Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Tout en supervisant du coin de l’œil le montage du film de Korber et une fois achevé le tournage de Jo, Louis part rejoindre quelques jours sa résidence bretonne où il surveille notamment la bonne santé de l’élevage de chevaux de Patrick. Passionné d’équitation depuis plusieurs années, ce dernier est à la tête d’une écurie d’une quarantaine d’équidés destinés au trot et au galop défendant sur les hippodromes les couleurs bleu ciel et bleu marine avec un certain succès. Louis passe également beaucoup de temps à téléphoner à Gérard Oury qui vient de finaliser la distribution de sa Folie des grandeurs où il a retenu Alice Sapritch pour camper la duègne et de nombreux comédiens espagnols parmi lesquels don Jaime de Mora y Aragon, marquis de Casa Riera et frère de Fabiola, la reine des Belges. Le décidément nouveau complice de Louis de Funès Paul Préboist est également du voyage dans le rôle… d’un muet !
Une semaine avant son départ pour la région d’Almeria, Louis assiste impuissant à la volée de bois vert que lui réserve la critique lors de la sortie de Sur un arbre perché le 12 avril. Non seulement, et cela ne lui est pas arrivé depuis longtemps, la presse se garde de le soutenir, mais elle le flagelle. « On revient sur chaque gag lentement, longuement. Trop lentement, trop longuement, écrit Louis Marcorelles dans Le Monde[484]. On a envie de voir Louis de Funès marcher, courir, vivre, et non pas le sentir enfermé. » Dans Le Figaro, Louis Chauvet[485] espère que « très bientôt, un meilleur scénario viendra récupérer la vedette pour nous la rendre à ses habituelles occupations ». Dans Les Lettres françaises, on le juge « inégal » et dans France-Soir on estime qu’« il nous doit une revanche. Pour nous empêcher de penser avec nostalgie au Corniaud, à Oscar, à La Grande Vadrouille ou à quelque gendarme venu de Saint-Tropez[486] ». Personne n’ose écrire que ce film est mauvais, que Louis de Funès est décevant, parce que son public ne comprendrait pas un tel tir de barrage, on n’est pourtant pas loin de le penser. Les spectateurs se montrent fidèles au rendez-vous, mais en moins grand nombre qu’à l’habitude, lui préférant Les Mariés de l’an II de Jean-Paul Rappeneau avec Jean-Paul Belmondo et Marlène Jobert. Il faut bien en convenir, pour Louis de Funès il s’agit d’un bide comme il n’en a pas connu depuis la sortie du premier Gendarme. Louis a voulu avec Korber tenter une nouvelle expérience, offrir un divertissement d’une nature différente en toute bonne foi, mais il a dérouté ses admirateurs qui entendent le voir virevolter, gesticuler, s’époumoner avec force gesticulations. Là, prisonnier d’un espace trop petit, il ne peut les satisfaire. Il n’est pas homme à regretter ses choix, désireux de sortir de la facilité et des situations où il suffirait qu’« [il s’]écrie régulièrement devant la caméra : Ah ![487] », mais il doit bien reconnaître qu’en ce domaine on ne le suit pas. Louis de Funès ne veut pourtant pas devenir un « fonctionnaire du rire », ayant toujours une idée qui lui trotte dans la tête. « Je lis, je note sans arrêt, avoue-t-il. J’ai un sujet insolite basé sur des événements quotidiens. Je réunirai une équipe de collaborateurs triés sur le volet. On se renverra la balle en s’exposant mutuellement nos idées. Quand le film sera prêt, peut-être le mettrai-je en scène. L’idéal ce serait de le produire aussi moi-même. Mais ça, je ne peux pas l’envisager… Je me ferais trop de soucis[488] ». Cela sera pour plus tard… ou jamais !
Pour le moment, Louis songe à partir avec Jeanne en Espagne, si toutefois cela s’avère possible. Depuis quelques jours, Jeanne se plaint d’inexplicables vertiges lorsqu’elle saute de son lit un peu trop vite. Consulté, un ancien interne des hôpitaux de Paris, diagnostiquant une paresse de sa vésicule biliaire, lui demande si elle mange de la salade. Jeanne consomme en effet les laitues du potager du Cellier mais elle a la fâcheuse habitude de les assaisonner avec de l’huile d’olive, « première pression à froid ». Le praticien « leva les bras au ciel, raconte Patrick de Funès[489]. “L’huile d’olive, de première, deuxième ou troisième pression à froid — ou à chaud — est un poison pour l’intestin ! Votre côlon s’irrite, vos selles se décalent et n’arrivent plus à se fixer. Par réaction, votre vésicule devient aussi inerte qu’un gant de toilette.” » En un mot, si Jeanne de Funès va en Espagne, où la nourriture est cuisinée en majorité à base d’huile d’olive, elle risque le pire. C’est ce que pense immédiatement Louis en se mettant dans le crâne que son épouse a de fortes chances de s’empoisonner ! Il ne tarde pas à en informer Gérard Oury, qui n’en croit pas ses oreilles. Décidément, La Folie des grandeurs joue de malchance. Après la disparition brutale de Bourvil et les humeurs politiques d’Yves Montand, Oury devrait-il trouver un remplaçant à de Funès ? Il n’est pas loin de le penser. Heureusement, c’est compter sans la détermination de Patrick qui, informé de la situation, se fend d’un « il est gâteux, votre docteur ès trous du cul ». Aussi, on trouve rapidement un compromis. Gérard Oury devra chaque jour faire venir du beurre de Normandie par avion, et un container d’huile de tournesol acheminé en même temps que les costumes. Ouf ! Louis peut s’envoler en toute quiétude pour une durée de dix semaines pour la péninsule Ibérique où l’attendent plus d’une centaine d’acteurs et de techniciens, sans compter un chien de Saint-Hubert, quatre dogues allemands, un perroquet polyglotte, douze chameaux, cinquante chevaux, des flamants roses… Il ne manque que le raton laveur si cher à Jacques Prévert.
484
Article paru le 21 avril 1971.
485
Article paru le 22 avril 1971.
486
Article paru le 21 avril 1971 sous la signature de Robert Chazal.
487
Louis de Funès à Éric Leguèbe in Le Parisien libéré daté du 18 mars 1971.
488
Louis de Funès à Michel Derain in Paris-Jour daté du 20 décembre 1971.
489
Patrick de Funès in Médecin malgré moi, Éditions Le Cherche Midi (2008), pp. 59–60.