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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Louis a tout juste le temps d’aller vérifier que ses plantes et ses fleurs au Cellier ont été mises à l’abri d’un hiver qu’on annonce rigoureux, que déjà il est à pied d’œuvre au Théâtre du Palais-Royal pour faire connaissance avec ses nouveaux partenaires dans cette reprise d’Oscar dans des décors de Georges Wakhevitch. Les nouveaux s’appellent Corinne Le Poulain, Brigitte Degaire, Jean-Pol Brissart, Laurence Badie et surtout Gérard Lartigau qui reprend le rôle de Christian Martin créé par Guy Bertil. Les trois autres connaissent le texte et la mise en scène sur le bout des ongles. Maria Pacôme et Mario David furent ses partenaires en tournée puis au Théâtre de la Porte Saint-Martin tout comme Germaine Delbat. Dans sa mise en scène, Pierre Mondy doit faire en sorte que les « nouveaux » soient au diapason des autres et surtout de Louis de Funès qui retrouve en quelques secondes ses automatismes. Chacun s’y plie de bonne grâce, à l’exception de Gérard Lartigau, formé à l’école de la Comédie-Française[507], qui traîne quelque peu les pieds. Cela a le don d’agacer un Louis de Funès qui, par ailleurs, le trouve trop « vieux » pour le rôle, en dépit de ses 29 ans ! Il est vrai que Louis peine à oublier Guy Bertil et qu’il aurait aussi aimé qu’Olivier soit à sa place s’il n’avait été troufion. Très vite, il mène la vie dure à ce Gérard Lartigau dont il dit à qui veut l’entendre qu’« il n’est pas très courageux  ». Aussi, le comédien passe parfois de bien mauvais quarts d’heure car, « quand mon père avait pris quelqu’un en grippe, il ne le lâchait pas jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il voulait  », reconnaît Patrick de Funès[508], ajoutant qu’« il n’a trouvé à son goût dans ce rôle que Bertil et mon frère Olivier lors de la reprise en 1972  ». En revanche, il est enchanté par Laurence Badie, épatante en Bernadette, la bonne devenant baronne. Cette reprise d’Oscar est incontestablement l’événement majeur que le Tout-Paris attend. Voilà presque dix ans qu’on n’a pas vu Louis de Funès sur les planches, depuis La Grosse Valse. Chacun va pouvoir savourer en « chair et en os » le héros de La Grande Vadrouille et l’inénarrable « Gendarme ». Claude Magnier dans L’Avant-Scène s’en délecte d’avance, écrivant : « Quelle chance aujourd’hui qu’il veuille abandonner pendant quelque temps le cinéma. Car, sans Louis, Oscar serait une “ex” pièce de théâtre, et Oscar, maintenant, c’est lui : de Funès.  » Claude Magnier n’invente rien. Louis a décidé de lever le pied et de ne rien accepter avant au moins une année. Il n’en a d’ailleurs pas fait mystère, confiant à Marie-Thérèse Blanc dès le mois de juin[509] : « Je ne quitte pas l’écran, je reviendrai, c’est certain. Cependant, je sens la nécessité de faire le point en quelque sorte. Primo, je veux mettre en scène un certain nombre d’idées à moi. Ensuite, j’éprouve le besoin de me renouveler. Or, je tourne sans arrêt et cela ne me permet pas de réfléchir comme je veux le faire. C’est pour cela que j’ai décidé de me donner un an complet sans tourner.  » Louis précise encore : « Depuis que j’ai travaillé avec Gérard Oury sur La Folie des grandeurs, j’ai pris goût aux metteurs en scène scrupuleux. Je ne veux plus partir à l’aventure avec des textes pas finis, des trucs que l’on me demande d’inventer et que l’on émousse en les réalisant… je cherche des horlogers, comme Oury, comme Pierre Mondy au théâtre. Il ne faut plus compter sur moi pour rattraper les à-peu-près. Je ne veux pas tourner au gugusse approximatif. Le rire est trop sérieux. Je le respecte autant que le public[510]. » On serait tenté d’ajouter : « À bon entendeur, salut ! »

