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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Reste à savoir si ce tournage aux allures de Far West ne lui réserve pas d’autres bonnes ou mauvaises surprises.

19.

Le triomphe de Polichinelle

« J’ai accepté le risque de ce film et de ce rôle parce que j’aime tout ce que fait de Funès qui est un grand ami de mon copain Pierre Mondy. Il me fait rire aux larmes et j’ai vu tous ses films. Quand Gérard Oury m’a lu le scénario j’ai ri comme un fou en pensant à ce que Louis pourrait faire de son rôle et j’ai aussitôt accepté avec enthousiasme, sans penser à moi[490] », assure Yves Montand quelques jours avant de s’envoler lui aussi pour l’Espagne. La présence de Montand dans un film signé Oury aux côtés de Louis de Funès suscite la curiosité de toute la presse parisienne, prête à se faire l’écho du premier couac entre les deux comédiens. Chacun connaît les caractères bien trempés de l’un comme de l’autre. Si seulement ils pouvaient « s’écharper », ça ferait à coup sûr un gros titre en première page. Las, les journalistes vont rester sur leur faim. Autre sujet de curiosité, la présence en duègne « raide dingue  » d’Yves Montand de la comédienne Alice Sapritch jusque-là abonnée aux femmes acariâtres et revêches et dont on a fait savoir qu’elle exécuterait un strip-tease ! Elle-même s’en fait tout un cinéma, ne sachant comment parfaitement « tortiller du croupion ». Qu’importe, Gérard Oury lui a trouvé à Paris un professeur ès effeuillages en la personne de Sophia Palladium qui fait les beaux soirs du Crazy Horse Saloon. Oury «  voulait que je prenne des cours pendant plus d’un mois, raconte Alice Sapritch[491]. Tu parles, nous nous sommes vues une fois. Une fille charmante d’ailleurs. Elle m’a dit deux ou trois trucs, et puis ce fut tout. Comme si remuer mon cul allait me poser des problèmes insurmontables.  » En catimini, le réalisateur assiste à ce cours « magistral » où sa future doña Juana dite « la vieille » se dandine en réussissant sans le vouloir à faire glisser son jupon en frétillant du derrière. Elle est à ce point ravie de son effet que, apercevant Gérard Oury, elle ramasse du pied son jupon et le lui lance à la figure. « Je le rattrape. Même jeu sexy avec sa culotte à trou-trous, se souvient Oury[492]. Ça, je le filmerai : Montand ligoté sur un lit, impuissant, si j’ose dire, recevant au nez les affriolants dessous de Sapritch ! Quand même un peu inquiète, Alice se tourne vers moi : “Tu es vraiment sûr que mon strip-tease, tu le veux dans ton film ?”  » Et comment qu’il le veut, ce numéro, sans imaginer qu’il deviendra mondialement célèbre.

Ce 19 avril, chacun s’installe tranquillement dans le seul hôtel luxueux d’Almeria. Yves Montand, Louis et Jeanne y arrivent ensemble. Les y attend une armada de journalistes et de photographes. Mais les reporters n’ont d’yeux que pour Montand dont le film L’Aveu vient de connaître un énorme succès à Madrid. Chacun le harcèle de questions, au point que Louis et Jeanne se sentent mis à l’écart. Surpris d’être ainsi négligés, ils vont s’asseoir dans un coin en attendant que passe l’orage. Yves Montand ne tarde pas à prendre conscience de cette situation pour le moins embarrassante. Fort habilement, il conduit les journalistes vers son partenaire en le prenant par le bras afin qu’il soit à ses côtés pour la photo souvenir. L’élégance de ce geste n’est pas pour déplaire à Louis, qui y sent comme un début de complicité. Ils ne sont pas les seules vedettes à coucher et à dîner dans cet hôtel. En effet, Almeria est terre de cinéma. On y tourne aussi Soleil rouge de Terence Young et Adios Sabata de Gianfranco Parolini. Ils y croisent ainsi Alain Delon, Charles Bronson, Yul Brynner et Ursula Andress. Louis les salue chaque matin, sans toutefois s’attarder en grandes discussions. Il n’est pas là pour faire des mondanités mais pour travailler, veillant, comme à son habitude, à ne pas distraire sa concentration. Il ne s’accorde du bon temps que le soir quand, avec Jeanne, il rejoint Gérard Oury et Michèle Morgan[493] autour d’un repas frugal. Ce rendez-vous nocturne a sa préférence. Discuter et rire avec son metteur en scène est sa bouffée d’oxygène qu’il ne veut manquer sous aucun prétexte. Certes, il aurait aimé pouvoir au moins une fois partager un repas avec Yves Montand mais celui-ci passe, chaque soir, des heures à téléphoner à Simone Signoret. De quoi parlent-ils ? Selon certains témoins, Yves Montand va à la recherche de conseils sur la façon d’aborder la scène qu’il doit tourner le lendemain ! Non qu’il ne soit pas sûr de lui, mais force est de constater que Louis de Funès l’impressionne par sa facilité et son incroyable capacité à improviser quand il le juge nécessaire. Cela contraint parfois Yves Montand à recommencer plusieurs fois des prises de vues alors qu’il n’y est pas vraiment habitué. Bon prince, il ne se cabre pas, acceptant de se mettre au diapason de son complice.

