Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Louis, fier de son carabin de fils, mais tout aussi fier d’Olivier dont il dit à un journaliste de la télévision venu l’interviewer dans le cadre de la future promotion de Sur un arbre perché qu’il fait de gros progrès et qu’il aimerait maintenant le voir s’essayer sur scène, une fois libéré de ses obligations militaires. Justement, de théâtre il en est fortement question avec Jean-Michel Rouzière. S’il ne se sent pas encore prêt pour servir Molière et se montre réticent à l’idée de défendre Azaïs, car cette pièce trop datée mérite moult travaux de réécriture pour l’actualiser, il signe pour une reprise d’Oscar au mois de novembre. Rouzière souhaiterait programmer la pièce deux mois plus tôt mais Louis entend partir de nouveau en août en Tunisie, il ne pourra donc commencer les répétitions qu’à la mi-septembre. Tous deux conviennent de confier la mise en scène à Pierre Mondy. En ce mois de janvier 1971, Louis a rendez-vous par deux fois avec les honneurs. Le mercredi 5, il reçoit dans les salons de l’Hôtel de Ville la médaille de vermeil de la Ville de Paris et le lendemain le prix Courteline pour L’Homme orchestre et Le Gendarme en balade. Des distinctions qu’il accueille avec la satisfaction des devoirs cinématographique et comique accomplis.
Retour devant les caméras début février sous la direction de Jean Girault dans les studios de Boulogne. Le scénario et les dialogues de Jo lui permettent de s’en donner à pleins poumons et d’user de sa mitrailleuse verbale. Moment encore pour évoquer ses « chers disparus ». Après Bourvil, c’est Fernandel qui tire sa révérence le 26 février. « Cette année a été terrible pour le cinéma français et, dans ces séries de morts, on finit par se sentir tous un peu menacés, confesse-t-il[478]. Mais, ce que l’on éprouve, c’est un sentiment de tristesse, un grand vide. Bourvil, Fernandel, ça ne se remplace pas. Il n’y a pas de “responsabilité” plus grande quand des acteurs comme eux disparaissent. Je reste où je suis. C’est tout. D’autres acteurs comiques viendront. Mais ils seront différents. » Dans cette histoire de cadavre encombrant, Louis a veillé à graver sa touche personnelle à propos des gags dont il se réserve la primeur et que Jean Girault se contente de valider sans trop poser de questions. Il sait combien il serait audacieux voire suicidaire de refuser les idées de sa vedette. Ce serait, en particulier, se priver d’une idée géniale métamorphosant une scène banale en morceau d’anthologie. Parmi ses inventions, l’une d’elles le ravit au plus haut point. « Il s’agit d’un trucage qui me fait diminuer de taille devant mon adversaire, Bernard Blier en l’occurrence, au fur et à mesure que mon angoisse croît, raconte-t-il[479]. Par contre, lorsque je retrouve une confiance totale en moi et toute ma superbe, c’est moi qui me mets à grandir de façon démesurée. Pour réaliser ce gag en studio, il a fallu quatre jours complets de travail et la mise en place d’une machinerie cybernétique. […] Je crois que la fabrication et l’installation de cette machine ont coûté 250 000 francs. Eh oui, ça coûte cher de faire du cinéma comique avec des moyens modernes, je le sais. » Autre moment de bravoure, une scène complètement improvisée avec Claude Gensac lorsque la statue dissimulant le cadavre se brise en tombant par terre. Ni Louis ni Claude Gensac ne savent que dire face à cette situation car il n’y a rien d’écrit sur le scénario. À la question « On fait quoi ? » posée par Louis, Girault se contente de répondre : « Vous regardez la statue ! » Est-il nécessaire de préciser que cette réponse est loin de satisfaire un de Funès fort mécontent qui quitte le plateau en direction de sa loge. « Au bout d’une demi-heure, il est revenu au milieu d’un silence à couper au couteau, se souvient Claude Gensac[480]. “Je veux trois caméras supplémentaires, annonce-t-il très fort. Deux dans le salon, une dans la cuisine à côté.” Puis, se tournant vers moi : “J’ai une idée mais elle est trop compliquée à expliquer, alors tu me suis. […] Je demande le