Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
» Ces événements exceptés, l’histoire a plus ou moins suivi le cours que nous lui connaissions. Frédéric Barberousse a rétabli l’ordre dans le Saint Empire romain, mais les querelles l’opposant à la curie ont eu une issue moins favorable. Toutefois, en l’absence de schismes pontificaux et vu la montée en puissance des États du même nom, l’Empire a renoncé à ses visées sur le Sud. Il a choisi de se tourner vers l’Ouest.
» Pendant ce temps, tout comme dans notre monde, la quatrième croisade a été détournée de son objectif premier. Les croisés ont pris Constantinople et l’ont mise à sac, après quoi ils ont placé un roi latin sur le trône. L’Église orthodoxe a été contrainte de rejoindre le giron catholique.
» L’Extrême-Orient n’était guère affecté, les Amériques et le Pacifique pas du tout. J’ignore comment ont évolué les choses par la suite. Nous ne sommes pas allés plus loin que 1250, et sans trop entrer dans les détails qui plus est. Trop de choses à faire et trop peu d’agents pour le faire.
— Et vous aimeriez connaître la suite de l’histoire, tous les deux, dit Denison avec une vigueur renouvelée. D’accord, je vais vous en faire un résumé. Sans entrer dans les détails, moi non plus. Quand les choses se seront tassées, peut-être que j’écrirai un livre sur la question.
— Cela nous serait utile, déclara Tamberly d’un air grave. Nous apprendrions sur nous-mêmes des choses qui sinon nous seraient restées à jamais cachées. »
Elle a la tête sur les épaules, et dans cette tête une cervelle de premier ordre, se dit Everard. Certes, elle est encore jeune. Mais suis-je si vieux que ça ?
Denison s’éclaircit la gorge. « C’est parti. Barberousse a échoué à conquérir la France, mais il l’a tellement affaiblie que son processus d’unification s’est trouvé interrompu, et la guerre entre Capétiens et Plantagenêts – qui correspond plus ou moins à notre guerre de Cent Ans – a vu la victoire des Anglais et la création d’un État anglo-français. Ni l’Espagne ni le Portugal ne sont parvenus à sortir de son ombre. Un peu plus tôt, le Saint Empire romain avait succombé à une épidémie de guerres civiles. »
Everard opina. « Je m’y attendais un peu. Frédéric II n’avait jamais vu le jour.
— Qui ça ?
— Le petit-fils de Barberousse. Un personnage hors du commun. Il a remis sur pied son empire disparate et donné du fil à retordre au Saint-Siège. Mais sa mère était une fille posthume de Roger II qui, dans notre histoire, est mort en 1154.
— Je vois. Ça explique pas mal de choses… Dans l’autre univers, ce sont le plus souvent les guelfes qui prenaient le dessus, de sorte que la Germanie a évolué vers une réunion d’États pontificaux, de facto sinon de jure. Pendant ce temps, les Mongols envahissaient l’Europe, y pénétrant bien plus loin que dans notre monde, car les Germains étaient trop occupés par leurs querelles intestines pour les repousser. Lorsqu’ils se sont retirés, l’Europe de l’Est était en ruines, et ce sont les colons germaniques qui en ont profité. Les Italiens ont pris le contrôle des Balkans. Les Français ont peu à peu assimilé les Anglais, dont il n’est plus resté de traces hormis dans le langage…»
Denison poussa un soupir. « Au diable les détails ! Puissante comme elle l’était devenue, l’Église catholique pouvait étouffer toute dissidence. Il n’y a eu ni Renaissance, ni Réforme, ni révolution scientifique. À mesure que les États séculiers se décomposaient, ils passaient l’un après l’autre sous la coupe de l’Église. Tout a commencé lorsque les Cités-États ont placé des ecclésiastiques à la tête de leurs républiques. Le monde a traversé une période de conflits religieux, schismatiques plutôt que doctrinaux, mais Rome a fini par triompher. Au bout du compte, le pape était le souverain suprême de toute l’Europe. Une sorte de califat à la mode chrétienne.
