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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Mais pour le moment, de Funès et son fils se retrouvent dans les studios de Boulogne où, pour Sur son arbre perché, Serge Korber a fait installer la fausse décapotable montée sur un système de vérins afin d’en accélérer les mouvements. Avant chaque plan, Louis, Olivier et Géraldine Chaplin regardent les déplacements et les gestes des cascadeurs afin de les reproduire à la perfection. Louis a même demandé à Korber de le surprendre en faisant bouger la voiture de manière inattendue afin que ses réactions conservent toute leur force. Un tournage certes techniquement compliqué mais se déroulant dans une franche bonne humeur même s’il arrive, en plusieurs occasions, que Louis déroute son metteur en scène. Il n’est pas rare qu’il demande que soit modifié le script à la dernière minute parce qu’il a une nouvelle idée qui lui a trotté dans la tête la nuit précédente. Louis se paie aussi le luxe de quitter le plateau sans dire un mot. Tout le monde, techniciens compris, imagine qu’il fait un « caprice de star ». En réalité, il a besoin de s’isoler pour recouvrer ses forces et donner le meilleur. « Je n’ai plus de jus. Ce que je fais n’est pas bon du tout. Je joue, mais le regard n’y est plus  », explique-t-il. Sa conscience professionnelle n’accepte pas la médiocrité. Il lui est impossible de n’être qu’un interprète, il lui faut toujours ajouter ce « petit plus » qui est sa marque de fabrique. Certains soirs, il quitte le studio à bord d’un taxi et, arrivé rue Monceau, il paie le chauffeur en rédigeant un chèque car « il savait que, pour 50 francs, les chauffeurs ne déposeraient pas le chèque à la banque et garderaient l’autographe. Il m’a expliqué, raconte Serge Korber[471] que Picasso faisait la même chose.  » De là à affirmer que Louis de Funès était près de ses sous, il n’y a qu’un pas vite franchi. Une légende balayée d’un trait par Patrick de Funès[472] : « C’est faux. Il versait 5 000 francs chaque mois au curé du Cellier. Et une de nos cousines a été entretenue.  » On peut encore ajouter ce témoignage de Colette Brosset[473] : « Un jour nous sommes allés avec Robert donner des chiens à la S.P.A. Nous avons trouvé je ne sais combien de cages sur lesquelles il y avait écrit : “Offert par M. et Mme de Funès”.  » Il faut aussi ne pas oublier qu’après la disparition, le 8 septembre 1975, du réalisateur Pierre Montazel, qui le fit tourner dans Croisière pour l’inconnu et dans Pas de week-end pour notre amour, Louis décidera de verser une pension à sa veuve. Par ailleurs, à chaque fois qu’il accompagnait Maurice Chevalier dans la maison de retraite des vieux comédiens à Ris-Orangis, il faisait un chèque d’un montant conséquent. Un montant parfois si élevé que son épouse en était « scandalisée  ». Enfin, Louis de Funès versait régulièrement de l’argent à son fils Daniel, lequel oubliait de l’en remercier, ce qui avait le génie de le mettre en rogne. Il affirmait alors que « cet enfant ne pouvait pas être de lui » ! Si Louis de Funès donnait l’impression d’être un fesse-mathieu, c’était uniquement parce qu’il était avare… de gaspillage. Il était à ce point généreux que quelques années après sa disparition, Jeanne de Funès dira à ses enfants : « Je crois bien que votre père avait honte de gagner autant d’argent[474].  »

Le tournage de Sur un arbre perché se passe donc dans les meilleures conditions jusqu’au jeudi 10 décembre où un coup de téléphone de Gérard Oury vient ternir la bonne humeur de Louis de Funès. Ce matin-là, Yves Montand a fait irruption dans le bureau du cinéaste et, se plantant devant lui, a lâché : « Fils, si Franco fait garrotter les Basques de Burgos, je ne tourne pas ton film, je veux dire que je ne vais pas en Espagne !  » En effet, depuis le 3 décembre s’est ouvert à Burgos le procès de seize militants basques appartenant à l’E.T.A. Le 9, à huis clos, le tribunal militaire a réclamé neuf condamnations à mort. Oury, de Funès et Poiré voient de nouveau compromise leur Folie des grandeurs. Les informations des jours suivants ne sont guère plus réjouissantes. Le 14 décembre : suppression des libertés individuelles sur le territoire espagnol ! Dans ces conditions, Louis ne sait plus à quel saint se vouer et il n’est pas loin de croire que ce film est marqué du sceau de la scoumoune. Toutefois, cela ne l’empêche pas une fois achevées les dernières prises de vues de Sur un arbre perché de prendre l’avion avec Jeanne à destination de Tunis où les attend leur fils.