Comme si le sort voulait s’acharner sur La Folie des grandeurs, le ciel en sa fureur se met à gronder. Almeria, la terre bénie du western spaghetti connue pour son aridité reçoit chaque jour des trombes d’eau. Il pleut tellement qu’il est quasiment impossible de filmer le moindre plan. Chaque jour de chômage technique coûte une jolie somme sur un budget fixé à 20 millions de francs pour l’ensemble de cette production titanesque. « Il faut ajouter, se souvient Alain Poiré[494] que, dans le scénario, la chaleur devait être torride et le désert… désertique ! Or, sous l’effet de cette pluie inhabituelle, l’herbe s’était mise à pousser dans le sable ! Les gens nous répétaient qu’on n’avait pas vu ça de mémoire d’homme. […] Nous avions engagé des équipes spéciales qui désherbaient le désert.  » Avec un certain retard, toute l’équipe se déplace ensuite à Grenade où le froid a décidé de s’installer. Aux dires des Andalous, ils n’ont pas vu cela depuis cinquante ans ! Pour donner un air de gaieté à cette Espagne grelottante, il faut planter des fleurs artificielles sur les parterres de l’Alhambra. Ce n’est qu’une petite péripétie par rapport à ce qui attend Gérard Oury une fois arrivé à Madrid. De nombreuses scènes doivent se tourner dans les salles du palais San Lorenzo del Escorial. Une fois sur place, l’équipe n’est pas autorisée à entrer dans ce lieu prestigieux. Le décorateur Georges Wakhevitch est contraint d’en construire des répliques à une échelle plus réduite sur les plateaux des studios de Madrid et plus tard dans ceux de Saint-Maurice. Même souci avec les rues, les ruelles et les patios madrilènes qu’il fait, eux aussi, reproduire à l’identique. Le lundi 7 juin, Gérard Oury fait venir les cent cinquante étudiants « grands et beaux » qu’il a recrutés à l’université pour incarner des Grands d’Espagne chargés de conspuer Louis de Funès en don Salluste. Oury, parlant un espagnol plus qu’approximatif, ne parvient pas à les faire hurler : « Salluste au poteau ! Mort à Salluste !  » Yves Montand et Louis ne se gênent pas pour rire de bon cœur en voyant leur réalisateur s’égosiller en pure perte. Roberto Bodégas, son assistant espagnol, vient, heureusement, à son secours. Pour motiver les figurants amorphes, il les harangue d’un : « Les enfants ! Regardez bien ce mannequin pendu au bout d’une corde ! Ce mannequin que nous allons brûler, c’est Franco !  » Sans perdre une seconde, Gérard Oury fait ronronner les caméras. Un accessoiriste craque une allumette et cent cinquante gosiers scandent : « À bas Franco !  » « Aucune importance, je doublerai plus tard, raconte Gérard Oury[495]. Les applaudissements crépitent autant que le feu. La scène est dans la boîte. On ne nous expulse pas. Cela ne signifie nullement que, les dernières années du général Franco, l’Espagne ait été tolérante, mais comme le dit Montand : “Fils, en URSS, si on avait pendu Brejnev, Roberto allait en cabane et nous on rentrait à Paris !”  »

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490

Yves Montand à Jean-Claude Mazeran in Le Journal du dimanche daté du 25 mars 1971.

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491

Alice Sapritch in Mémoires inachevés, Éditions Ramsay (1990), pp. 114–115.

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492

Gérard Oury, op. cit., p. 242.

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493

Michèle Morgan quittera l’Espagne le 10 mai afin d’aller présider le 24e Festival de Cannes.

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494

Alain Poiré, op. cit., pp. 348–349.

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495

Gérard Oury, op. cit., p. 246.

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