Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Bien sûr, il avait été quelque peu secoué d’apprendre la nature réelle de ce qui reposait dans le Sanctuaire, néanmoins, c’était sans comparaison avec l’impact qu’avait eue cette révélation sur le duc flamand, avec la remise en question abyssale qui en avait découlé. Bohémond était décidément un pragmatique, y compris jusque dans ses convictions religieuses.
« Bien entendu, Godefroy, finit par dire celui-ci. Je ne vais pas me jeter sur Robert dès que je vais le croiser, même si le désir de lui arracher le cœur de mes mains me dévore de l’intérieur ! Je vais attendre. Attendre que ce fou construise lui-même son propre bûcher puis y mettre le feu ! Attendre le moment où il aura le plus besoin de moi pour me retourner contre lui ! Attendre qu’il marche au bord de l’abîme pour l’y pousser de toutes mes forces ! »
Le ton de Bohémond était empreint d’une telle rage que, même s’ils ne pouvaient entendre ce qu’il disait, les premiers rangs des soldats s’arrêtèrent de chanter pour le dévisager avec appréhension. Le chef qu’ils respectaient et qu’ils avaient juré de suivre n’importe où, était manifestement prêt au combat.
Tancrède projeta son poing vers l’avant en faisant pivoter brusquement son avant-bras sur lui-même de cent quatre-vingts degrés – comme on tourne une clé dans une serrure – afin de démultiplier la puissance du coup, tandis qu’il ramenait d’un geste rapide son autre bras en arrière, coude plié dans le dos pour être prêt à envoyer un deuxième choku zuki au besoin. Mais Liétaud effectua un blocage haut parfait suivi d’une rapide torsion du buste destinée à libérer sa jambe que Tancrède interpréta, à raison, comme la préparation d’un coup de pied latéral en hauteur. Il choisit alors d’esquiver plutôt que de parer un coup aussi puissant.
L’ex-lieutenant était pratiquement remis de sa blessure. Il éprouvait encore quelques difficultés à étirer complètement son bras droit et sa clavicule le lançait lorsqu’il contractait les pectoraux, mais le pire était derrière lui. Afin de retrouver toutes ses sensations, il s’astreignait à de longs exercices de rééducation le matin, profitant de la fraîcheur et de la sérénité des premiers instants de la journée lorsque les rayons du soleil renaissant tentaient de se frayer un chemin dans le dédale de dunes et de rochers.
Là, il enchaînait les nombreux katas d’autodéfense ou de charge coordonnée qu’il avait appris à l’École Royale de Guerre du Danemark, trouvant enfin un peu de plaisir à pratiquer cet art du combat pour lequel on l’avait si longuement formé et qui désormais le mettait si mal à l’aise. Au début, il pratiquait seul, mais rapidement, Liétaud prit l’habitude de se joindre à lui. À deux, ils purent alors s’exercer aux combinaisons attaque/parade/blocage qui sont l’essence même des arts martiaux, retrouvant ainsi des réflexes acquis des années auparavant et qu’ils pensaient avoir oubliés.
Au bout de quelques jours, leur curiosité éveillée par ce curieux ballet, des guerriers atamides vinrent les observer. Si certains se lassèrent rapidement, d’autres restèrent jusqu’au bout, puis revinrent les jours suivants, tant et si bien qu’une douzaine de spectateurs réguliers assistaient désormais à ces entraînements. Cela ne gênait en rien les deux humains puisque les Atas restaient silencieux. Une fois, d’un geste de la main, Tancrède avait même essayé d’en inviter quelques-uns à se joindre à eux. Sans succès. Peut-être cette étrange sarabande outrepassait-elle le sens du ridicule des Atamides ?
« Dis, Tancrède, tu es avec moi ou tu es… ailleurs ? demanda soudain Liétaud, presque comme s’il s’excusait d’interrompre les pensées de son ami.
— Euh, oui… Pardonne-moi. Je vais tâcher de me concentrer. »
Toutefois, Tancrède savait que c’était peine perdue. En vérité, sa première pensée lorsqu’il avait ouvert les yeux ce matin-là avait été Clorinde.
