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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Par un froid vif et sous un ciel gris et bas, Louis se fait un devoir d’être à ses côtés dans la petite église de Marnes-la-Coquette avant de l’accompagner au cimetière où les allées sont si étroites que le cercueil doit être porté à dos d’hommes jusqu’à la sépulture de marbre gris-bleu. Louis lui rend ce dernier hommage en compagnie de la princesse Grace de Monaco, du ministre des Affaires culturelles Jacques Duhamel, de Marcel Pagnol, de Robert Manuel, du boxeur Georges Carpentier, du couturier Yves Saint Laurent, de Michel Simon… Comme chacun et chacune, il se recueille avant de quitter le cimetière où, à l’entrée, les gerbes et les couronnes forment un jardin de printemps avec au milieu un énorme canotier composé d’œillets jaunes. Contrairement à une légende dont nul ne pourra jamais connaître l’origine, Louis ne porta pas le cercueil de son ami au sortir de l’église Sainte-Eugénie, en revanche, il se voit offrir sa canne, quelques jours plus tard, par Odette Meslier, la dernière compagne de Maurice Chevalier. Cette canne trouva tout naturellement sa place au Cellier où personne, pas même ses enfants, n’était autorisé à la toucher et encore moins à la déplacer.

Cette année 1972 est plus que jamais consacrée à plein temps au théâtre, Louis flirtant de nouveau avec son idée de jouer L’Avare. Il s’en ouvre au futur doyen de la Comédie-Française, Jacques Charon, bien décidé à étudier cette éventualité en sa compagnie. Las, cette collaboration ne va pas plus loin qu’une louable intention. Louis ne se sent toujours pas prêt à servir Molière. Oscar suffit à sa peine d’autant que la pièce de Claude Magnier lui offre l’occasion d’affronter un public bien particulier le 1er mars. Quelques jours plus tôt, Claude Pompidou, l’épouse du dix-neuvième président de la République, est venue l’applaudir au Palais-Royal. Enchantée, elle vient le saluer dans sa loge et l’invite à donner une représentation dans le jardin d’hiver de l’Élysée. Un tel honneur ne peut se refuser même si de Funès va se faire du mauvais sang pendant plusieurs jours. Le matin même de cette représentation exceptionnelle, il ne desserre pas les dents. Rongé par le trac plus qu’à l’ordinaire, nauséeux et migraineux, il redoute de ne pas se montrer à la hauteur de son hôte dans un décor d’une plus petite taille. Mais, une fois sur scène, il retrouve son dynamisme et sa faconde, oubliant que les spectateurs s’appellent Georges Pompidou, Jacques Chaban-Delmas, Michel Debré, Maurice Schumann ou Jacques Duhamel. Sa tirade des nez fait autant d’étincelles que rue Montpensier. Au terme de huit rappels, toute la troupe déjeune à la table du chef de l’État qui ne dissimule pas son contentement. La princesse Grace de Monaco ne jouira pas de ce privilège. Elle aurait souhaité voir Louis et ses partenaires l’honorer d’une séance privée en son palais. Rancunier, Louis refuse poliment mais, au risque d’être accusé de crime de lèse-majesté, il dit « Non ». « Il y avait de quoi !, justifie Jeanne de Funès[514]. Lorsqu’il tournait une scène du Corniaud à Monaco huit années plus tôt, elle était passée sur la route, elle s’était arrêtée, elle avait regardé de loin avant de repartir sans saluer l’équipe. Il n’avait pas apprécié.  »

Au mois de mai, alors qu’Oscar va bientôt quitter l’affiche, Louis s’interroge. Doit-il continuer d’endosser le costume de Bertrand Barnier ? À 58 ans, il sent chaque soir un peu plus la fatigue liée à ses exploits quotidiens d’autant que la durée de la pièce s’est rallongée d’une bonne vingtaine de minutes en raison de ses nouvelles inventions. Dans son édition du 21 mai, Le Journal du dimanche s’en fait ainsi l’écho : « Cas de conscience pour Louis de Funès. Va-t-il ou non continuer à jouer Oscar au Théâtre du Palais-Royal ? Il doit en principe donner sa réponse aujourd’hui même. Le fantaisiste se sent très fatigué. Avant de s’attaquer en février 1973 à un nouveau film d’Oury, il souhaite prendre quelques mois de repos. Mais le directeur de théâtre Jean-Michel Rouzière déploie tous ses pouvoirs de persuasion pour qu’il accepte de remonter sur les planches à partir du 15 septembre, soit avec une reprise d’ Oscar, soit pour L’Avare de Molière.  »

Le rédacteur de cet article est bien informé. En effet, Gérard Oury a un nouveau projet en chantier au point d’avoir demandé à Louis de réserver la période comprise entre mars et juillet prochains. Un futur film sur l’amitié entre Juifs et Arabes et dont il doit peaufiner les détails avec Louis. Quant à la reprise d’Oscar, Louis réfléchit longuement avant de céder à la condition d’en arrêter les dates de représentations fixées du 15 septembre 1972 au 7 janvier 1973. Il impose encore de remplacer Gérard Lartigau par son fils Olivier, prochainement libéré de ses obligations militaires, et d’engager Annick Alane en lieu et place de Maria Pacôme qui a jeté l’éponge.

Sitôt donnée la dernière représentation d’Oscar, Louis ne perd pas une seconde pour rejoindre Le Cellier afin d’y prendre du bon temps et de mettre Olivier au travail chaque jour de quatorze à dix-huit heures dans un petite pièce du château. Pas question pour son fils d’aller se balader en moto, de prendre des cours de pilotage à l’aéroclub de Nantes et encore moins d’aller courir les filles en boîte de nuit ! Sa mère est persuadée qu’il a tous les atouts nécessaires pour tenir la distance et son père, sans lui donner des cours de comédie, « guette surtout les timides signes de sincérité que je peux exprimer, pour m’amener à les exploiter petit à petit  », raconte Olivier de Funès[515].

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514

Jeanne de Funès à Gabriel Libert in VSD daté du 24 mars 2004.

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515

Olivier de Funès, op. cit., p. 212.

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