Accueillis par des colliers de jasmin dans la capitale tunisienne, Louis et Jeanne, guidés par Patrick, se rendent dès le lendemain à Hammamet où les attend Driss Guiga, le ministre de la Santé publique du président Bourguiba. Un peu inquiet à l’idée d’être l’hôte d’un haut personnage de l’État, Louis est vite rassuré par son amabilité et sa simplicité. Ensemble, ils parlent aussi bien de la magnificence des hibiscus, des bougainvilliers, des agaves que de Bourguiba qui « répète ses discours devant une glace  » et même du shah d’Iran qui est venu applaudir plusieurs fois de Funès quand il jouait Oscar. Un séjour particulièrement plaisant en dépit d’une nourriture abondante, flirtant avec l’overdose, de couscous, de ragoût ou de bouillies trop sucrées. Occasion encore pour Louis et Jeanne de s’émerveiller des paysages arides avant de rejoindre le Sahara Palace à vingt kilomètres de l’aéroport de Nefta. Du balcon de leur chambre, ils peuvent admirer la corbeille de Nefta et le chott El-Djerid. Les dunes marquent l’esprit de Louis de Funès qui s’en souviendra quelques années plus tard pour tourner la scène finale de son Avare, où il transportera sa cassette bourrée de 10 000 écus. Avec Patrick, ils veulent passer la Saint-Sylvestre dans cet hôtel de grand luxe mais « en apercevant la salle à manger ornée de guirlandes et une horde de touristes sur leur trente et un, mon père paniqua : Ils vont tous vouloir m’embrasser ! ” Pour finir, nous avons réveillonné dans la chambre », raconte Patrick de Funès[475]. Un réveillon paisible pour un Louis de Funès rassuré sur le devenir du tournage de La Folie des grandeurs. Si, le 28 décembre, le tribunal militaire espagnol a condamné à mort neuf militants basques, deux jours plus tard, devant la pression internationale, le général Franco décide de les gracier. Yves Montand révise sa position. Oury et Poiré respirent. Louis aussi, une fois alerté. Les de Funès peuvent regagner Paris rassérénés de voir leur fils aîné s’épanouir en Tunisie. En effet, Louis ne cache pas qu’il a « des remords vis-à-vis de lui. Lorsqu’il est né, nous n’avions pas les moyens de lui offrir une vie confortable, comme nous l’avons fait pour Olivier. Aujourd’hui, nous nous rattrapons. Il est médecin[476]. C’est très bien. Il semble heureux là-bas. […] J’ai été son premier patient. Un jour, au cours d’une très grande colère dont il paraît que, à l’époque, j’avais le secret, il m’a dit : “Tu bois trop et tu fumes trop.” J’ai réfléchi à cette remarque et je me suis rendu compte qu’il avait raison. Je ne bois plus. Je ne fume plus. Je ne mange plus n’importe quoi. Et je ne m’en porte que mieux.[477] »

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471

Témoignage de Serge Korber à l’auteur.

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472

Patrick de Funès à Gabriel Libert in VSD daté du 24 mars 2004.

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473

Colette Brosset à Franck et Jérôme in autourdelouisdefunes.fr.

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474

Témoignage de Jeanne de Funès à l’auteur.

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475

Patrick de Funès, op. cit., p. 167.

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476

Sur ce point, Louis de Funès anticipe un peu. Patrick de Funès soutiendra sa thèse en 1973. Une fois docteur en médecine et inscrit au conseil de l’ordre, il rejoindra un cabinet de radiologie à Mantes-la-Jolie avant de s’installer à Saint-Germain-en-Laye.

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477

Louis de Funès à Michèle Berthet in Ciné Revue daté du 8 septembre 1971.

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