Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Pour Louis, ce tournage se passe dans les meilleures conditions. Son entente avec Yves Montand est parfaite. Tout aussi bosseur que Louis, Montand avait travaillé son rôle de longues heures dans sa maison d’Autheuil en Normandie. Il avait aussi pris des cours de flamenco. De Funès n’avait d’ailleurs aucune inquiétude car, expliquait-il à ses enfants[496], « il connaît le boulot sur le bout des doigts. Ce ne sera pas aussi bien qu’avec André [Bourvil], mais ça me permettra peut-être de jouer différemment ». Seule éventuelle pomme de discorde, leurs divergences politiques ! Mais l’un comme l’autre évite de s’attarder sur le sujet, même si cela n’empêche pas de Funès de dire à ses proches : « Le pire, c’est qu’il est sincère, il y croit, à ces histoires. C’est vraiment casse-bonbons[497] ! » De Funès et Montand se respectent sans que cela débouche pour autant sur une amitié durable. De son côté Jeanne découvre avec délices le pays des parents de son mari. Elle est authentiquement séduite et elle ne se prive pas de se délecter des frites dorées à l’huile d’olive sans ressentir le moindre malaise !
Clou de ce tournage, la scène de séduction d’Alice Sapritch se dandinant devant Yves Montand. Tout le monde veut assister au spectacle. Au bout de trois ou quatre prises, Oury n’est pas totalement satisfait, bien que la comédienne y mette toute sa bonne volonté. Elle se déshabille comme il faut mais il manque « le petit coup de cul que la duègne doit donner vers l’arrière ». Sapritch n’y arrive pas. Seule solution, faire venir dès le lendemain Sophia Palladium par le premier avion. Chacun s’en pourlèche les babines à l’avance. Une fois dans le studio « tous les types avaient la queue braquée en direction de cette pauvre fille », se souvient Alice Sapritch[498]. En deux temps, trois mouvements Sophia Palladium enfile la culotte bouffante et, en deux prises, Gérard Oury a son coup de reins. Louis assiste à la scène et applaudit des deux mains. « Le soir, si l’on en croit Alice Sapritch[499], monsieur Montand s’est dirigée vers elle pour l’inviter à dîner ; elle a répondu qu’elle regrettait, mais qu’elle devait dîner avec moi. Il faut imaginer la gueule du mâle remis à sa place. Incroyable ! » Preuve, s’il en faut, avec cette anecdote aujourd’hui invérifiable qu’Alice Sapritch n’a jamais eu l’habitude de mâcher ses mots, assurant par ailleurs en 1987[500] que « cette rencontre cinématographique avec Louis de Funès et Yves Montand m’a apporté beaucoup de plaisir. […] De Funès avait répété et mis au point tous les gags avec une minutie incroyable. Tout était fait au quart de poil. Tout était d’une précision d’horloger. […] Ce comédien, travailleur, professionnel, exigeait énormément de lui, de la rigueur, de la discipline. » Elle dit encore en 1990[501] que Montand et de Funès « m’ont foutu une paix royale. C’étaient de vrais professionnels. Tous les deux complètement indifférents à ce qui n’était pas eux-mêmes. Mais enfin, c’est eux qui ont fait le film ». Puis, tout à trac, alors qu’Alice Sapritch s’affiche tout sourire aux côtés de Louis et de Jean-Marc Thibault lors de la création du Barbe-Bleue d’Offenbach avec Jean Le Poulain dans le rôle-titre au Théâtre de Paris en septembre 1971, elle affirme « au départ, sur le script, mon personnage [dans La Folie des grandeurs] était un quatrième rôle. D’ailleurs, pendant le tournage, personne ne s’est rendu compte de l’impact de mon personnage, et heureusement, parce que sinon, ils auraient changé leur épée d’épaule. […] D’ailleurs lorsque nous avons vu le film, en avant-première, le metteur en scène et tous les comédiens, de Funès n’arrêtait pas de se tourner vers moi en me disant : “Tu es trop bonne… Tu es trop bonne…” Moi, j’étais aux anges. Ce n’est que plus tard que des amis m’ont signalé que si de Funès avait pu, à ce moment-là, tripatouiller le montage, il l’aurait fait[502]. » Quels bons amis ? Alice Sapritch se garde bien de les nommer. Et pourquoi cette diatribe ? Nul ne le saura jamais. Alice Sapritch a emporté son secret — si secret il y a — dans la tombe le 24 mars 1990. Quoi qu’il en soit, pendant le tournage il n’y eut aucune tension entre Louis et Alice Sapritch qui fut son invitée à sa table deux ou trois fois avant de s’y installer d’office avec un jeune homme, puis avec un autre le soir suivant. Une valse d’amants d’occasion pas vraiment du goût du couple de Funès qui mit rapidement un terme à ce manège en ne lui accordant plus le plaisir de dîner avec eux. Peut-être faut-il trouver là une explication aux propos peu sympathiques de la « dame au turban et fume-cigarette » à l’endroit de Louis de Funès, une fois celui-ci disparu ?
