Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Optimisme également de rigueur pour les derniers préparatifs d’Accident, dont le titre désormais choisi est Sur un arbre perché. À ses yeux, le scénario ne souffre d’aucune imperfection. Ce huis clos automobile ne requiert l’engagement que de peu de comédiens pour les rôles principaux tenus par Louis, Olivier et Géraldine Chaplin qui prend la place initialement prévue pour Shirley McLaine, dont Louis apprécie les talents mais dont l’âge — 36 ans — pose problème. Olivier vient de fêter ses 21 ans et l’assortir à une compagne de voyage « beaucoup plus vieille » ressemblerait à un anachronisme. La fille aînée de Charlie Chaplin, du haut de ses 26 ans, semble plus crédible. Ce choix n’est pas sans arrière-pensées. En effet, depuis longtemps, Louis aimerait rencontrer, ne serait-ce qu’un bref instant, son « maître ». En plusieurs occasions il en parlera à Géraldine Chaplin mais, hélas, cette entrevue n’aura jamais lieu. Pour les seconds rôles, Louis entraîne dans son sillage Paul Préboist en speaker déjanté et Alice Sapritch comme épouse, laquelle jouit d’un capital sympathie grâce à la télévision depuis qu’elle fut une impressionnante Cousine Bette devant les caméras d’Yves-André Hubert. Avec Serge Korber, il est entendu que Sur un arbre perché se tournera en deux temps. Début septembre, Korber et son équipe partiront tourner les extérieurs sur les falaises de Cassis surplombant les calanques, puis le reste sera filmé aux studios de Boulogne. Dans les Bouches-du-Rhône, il s’agit de réaliser une prouesse technique. Un pin parasol et une Chevrolet Impala sont fixés à flanc de falaise par une équipe d’alpinistes à trente mètres du sommet. Trois cascadeurs sont chargés, guidés par radio, d’exécuter avec précision les gestes de Louis, d’Olivier, de Géraldine et de son petit chien. Mais, « mes cascadeurs ont refusé de descendre, se souvient Serge Korber[460]. Ils affirmaient que c’était impossible et surtout beaucoup trop dangereux. Comme je n’arrivais pas à les convaincre, je suis descendu moi-même afin de leur prouver que ce n’était pas si périlleux. Une fois qu’ils ont été assurés qu’il n’y avait aucun risque, on a pu se mettre au travail ». Pendant que Korber se prépare à œuvrer à Cassis, Louis guette les réactions du public de Vichy, le 23 août, lors de la première présentation de L’Homme orchestre. Il refuse de paraître sur scène, préférant se cacher dans la salle afin de noter chaque défaut. « C’est le public de Vichy, dira-t-il, qui sans le savoir, a donné la dernière touche au film. Je vais demander à Korber de couper par-ci, d’allonger par-là. » Quant à son souhait de ne pas se montrer, il l’explique ainsi : « Le public m’a vu tout grand sur l’écran. Il faut le laisser sur cette impression. S’il me retrouvait ensuite tout petit, il serait déçu. Alain Delon partage mon opinion. »
Le vendredi 18 septembre 1970, L’Homme orchestre danse et chante dans les salles parisiennes. Accueil mitigé pour cette première et dernière comédie musicale d’un Louis de Funès pourtant soutenu aussi bien par Le Figaro que par Combat[461] où Henry Chapier retient qu’« on est surpris de la relative sobriété des gestes de l’acteur qui — de toute évidence — s’est surveillé ». C’est la seconde contre-performance de Louis de Funès après celle d’Hibernatus. Il est habitué à bien mieux que 52 000 spectateurs aux premières séances et ses producteurs également. Ils vont gagner moins d’argent qu’à l’ordinaire, mais ils vont bien vite se rattraper en Angleterre et surtout en Allemagne de l’Ouest où le film de Korber est unanimement plébiscité sous le titre Alles tanzt nach meiner Pfeife. Il est vrai qu’en RFA celui que les Allemands ont baptisé Balduin bénéficie d’une immense popularité. Si Louis refuse de s’exprimer sur ce « petit succès », il annonce qu’il se sent apte à mettre en scène et à lancer de jeunes comiques de « 20–22 ans, pleins de talent mais qu’on n’emploie pas » et qu’il est encore décidé à continuer la série des Gendarmes « si l’on trouve encore un bon scénario ». Il confie que ses films préférés sont Macadam Cowboy et Le Lauréat, qu’il rêve d’un film de Michel Audiard et qu’il s’intéresse beaucoup au comique gestuel de Pierre Richard. Il assure enfin qu’il est un peu las de jouer les P-DG en colère et qu’il voudrait que dans ses « prochains films, il y ait plus de fantaisie et d’insolence ». Dans le même temps, la presse annonce le prochain tournage que prépare Gérard Oury avec Bourvil et de Funès d’après le Ruy Blas de Victor Hugo.
