instant, elle se vit sonner la Cloche de la Liberté à peine coulée. Une minute de réflexion, et elle régla les contrôles du scooter pour faire un saut à Londres.
L’heure était fort tardive mais, à cette latitude, le jour éclairait encore la cité. Celle-ci s’étendait sur les deux rives de la Tamise et un nuage de fumée la recouvrait. Elle en estima la population à un million d’habitants. La Tour de Londres était bien là, ainsi que l’abbaye de Westminster, qu’elle n’était cependant pas sûre de reconnaître, et on distinguait quantité de vieilles églises parmi les maisons ; mais sur la colline de Saint-Paul était bâti un monstrueux édifice. Usines et banlieues grises brillaient par leur absence. La campagne était toute proche, parée d’or et de vert par les feux du couchant. Dommage qu’elle ne soit pas en état d’apprécier le spectacle.
Et ensuite ? Où aller ? A Paris, je suppose. Nouveau réglage.
Paris était plus étendue que Londres, environ deux fois plus. Quantité de routes pavées rayonnaient de la cité. On y observait un trafic intense, ainsi que sur le fleuve : piétons, cavaliers, carrosses, chariots à bœufs ou à mules, barges, voiliers, galères armées de canons étincelants. Elle remarqua parmi les maisons ce qui ressemblait à des forteresses, avec tourelles et remparts. Bien plus agréables à l’œil étaient la demi-douzaine de palais, qui lui rappelèrent ceux qu’elle avait pu voir à Venise. L’île de la Cité abritait l’un d’eux, qu’avoisinait un temple encore plus titanesque que son équivalent londonien. Le cœur de Tamberly battit un peu plus fort. C’est ici que ça se passe, bien plus qu’outre-Manche. Voyons ça de plus près.
Elle décrivit une spirale pour observer les faubourgs de la ville à mesure qu’elle s’éloignait de son centre. Quiconque aurait levé les yeux dans ces rues tortueuses n’aurait aperçu qu’un point brillant dans le ciel qui virait à l’indigo. Elle ne vit ni l’Arc de triomphe, ni les Tuileries, ni le bois de Boulogne, ni les terrasses des cafés…
Versailles. Ou à peu près. Un village bâti au bord de la route, aux maisons plus variées et moins serrées les unes contre les autres que dans les communautés paysannes, et, à trois ou quatre kilomètres de là, une sorte de château au sein d’un parc peuplé de pelouses et de jardins. Tamberly se dirigea vers lui.
À l’origine, ce devait être un château fort, une forteresse même ; quelques pièces d’artillerie décoraient encore l’arrière-cour. Il avait été remodelé au fil des siècles, se voyant agrémenté d’ailes gracieuses et spacieuses, pourvues de fenêtres et vraisemblablement conçues à usage d’habitation. Mais des sentinelles montaient toujours la garde autour des bâtiments. Elles étaient vêtues d’un uniforme rouge à parements dorés et coiffées de casques extravagants, mais les fusils qu’elles portaient à l’épaule avaient sûrement servi. Un drapeau flottait à un mât, frémissant sous la brise vespérale. Elle reconnut les clés entrecroisées qu’elle avait aperçues dans le port de Manhattan.
Un personnage important demeure ici… Un instant ! A l’horizon ouest, le soleil inondait des prés où se croisaient paons et chevreuils, ainsi qu’un jardin à la française entouré de tonnelles croulant sous les roses. Qu’est-ce que c’est que cette lueur que j’aperçois ?
Tamberly descendit. Si quelqu’un la repérait, que pourrait-il lui faire ? Hé ! prudence, n’oublie pas leurs tromblons. Elle s’immobilisa à une altitude de quinze mètres pour mieux examiner les tonnelles. Grossissement optique… Oui, chacune d’elles abritait un soldat. Qu’est-ce qu’ils peuvent bien garder, planqués comme ça parmi les roses ?
Elle sauta à une altitude élevée, se plaça directement à l’aplomb de sa cible et braqua ses instruments sur le sol. Une vision lui apparut. Elle sursauta. « Non, c’est impossible ! »
Et pourtant, c’était vrai. « Arrête de trembler comme ça ! » s’ordonna-t-elle en pure perte. Mais son esprit ne perdit rien de son acuité. En un éclair, il s’y forma toute une chaîne dont les maillons tenaient de la logique, de l’intuition, de l’espoir et de la terreur.
Près du palais, le plan des jardins était plus ou moins conforme à celui du Versailles de ses souvenirs : une grille rigide, avec allées gravillonnées, haies, massifs de fleurs, arbres écimés, fontaines et statues. La parcelle qu’elle avait sous les yeux était l’une des plus petites, à peu près de la taille d’un terrain de football. Jadis, elle avait sans doute été semblable aux autres, ainsi qu’en témoignait la maçonnerie. Mais aujourd’hui, les pavés qui bordaient les massifs dessinaient un symbole reconnaissable entre tous. Un écu frappé d’un sablier. Le tout entouré d’un cercle et barré d’un trait oblique de couleur rouge.
L’emblème de la Patrouille du temps.
Non. Pas tout à fait. Ce cercle et cette barre… Une coïncidence ? Impossible. Je cherchais à capter un signal radio, mais c’est un signal visuel qu’on m’a envoyé.
Tamberly vit que sa main était figée au-dessus du bouton qui la ferait descendre. Elle l’en écarta comme si elle redoutait de se brûler. Non ! Si jamais tu te pointes… pourquoi ces gardes sont-ils là, à ton avis ?