Ses longues semaines passées en Espagne permettent encore à Louis de sympathiser avec don Jaime de Mora y Aragon. Coureur de jupons au physique de conquistador, pianiste de bar à l’occasion, il invite de Funès à faire des recherches généalogiques sur sa famille. Le frère de la reine des Belges est persuadé qu’avec un nom pareil, Louis est forcément issu de la grande noblesse espagnole. Louis l’assure qu’il se mettra à l’ouvrage à temps gagné alors qu’en réalité il « s’en fichait complètement, témoigne Patrick de Funès[503]. Mais, comme c’était un homme bien élevé, par courtoisie, il ne lui a jamais dit qu’il se sentait totalement étranger au pays de ses ancêtres ». Un pays qu’il quitte au début du mois d’août pour Paris et les studios de Saint-Maurice afin d’y tourner les dernières scènes de cette Folie des grandeurs dont les producteurs ont déjà programmé la sortie en salles début décembre 1971. Sitôt abandonné le costume de don Salluste, Louis, accompagné de Jeanne, s’en va passer quelques jours de vacances en Tunisie, histoire de se ressourcer avant de préparer son nouveau marathon théâtral.
Le 8 septembre, Jo affronte le verdict des spectateurs. Les producteurs n’ont pas fait d’efforts particuliers pour assurer la promotion du film de Jean Girault, estimant sans doute que le seul nom de Louis de Funès suffirait à en assurer le succès. Sur ce point, ils n’ont pas eu tout à fait tort. Jo satisfait bien plus d’aficionados que Sur un arbre perché[504]. Côté critique, on est partagé, une fois encore, entre dédain et enthousiasme. Ici on parle de « film qui n’a de sens que pour les amateurs de ce genre de spectacle[505] » ; là on regrette que ce ne soit pas Robert Lamoureux qui, comme au théâtre, ait tenu le rôle principal ; ailleurs, on loue la « remarquable performance sportive[506] » de Louis de Funès ou encore sa virtuosité. En un mot, la plupart des échotiers attendent de Louis de Funès mais aussi de Jean Girault du plus musclé, du plus construit, certains ne cachant pas qu’ils espèrent beaucoup du prochain opus de Gérard Oury. La Gaumont a chargé le très futé Georges Cravenne d’en assurer la promotion. Le pionnier des relations publiques ne ménage pas sa peine sachant, en homme de l’art, parfaitement allécher les médias. Il inonde les rédactions de photos de tournage, il met Montand, de Funès, Saptrich et Oury à contribution pour accorder des interviews. Il entretient encore le suspens en lâchant en « fausse confidence » que la musique commandée au chanteur Michel Polnareff en surprendra plus d’un. Polnareff est alors au sommet de sa gloire et de sa créativité. Oury, qui sort de sa collaboration avec Georges Delarue, a découvert un fou de musique en ébullition permanente, capable de massacrer trois Steinway en cherchant de nouveaux sons. Pour La Folie des grandeurs se déroulant au XVIIe siècle à la cour d’Espagne, Polnareff imagine un thème de… western ! En entendant sa composition, Oury tempête : « Ruy Blas n’est pas John Wayne ! » Mais l’auteur de Love Me Please Love Me se montre intraitable : « Aucune importance, je suis en train d’agrandir ton écran, d’en faire du CinémaScope. » Gérard Oury s’incline et on sait, aujourd’hui, que Polnareff avait raison. Cette bande originale décalée, pleine de fantaisie et de trouvailles sonores, participe encore de la modernité de ce film. Et Georges Cravenne affirme à tout le monde que l’on va voir ce que l’on va voir !
496
Olivier de Funès, op. cit., p. 180.
497
Patrick de Funès, op. cit., p. 179.
498
Alice Sapritch, op. cit., p. 115.
499
Ibid.
500
Alice Sapritch à Brigitte Kernel, op. cit., p. 138.
501
Alice Sapritch, op. cit., p. 115.
502
Ibid., p. 114.
503
Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.
504
68 311 spectateurs en première semaine contre 42 306.
505
Le Figaro daté du 13 septembre 1971.
506
Paris-Jour daté du 14 septembre 1971.