» Comparée à la nôtre, cette civilisation était très en retard sur le plan technologique, mais elle a découvert le Nouveau Monde au XVIIIe siècle. Les colonies ne s’y sont développées que très lentement. L’Europe n’abritait aucune société capable de produire et de soutenir l’exploration et la libre entreprise, et les colons étaient maintenus dans un strict état de dépendance. Par ailleurs, le système a commencé à trembler sur ses bases au XIXe siècle : rébellions, guerres, dépressions et misère généralisée. Lorsque j’ai débarqué, les Mexicains et les Péruviens résistaient à leurs prétendus conquérants, mais leurs chefs étaient des métis le plus souvent chrétiens. Et des aventuriers musulmans commençaient à mettre leur grain de sel. Car l’islam connaissait un regain de vigueur et d’expansionnisme. Idem pour la Russie. Une fois débarrassés des Mongols, les tsars se tournaient de plus en plus vers l’Occident, voyant dans l’Europe affaiblie une proie fort tentante.
» Au moment où Wanda est accourue à mon aide, les Russes étaient au bord du Rhin et l’alliance turco-arabe faisait une percée dans les Alpes orientales. Les dirigeants comme l’archicardinal Albin s’efforçaient de dresser ces deux menaces l’une contre l’autre. Sans doute connaissaient-ils un certain succès, vu qu’elle a trouvé mon jardin intact en 1989, mais ça m’étonnerait qu’il ait survécu encore longtemps. Selon toute vraisemblance, les musulmans et les Russes auraient fini par envahir l’Europe pour s’entre-déchirer ensuite sur sa dépouille. »
Denison retomba sur sa couche, épuisé.
« Apparemment, nous avons restauré un univers meilleur », dit maladroitement Everard.
Tamberly gardait les yeux fixés sur le mur. À mesure qu’elle écoutait le récit de Denison, sa mine n’avait cessé de s’assombrir. « Mais nous avons annihilé des milliards d’êtres humains, n’est-ce pas ? dit-elle à voix basse. Ainsi que leurs rires et leurs chants, leurs amours et leurs rêves. »
Everard eut une bouffée de colère. « Ainsi que leurs serfs et leurs malades, leur ignorance et leurs superstitions, rétorqua-t-il. Ce monde n’a jamais découvert le concept de science, n’a jamais mis sa logique à l’épreuve des faits. Ça crève les yeux. Il a persisté dans son malheur jusqu’à ce que… Ou plutôt il n’en a rien fait. Nous avons empêché cela. Je refuse de me sentir coupable. Nous avons rendu les nôtres à la réalité.
— Oh ! oui, oui ! souffla Tamberly. Je ne…»
La porte de la chambre s’ouvrit. Tous trois se tournèrent vers elle. Une femme se tenait sur le seuil, d’une taille et d’une minceur également impressionnante, avec des membres longilignes, une peau dorée et un visage d’aigle. « Komozino ! s’exclama Everard en se levant d’un bond. C’est un agent non-attaché », expliqua-t-il à ses amis, passant de l’anglais au temporel.
« Oui, comme vous », dit l’intéressée. La détresse se peignit sur ses traits. « Je vous cherchais partout, agent Everard. Nous avons reçu les rapports des éclaireurs envoyés en aval. La mission a échoué. »
Il accusa le coup.
« Certes, le roi Roger survit à la bataille, poursuivit Komozino sans fléchir. Il assoit son pouvoir, conquiert de nouvelles terres en Afrique, attire à sa cour certaines des plus grandes intelligences de l’époque et meurt dans son lit en 1154, léguant la couronne à son fils Guillaume ; bref, tout se passe comme attesté. Mais nous n’avons toujours pas de contact avec l’avenir lointain. Et on ne trouve aucune antenne de la Patrouille après le milieu du XIIe siècle. Les éclaireurs nous décrivent un monde totalement étranger à celui que nous connaissons. Qu’est-ce que le chaos a encore accompli ? »