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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Alors que s’approche le tournage en studio de Sur un arbre perché, Louis partage totalement l’avis de Serge Korber expliquant que « c’est certainement un film très différent, tant pour moi-même que pour de Funès. Tout y est fondé sur un décor, une situation, une voiture maintenue en équilibre au-dessus d’une falaise, par un arbre à flanc de roc. Il y a très peu de dialogues, ce qui nous restitue, Louis et moi, dans le temps que nous préférons, celui des burlesques américains. Ce qui doit lui convenir, lui qui a toujours eu la nostalgie du muet. Cela me permet de retrouver mon style, tout en permettant à de Funès d’imposer un ton dramatique, lequel est peut-être encore plus important que ses apparences comiques[465] ». Comme d’habitude, Louis entend y apporter sa touche gaguesque, dont il fournit un exemple à Robert Chazal[466] : « De ma voiture, je fais des appels de détresse vers un bateau en me servant d’une petite glace dans laquelle le soleil se reflète. Et… l’éclair fait sauter le bateau. Je recommence vers une barque de pêcheurs… et le pêcheur fait lui aussi explosion… C’est absurde et il y a pourtant l’explication de la glace qui concentre les rayons et les rend dangereux. » Recherche de gags mais aussi recherche de ses partenaires pour l’autre film à venir et baptisé Jo. Outre Bernard Blier, il fait engager Claude Gensac, Michel Galabru, Paul Préboist et Guy Tréjan. Cette fois, pas question d’avoir son fils Olivier à ses côtés. L’aurait-il voulu que la chose aurait été impossible. Sitôt après le tournage de Sur un arbre perché, son fils doit partir faire son service militaire. Après ses classes à Montluçon, Olivier rejoindra le fort d’Ivry-sur-Seine au sein du Service cinématographique des armées où il apprendra à réaliser de petits films. Mais en attendant de retrouver les caméras, Louis surveille l’accueil réservé le 28 octobre 1970 au Gendarme en balade. Sans surprise, les aficionados de Cruchot sont au rendez-vous, même si ce quatrième opus ne parvient pas à concurrencer l’énorme succès du Cercle rouge de Jean-Pierre Melville. La balade du gendarme fait aussi bien que lorsqu’il se mariait et, surtout, il dépasse de 20 000 spectateurs Hibernatus et L’Homme orchestre. Du côté des journalistes, on continue de faire la fine bouche à l’image de Jean-Luc Douin écrivant dans Télérama[467] que « les gags sont gros comme des boules de pétanque et les personnages attristants de bêtise ». Même son de cloche dans Le Figaro[468] où Louis Chauvet constate que « le talent de l’équipe suffit à peine, cette fois, à sauver l’entreprise ». Il n’en reste pas moins que Le Gendarme en balade ravira au final près de 5 millions de spectateurs. Toujours en ce mois d’octobre, Jean-Michel Rouzière, le directeur du Théâtre du Palais-Royal, souhaite convaincre Louis de Funès de remonter sur les planches. Il lui propose de reprendre Azaïs, une comédie en trois actes de Louis Verneuil et Georges Berr écrite en 1925 où un professeur de piano applique la théorie du philosophe Azaïs selon laquelle à trente-cinq ans de malheur doivent obligatoirement succéder trente-cinq ans de bonheur[469]. Si ce sujet ne lui convenait pas, Rouzière veut bien monter L’Avare. Flatté par la proposition, Louis demande à réfléchir et lui laisse entendre qu’il ne saurait revenir sur scène qu’à l’automne prochain, d’autant que La Folie des grandeurs prend une tournure à laquelle il ne s’attendait pas.

