Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
— Je sais. Je partageais tes sentiments. Eh bien, on peut considérer la question comme réglée. La mission est passée comme une lettre à la poste. » Pas vraiment, non. Il y a eu de la souffrance, du danger, et j’ai vu mourir des hommes courageux. Mais je suis si heureux que tout me semble merveilleux.
« J’ai entendu des vivats et je me doutais un peu… Merci, Manse, merci. »
Everard et Tamberly s’assirent de part et d’autre du lit. « Remercie Wanda », dit Everard.
Denison acquiesça. « Je n’y ai pas manqué. Elle a même allégé ma sentence de cinq ans, tu le sais ? Cinq années dont je me passe sans peine. Les quatre que j’ai vécues là-bas me suffisent amplement.
— Tu as été maltraité ?
— Non, pas exactement. » Denison exposa les conditions de sa captivité.
« Tu as le chic pour te faire capturer, pas vrai ? » taquina Everard.
Il le regretta tout de suite en voyant son ami pâlir et en l’entendant murmurer : « Oui. S’agissait-il d’une simple coïncidence ? Je ne suis pas physicien, mais j’ai lu des articles sur les champs de probabilité quantique et les nexus temporels.
— Ne te fais pas de bile pour ça », s’empressa de dire Everard. Et ne va pas te demander si le hasarda fait de toi un pistolet chargé à la gâchette sensible. Moi-même, je ne suis pas sûr de maîtriser la théorie. « Tu t’es sorti de ces deux aventures aussi frais qu’une rose, ce qui n’était pas vraiment mon cas. Demande à Wanda – elle m’a accueilli au retour avant que j’aie pris ma douche. Mais continue, je t’en prie. »
Encouragé par cette remarque, Denison s’exécuta en souriant. « L’archicardinal était un brave type, à sa façon, bien que son statut social ne lui donnât guère de latitude. Non seulement c’était un prince de l’Église, mais c’était aussi un puissant noble du beau pays de France, lequel englobait aussi les îles Britanniques. Il était souvent amené à faire brûler des hérétiques et à faire massacrer des paysans révoltés. Il n’en était pas troublé outre mesure, car il considérait que cela était de son devoir, mais il n’en jouissait pas, contrairement à certains personnages haut placés que j’ai pu croiser. Bref. Son rang ecclésiastique avait plus de poids que son titre de noblesse. Dans cette Europe, les rois ne sont… n’étaient que des fantoches, ou à tout le moins des vassaux de l’Église.
» Albin – l’archicardinal, donc – était un type instruit et intelligent. Il m’a fallu de longs mois et des litres de sueur pour le convaincre de la vraisemblance de mon histoire de visiteur venu de Mars. Il me posait des questions sacrement embarrassantes. Mais j’étais apparemment sorti de nulle part, ne l’oublions pas. Je lui ai dit que mon char volait si vite qu’il était invisible, un peu comme une balle de fusil. Il a avalé ce bobard, vu qu’il ignorait tout du bang supersonique. Dans cette civilisation, on avait inventé le télescope et on savait que les planètes étaient des globes dans le ciel. Mais l’astronomie en était restée au géocentrisme ; les savants étaient autorisés à utiliser la fiction mathématique d’un univers héliocentrique pour faciliter leurs calculs, mais… Peu importe. Tout cela peut attendre. J’ai appris tant de choses, et des plus étranges, même séquestré comme je l’étais.
» Car non seulement Albin avait confiance en moi, mais en outre il tenait à me soustraire au zèle de l’Inquisition, qui m’aurait torturé jusqu’à faire de moi une épave tout juste bonne à finir sur le bûcher. Albin estimait qu’en faisant preuve de patience, il pouvait en apprendre bien davantage de ma bouche, et il n’était pas contaminé par la crainte de la sorcellerie. Certes, il acceptait une certaine dose de magie, mais c’était à ses yeux une autre forme de technologie, avec ses propres contraintes. Donc, il m’a hébergé dans l’une de ses possessions des environs de Paris. Je n’étais pas trop à plaindre, sauf pour ce qui est de… enfin, passons. J’étais bien logé et bien nourri, et on m’autorisait les promenades dans les jardins, mais toujours sous bonne garde. Et j’avais accès à la bibliothèque du château. Albin possédait beaucoup de livres. L’imprimerie avait été inventée dans ce monde. C’était un monopole de l’Église et de l’État, tout possesseur d’une presse clandestine étant puni de mort, mais les classes supérieures avaient tous les livres qu’elles désiraient. Ce sont eux qui ont sauvé ma santé mentale.