Même s’il parvenait désormais à ne plus la laisser occuper son esprit en permanence, parfois, le visage de l’Italienne surgissait dans ses pensées en cours de journée pour ne plus les quitter, hantant son regard comme une image trop lumineuse persistant sur la rétine.
Trente-sept jours s’étaient écoulés depuis leur rupture. Trente-sept jours de tourments pour Tancrède, où le remords s’amalgamait à la colère pour former une boue épaisse de sentiments contradictoires. Lorsqu’il pensait qu’il avait eu tort, il ne se passait pas une heure avant qu’il ne décide finalement qu’il avait eu raison, tout en sachant pertinemment qu’il penserait à nouveau le contraire une heure plus tard. Quoi qu’il en soit, il en arrivait toujours à la même conclusion : la jeune femme lui manquait terriblement.
Il aurait donné beaucoup pour simplement savoir ce qu’elle faisait à cet instant précis. Que disait-elle ? Comment était-elle habillée ? Quelle était son humeur ? Qu’avait-elle pris au déjeuner ? Pensait-elle… à lui ?
Elle aurait certainement du mal à le reconnaître si elle le voyait aujourd’hui. Parce que cela permettait de mieux supporter la chaleur, il avait commencé à se vêtir à la façon des Atamides avec de longs pans d’étoffe aux couleurs ternes enroulés autour du corps et maintenus par des cordelettes multicolores. De plus, une barbe de deux centimètres lui mangeait le visage tandis que ses cheveux étaient maintenant si longs qu’il passait son temps à les chasser de ses yeux. Ses compagnons de voyage étaient d’ailleurs dans le même cas. L’aspect physique de chacun avait évolué au long de la vingtaine de jours passés dans la caravane, et les personnalités aussi.
Les inermes avaient franchi un cap psychologique lorsque, neuf jours plus tôt, ils avaient accepté de rester dans la caravane alors que le retour aux cavernes était déjà programmé. D’une certaine manière, ils avaient enfin admis qu’ils faisaient partie d’un tout. Il n’y avait pas d’un côté des rebelles humains cachés dans leurs grottes et de l’autre des fuyards atamides – et que chacun se débrouille ! Non. Le problème des Atamides était aussi le leur. Tout ce qui concernait cette fichue planète les concernait aussi.
Le récit du sort des missionnaires les avait, naturellement, profondément choqués et avait fait évoluer leur point de vue. Cette révélation changeait la donne. Impossible désormais de partir et de faire comme si de rien n’était. Clotilde, la plus versée dans les questions historiques ou sociologiques, avait fort bien résumé la situation : « Jusqu’ici, les humains n’ont montré aux Atamides que deux visages : celui de la folie meurtrière ou celui de l’indifférence criminelle. Il serait peut-être temps de leur montrer ceux de l’empathie, de l’altruisme ou de la fraternité ! »
Ils avaient donc convenu de rester encore avec leurs hôtes.
Dès le lendemain, un autre facteur avait d’ailleurs plaidé pour ce choix : une unité I au complet avait été repérée à quelques dizaines de kilomètres à peine. Un commando I, cela signifiait soixante-dix soldats de l’infanterie croisée, en Weiner-Nikov, armés et équipés pour la survie en terrain hostile. Même si l’on ne pouvait en être sûr, il était probable qu’ils soient sur la piste de la caravane.
L’affrontement direct était impensable, même si les Atamides parvenaient à monter une embuscade efficace, le nombre de soldats humains demeurait disproportionné. Équipés comme ils l’étaient, à peine une dizaine de commandos I auraient suffi à défaire tous les guerriers de la caravane. Tancrède se jura alors d’exploiter au maximum toutes ses compétences tactiques et sa connaissance des techniques militaires humaines pour permettre à la troupe atamide qui les avait accueillis d’échapper à leurs ennemis jusqu’à ce qu’elle soit en sécurité.