En ce même mois d’octobre, alors que Gérard Oury a lui aussi renoncé à tourner ce film, il en parle longuement avec Alain Poiré. Qui peut remplacer un comédien irremplaçable ? De Bourvil, qui peut avoir le charisme, la drôlerie, la finesse ? Personne. Vraiment personne. Louis en est presque soulagé. Seulement, les producteurs sont gens tenaces. Poiré et ses associés espagnols et allemands ne l’entendent pas ainsi. Ce film, sur lequel ils ont déjà misé beaucoup d’argent, doit se faire. On songe même à engager un acteur américain comme Jerry Lewis ! Oury crie au fou et met dans sa poche son beau projet jusqu’au jour où il entraîne Michèle Morgan dans une soirée organisée rue Monsieur par France Degand, l’agent artistique entre autres d’Henri Decae, le directeur de la photo du Corniaud. Au milieu d’une ambiance enfumée et quelque peu mondaine, Oury se trouve soudain nez à nez avec Simone Signoret. « Tu ne vas pas bien, j’imagine ? Par qui comptes-tu le remplacer ? » lui dit-elle. « Par personne, il n’y a pas un comédien en France capable de tenir ce rôle… », répond Oury auquel Signoret lance du tac au tac : « Si… lui ! » Et Casque d’or de pointer son doigt en direction d’Yves Montand. « Si tu récris le rôle en l’orientant un peu différemment et si j’ai pigé le sens de ton histoire, seul Montand peut éventuellement faire couple avec de Funès… », précise-t-elle encore. En la circonstance, l’épouse de Montand, dont personne ne conteste la clairvoyance, se montre d’une grande habileté. Elle a parfaitement compris que Bourvil est irremplaçable et elle sait que Montand est incapable d’atteindre le génie comique du Normand. Seulement, elle souhaite le voir abandonner pour un moment les films à caractère politique[470]. Elle aimerait qu’il fasse preuve d’éclectisme et l’occasion se présente. Elle souffle cette idée à Gérard Oury sans que Montand soit au courant, mais elle se fait fort de le convaincre. Sur ce point, elle est un orfèvre. En peu de mots, elle est arrivée à faire réfléchir Oury, au bout de quelques heures elle finira bien par faire plier Montand ! Mis au courant, Louis se montre réticent, d’autant qu’il n’ignore pas qu’Yves Montand déteste l’Espagne franquiste. Il assure à Oury que jamais ce comédien pour lequel il a beaucoup d’estime n’acceptera de franchir les Pyrénées. Mais Louis veut bien revoir toute l’architecture de l’histoire, et il finit par dire à Oury : « Montand… ? Pourquoi pas ?  » Montand ne lui fait pas peur, bien au contraire, se mesurer à ce « monstre sacré », doué de tous les talents, ne pourra que le pousser à se surpasser. Seulement, Montand et l’Espagne de Franco, c’est une autre affaire. Louis et Gérard se trompent, ignorant qu’un autre homme va se charger de lui faire entendre raison. L’écrivain et scénariste Jorge Semprun explique à son ami que les temps ont changé, que les phalangistes sont à la retraite, que l’ONU a ratifié cette évolution, que les communistes espagnols eux-mêmes sont favorables à la venue d’étrangers. Peu à peu, Montand courbe l’échine et finit par accepter de se rendre aussi bien à Madrid, à Tolède, à Séville qu’à Grenade. Pour être certain de ne pas faire de faux pas, il demande à rencontrer Louis de Funès, qui le reçoit rue Monceau. Une entrevue cordiale où Montand conclut un pacte avec son futur partenaire : « D’accord, soixante-quinze pour cent du film sont pour toi, mais les vingt-cinq pour cent qui me restent, je ne veux pas qu’on y touche. » Sur cette base, Gérard Oury peut se remettre au travail et faire retailler les costumes de Louis et de Montand afin de pouvoir commencer à tourner dès le mois d’avril 1971.

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465

Serge Korber cité par Éric Leguèbe, op. cit., p. 73.

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466

Louis de Funès cité par Robert Chazal, op. cit., p. 90.

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467

Article paru le 15 novembre 1970.

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468

Article paru le 5 novembre 1970.

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469

Cette comédie fut également l’objet d’un film signé René Hervil en 1931, avec en vedette le fantaisiste Max Dearly.

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470

Yves Montand vient de tourner L’Aveu de Costa-Gavras.

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