Ce mercredi 23 septembre aurait pu être un jour comme les autres. Un de ces jours où Louis prend tout son temps pour élaborer avec Claude Magnier et Jacques Vilfrid la préparation de son prochain film adapté de la pièce d’Alec Coppel, où un auteur dramatique dont l’épouse est menacée par un maître chanteur tue ce vilain individu sans trop savoir comment s’en débarrasser. Une future aventure pour laquelle il demande qu’on écrive un rôle de commissaire pour son ami Bernard Blier. Ce mercredi 23 septembre aurait pu être un jour comme les autres si, en début de journée, Louis n’avait pas eu envie de savoir comment se portait André Bourvil. Il prend son téléphone et il compose le numéro de son appartement du boulevard Suchet à Paris. À l’autre bout du fil, d’une voix blanche, le secrétaire de Bourvil ne peut que lui dire la vérité : « Vous ne pourrez pas lui parler, il est mort ce matin. » Le visage blême, Louis retient son souffle. « Mon père était incapable de dire un mot. Ma mère et moi, nous avons tout de suite compris qu’il était arrivé quelque chose de grave, se souvient Olivier de Funès[462]. Il a mis pas mal de temps à retrouver ses esprits avant de nous annoncer la nouvelle. Je ne l’avais jamais vu dans cet état. Il était décomposé. Il ne s’est pas mis à pleurer, mais je sentais bien que son cœur saignait. » L’ami Bourvil avait cessé de lutter contre la maladie de Khaler — un cancer des os — à une heure du matin. Conformément à ses dernières volontés, son épouse Jeanne n’a prévenu personne et certainement pas la presse.
« Quand ce sera mon tour, avait-il dit un jour à Jean-Pierre Mocky, je ne veux pas que les gens l’apprennent avant que je ne sois enterré. Rien que de penser à leur tronche, cela me rend malade[463]. » Seuls sa famille et quelques intimes sont prévenus. Mais c’est compter sans un malencontreux hasard. Une heure après le décès de son époux, Jeanne téléphone à sa mère. Pour joindre le 40 à Fontaine-le-Dun en Normandie, il faut passer par une opératrice. Les coups de fil sont rarissimes en pleine nuit dans le pays de Caux. Encore plus rares ceux de Mme Bourvil. L’indiscrète préposée aux Postes et Télécommunications a écouté la conversation. Également correspondante du quotidien Paris-Normandie, elle s’empresse de joindre la rédaction à Rouen. On ne veut pas y croire mais déjà dans le village de Bourville tout le monde sait. Les journalistes de l’AFP s’empressent de vérifier et à seize heures la station de radio Europe no 1 annonce officiellement la disparition du partenaire de Louis de Funès, qu’on essaie de joindre pour enregistrer ses premières réactions. Peine perdue. Louis a fait savoir qu’il n’était là pour personne ! Il a aussi décidé de ne pas se rendre aux obsèques civiles le 25 septembre à Montainville. Il sait que les photographes le guetteront. Par respect pour la mémoire de son vieux camarade, pas question qu’il se prête à ce cirque. Il demande à Gérard Oury de le représenter. Louis mettra quelques mois avant d’accepter de parler de son complice, confiant à Léon Zitrone[464] que c’était « un chic copain, un camarade très cher, un très grand Monsieur… et une perte capitale pour le cinéma. Nous nous complétions bien, je le sentais, je le savais jusque dans le générique, “Bourvil-de Funès”, c’était très bon phonétiquement. Il pouvait faire rire aux larmes dans la vie, qui bon lui semblait, ce qui est une chose unique. Un critique avait dit de Bourvil : “Il est difficile de lui résister.” Et Sacha Guitry de répondre : “Pourquoi vouloir lui résister ? Quelle drôle d’idée ! ” » Pas question non plus de continuer à travailler sur La Folie des grandeurs. Il assure ne pas vouloir faire ce film sans Bourvil.
460
Témoignage de Serge Korber à l’auteur.
461
Article paru le 22 septembre 1970.
462
Témoignage d’Olivier de Funès à l’auteur.
463
Propos rapportés par Philippe Huet et Elizabeth Coquart, op. cit., p. 261.
464
Article paru in Jours de France le 11 janvier 1971.