» L’archicardinal me rendait visite chaque fois qu’il en avait la possibilité. Nous parlions durant des journées entières, et parfois même des nuits entières. C’était un interlocuteur fascinant. Je faisais de mon mieux pour le captiver. Peu à peu, je l’ai convaincu de placer un signal dans le jardin, sous la forme d’une parcelle agencée selon mes vœux. Je lui ai dit que mon char avait été frappé par un vent éthéréen. Mais mes amis martiens ne manqueraient pas de me rechercher. Si l’un d’eux passait par là, il atterrirait en apercevant ce symbole. Albin avait bien l’intention de le capturer, ainsi que son véhicule. Il ne lui aurait fait aucun mal, à condition qu’il accepte de coopérer avec lui. Le savoir des Martiens, une alliance avec les Martiens… tout cela était très tentant. Car l’Europe de l’Ouest était en péril. »
Denison s’interrompit. Il avait la gorge sèche. « Ne te fatigue pas, lui dit Everard. On peut reprendre demain. »
Denison se fendit d’un sourire. « Ce serait de la cruauté mentale. Tu meurs de curiosité, je le sais. Et Wanda aussi. Jusqu’ici, je n’étais pas d’humeur à raconter mes épreuves. Les bonnes nouvelles que tu m’apportes m’ont revigoré. Je pourrais avoir un verre d’eau ? »
Tamberly alla en chercher un. « Elle ne s’était pas trompée sur tes intentions, je suppose, dit Everard. Tu voulais signaler ta présence à un Patrouilleur mais l’inciter à la prudence et le décourager de prendre trop de risques pour te sauver. » Denison opina. « Eh bien, nous lui devons une fière chandelle, tous les deux, non seulement parce qu’elle t’a tiré de ce guêpier, mais aussi, comme tu l’as dit, parce qu’elle a allégé ta sentence de cinq ans. Ils auraient fini par te presser comme un citron. »
Tamberly revint avec un verre d’eau. Denison l’accepta, mais laissa traîner sa main sur celle de la jeune femme. « Vous guérissez vite, à ce que je vois », lança-t-elle. Il gloussa et but une gorgée.
« D’après Wanda, tu as pas mal bûché l’histoire de ce monde, reprit Everard. Un réflexe normal, je suppose. Tu espérais sans doute découvrir à quel moment elle avait divergé de la nôtre. Tu as trouvé ? »
Denison secoua la tête. « Pas précisément. L’histoire médiévale n’est pas ma spécialité. Je la connais aussi bien qu’une personne raisonnablement instruite, mais pas mieux. Tout ce que j’ai pu déduire, c’est que, durant le bas Moyen Âge, l’Église catholique a pris le dessus dans sa rivalité avec les rois et les États. Hier, on m’a expliqué ce qui était arrivé à Roger II de Sicile, et je me suis rappelé qu’il était cité dans quelques livres comme un personnage particulièrement négatif. Peut-être que tu pourrais me donner une idée des premières divergences.
— Je vais essayer. Pendant ce temps, repose-toi un peu. » Everard avait conscience du regard de Tamberly posé sur lui. « Dans le continuum que nous avons avorté, Roger et son fils aîné, qui était aussi le plus compétent, ont péri en 1137 à la bataille de Rignano. Le prince qui lui a succédé n’était pas à la hauteur. Le duc Rainulf, ennemi de Roger et allié du pape Innocent II, s’est emparé de toutes les possessions siciliennes sur le continent. Leurs conquêtes africaines ont suivi peu après. Pendant ce temps, l’antipape Anaclet II a rendu l’âme et Innocent a régné d’une main de fer. Lorsque Rainulf est mort à son tour, la papauté est devenue la puissance dominante de l’Italie du Sud, y compris hors de ses États. Cela a encouragé l’élection d’une série de pontifes plutôt agressifs. Petit à petit, ils ont conquis tout le reste de l’Italie, la Sicile incluse.