Au soir du 30 septembre, ils sont nombreux à se presser dans sa loge à l’issue de la première d’Oscar. Jean-Paul Belmondo, Tino Rossi, Michèle Morgan, Alice Sapritch, Eddie Barclay, Paul Meurisse, Jean-Pierre Melville, Gérard Oury, Nicole Croisille… se succèdent pour le féliciter. Les jours suivants, les journalistes ne trouvent pas de mots assez forts pour souligner sa performance. Le très influent Pierre Marcabru titre son papier dans France-Soir  : « Le triomphe de Polichinelle  » et il le débute ainsi : « De Funès ne se donne pas, il se projette. Il attaque. Il bondit. Il force toutes les serrures. […] Il tire les rires comme d’autres arrachent des cris. […] Il se bagarre, danse comme un boxeur, accélère son rythme et gagne par K.-O. Le public demande grâce : il est mort de rire[511]. » Pas une seule fausse note dans un concert d’éloges où s’entrechoquent des formules allant de « tour de force  » à « inventions de poète  » en passant par « rage écervelée », « singeries fantastiques  », etc. La presse n’a d’yeux que pour de Funès, au point d’en presque oublier Maria Pacôme dont La Croix[512] note qu’elle « apparaît comme un monument de sobriété face à de Funès  ». Parler de sobriété à propos de Maria Pacôme, c’est comme parler de légèreté pour un âne bâté ! Son exubérance pâtit de l’ouragan de Funès et elle ne se privera pas, quelques mois plus tard, de le faire savoir en confiant que « Louis jouait seul  ».

De Funès est au zénith sur scène et dès le mercredi 8 décembre 1971 à l’assaut des écrans avec la sortie de La Folie des grandeurs dans sept salles parisiennes dont le Gaumont-Ambassade, le cinéma fétiche de Gérard Oury. Ce cent trente-cinquième film de Louis de Funès tant attendu aussi bien par son public que par les critiques connaît dès la première séance de quatorze heures une affluence record qui dépasse celle de La Grande Vadrouille, près de 120 000 entrées contre 106 000 ! Pari gagné pour Gérard Oury et son nouveau tandem. Yves Montand et Louis de Funès se partagent les faveurs d’une presse quasi unanime, assurant qu’on n’a jamais fait mieux dans le genre. On souligne aussi que Montand tire merveilleusement son épingle du jeu, réussissant l’exploit de ne pas être écrasé par son partenaire. On s’amuse encore de la prestation d’Alice Sapritch. Bref, on aime sans retenue, sauf dans Télérama où l’on reproche à Gérard Oury de « faire dans le commercial et le populaire ». Réponse cinglante du réalisateur : « Cela me fait bondir ! Quelle est l’ambition d’un auteur depuis Euripide jusqu’à Anouilh ou Pinter ? Qui rêve de jouer ses œuvres devant des chaises vides ? Faire des films à message est une mode. Moi, je n’ai qu’un message, celui du rire. Quand les hommes rient, ils ne sont pas méchants[513]. » Pas méchants non plus Les Aristochats de Walt Disney, film sorti ce même mercredi et qui se place en première position. Ironie de la programmation, Louis de Funès se fait presque concurrence à lui-même. N’a-t-il pas enregistré quelques semaines plus tôt un 33 tours où il raconte les aventures de ces malins matous face à un majordome cupide ? Un disque riche encore de chansons interprétées par son ami Maurice Chevalier dont la santé ne cesse de décliner depuis sa tentative de suicide en mars dernier. Louis le sait souffrant d’une affection rénale. Dès qu’il apprend son admission à l’hôpital Necker le 14 décembre, il veut lui rendre visite, mais son secrétaire François Vals l’en dissuade. Toute visite est interdite par le professeur Jean Hamburger, qui ne peut plus que soulager les souffrances du plus célèbre enfant de « Ménilmuche » qui s’éteint le 1er janvier 1972 à l’âge de 84 ans.

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507

Gérard Lartigau est le fils d’Edwige Feuillère.

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508

Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.

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509

In Le Soir illustré daté du 24 juin 1971.

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510

Louis de Funès à Michel Derain in Paris-Jour daté du 21 octobre 1971.

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511

Article daté du 5 décembre 1971.

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512

Article daté du 6 décembre 1971.

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513

Article paru le 15 décembre 1971.

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