silence le plus complet, ajoute-t-il, car je serai incapable de refaire deux fois la même chose et pour cause : Claude et moi, on va improviser le plus longtemps possible.” […] On a fait d’une seule traite trois minutes et demie, qui sont entièrement dans le film. Il y eut un tonnerre d’applaudissements quand nous avons terminé. […] Pour vous dire combien ces trois minutes représentaient, dites-vous qu’à l’époque, quand on tournait quatre ou cinq minutes bonnes à garder par jour, pour un grand film, c’était beaucoup. » Une situation loin d’être isolée pendant toute la durée du tournage de Jo. En témoigne encore Guy Tréjan[481] : « De nombreuses scènes ont été sinon réécrites, retravaillées dans les minutes précédant le tournage. C’était Louis qui avait décidé. Tout cela partait du meilleur sentiment. D’un sentiment professionnel. Il ne s’agissait pas du tout de cabotinage. » Quand Louis juge une phrase trop longue, il demande qu’elle soit coupée en morceaux, et calmement il réussit à convaincre Girault et Jacques Vilfrid. Et de fait, lors de la projection du soir, chacun s’accorde à dire qu’il a raison ! Toutefois, il semble que Louis ne soit pas très à son aise pendant ce tournage si l’on en croit le chef opérateur Henri Decae[482] : « Certes, il était drôle et ne disait rien de négatif mais on le sentait préoccupé. Il pensait, m’a-t-il avoué un jour, qu’on aurait pu faire mieux. » L’acteur joue aussi de malchance en glissant sur des morceaux de plâtre, ce qui lui vaudra une entorse à l’un des orteils, tandis que Claude Gensac, ayant marché sur une scie, doit se faire poser deux points de suture. Deux « accidents » qui les contraignent le lendemain à tourner allongés dans un lit alors qu’ils auraient dû être debout face à face !
Pendant ce tournage, Louis ne rechigne pas à accorder plusieurs entretiens aux journalistes le sollicitant. Il va discuter avec Léon Zitrone chez Lasserre où il ne déguste qu’une demi-truffe en feuilleté alors que ce mets fait la gloire du restaurant de l’avenue Franklin-Roosevelt et parle longuement avec Éric Leguèbe[483]. Au rédacteur du Parisien libéré, il confie, entre autres choses : « Je n’ai pas pu jouer Jo au théâtre parce que j’étais trop fatigué à l’époque. Maintenant, je suis heureux de tourner cette pièce au lieu de la jouer. » Plutôt disert ce jour-là, Louis assure qu’à l’avenir il peut s’« accorder de ne faire qu’un film formidable par an », que ses réalisateurs les plus confortables sont Girault et Oury. « Pourtant, dit-il, il est dans mes intentions de me lancer dans la collaboration avec un jeune, un nouveau metteur en scène. À moi de le trouver. C’est ce qu’il me faut faire pour sortir du cycle des Gendarmes que par ailleurs j’adore. La nouveauté vous réveille. » Il donne encore ce conseil aux jeunes comédiens : « Faire exactement ce que j’ai fait. Entrer dans le métier par la petite porte, puis grimper, progresser à son rythme, en mettant le temps qu’il faut. En tout cas, il faut commencer par le théâtre avant de céder au démon du cinéma. » Quand Leguèbe lui demande s’il a établi des amitiés avec des « gens du métier », sa réponse est sans ambiguïté : « Non. Je n’en ai pas eu l’occasion. » Écrira-t-il un jour ses Mémoires ? « Alors là, pas du tout. Je ne sais pas écrire dans cette perspective. Je préfère écouter le chant des oiseaux, c’est bien plus joli. » Et quant à savoir si la célébrité est un fardeau, Louis affirme que « ce fardeau est lourd à porter. Il y a dix, vingt ans, je me disais : “Si je deviens célèbre, je voudrais avoir un visage de rechange”. J’avais raison. J’ai dû renoncer à mes promenades solitaires, sur les quais de Paris, parmi les fleurs et les livres. » Enfin, pour répondre à l’éternelle question de savoir quel métier il choisirait s’il n’était plus comédien, sans la moindre hésitation il proclame : « pépiniériste ».
478
Louis de Funès à Marie-Thérèse Blanc in Le Soir illustré daté du 24 juin 1971.
479
Ibid.
480
Claude Gensac, op. cit., p. 190.
481
Guy Tréjan à Brigitte Kernel, op. cit., p. 139.
482
Ibid.
483
Article paru le 18 mars 1971.