Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Lorsqu’enfin notre fou rire se calma, l’atmosphère s’était notablement détendue. Tancrède tamponna l’humidité au coin de ses yeux puis dit :
« Je suis content que vous nous ayez fait venir, Tan’hem. Car il y a pour nous un mystère véritablement profond sur lequel vous pouvez peut-être apporter quelque lumière et je m’en serais voulu de partir sans vous avoir posé la question…
— Le sanctuaire. »
Tancrède arqua les sourcils de surprise.
« Comment avez-vous deviné ?
— Parce que c’est exactement ce qui intéressait les premiers humains venus chez nous, ceux qui vous ont précédés de quelques années.
— La mission d’évangélisation ?
— C’est ainsi qu’ils s’appelaient eux-mêmes, en effet.
— Et que leur aviez-vous dit au sujet du sanctuaire ? »
Le vieil Atamide observa une pause de quelques secondes, puis se pencha par-dessus la coupelle où achevaient de se consumer les boulettes Uk’tis. Il en rabattit la fumée sur son visage pour mieux l’inhaler. Lorsqu’il reprit la parole, sa voix mentale avait perdu toute jovialité.
« La vérité. Nous leur avions dit la simple vérité. Pour nous, ce bâtiment n’est qu’une antiquité quelconque. Nous ignorons de quand il date exactement. Tout ce que nous savons, c’est qu’il fut élevé à la mémoire de l’un de nos ancêtres, il y a fort longtemps. »
Tancrède eut l’air stupéfait. Je dois dire que ce fut également mon cas.
« Une antiquité quelconque ? s’étonna mon ami. Mais cette croix, au-dessus du fronton ? C’est un signe particulier, tout de même. C’est d’ailleurs le seul de vos bâtiments qui en possède une. Elle doit bien représenter quelque chose pour vous ?
— Rien. Elle ne représente rien. Nous avons oublié qui a érigé ce temple, ou ce sanctuaire – quel que soit le nom que vous lui donnez – et personne ne serait capable de vous dire pourquoi on y a placé cette croix. Ce symbole semble revêtir une importance capitale aux yeux des humains, mais pour un Atamide, ce n’est qu’un ornement. Rien de plus. »
Notre stupeur s’accentua encore. Tan’hem parut se rembrunir.
« Cette discussion ne me plaît guère. Votre réagissez exactement de la même manière que les humains de la première mission lorsque nous avions répondu à leurs questions.
— Vous les aviez rencontrés ? En personne ?
— J’ai assisté à la rencontre entre leur délégation et notre Conseil des Sages.
— Leur aviez-vous parlé vous-même ? demandai-je.
— Non, je faisais simplement partie de l’assemblée des sages d’Uk’har – cette ville que vous qualifiez de “capitale” et que vous venez pourtant de détruire – lorsque leur délégation était venue à notre rencontre. Comme vous, ils avaient hâte de savoir pourquoi cette croix était là, et comme vous, ils n’avaient pas l’air de comprendre qu’elle ne signifie rien pour nous. Lorsqu’ils nous ont demandé l’autorisation de pénétrer dans le sanctuaire pour voir ce qu’il y avait dedans, nous les avons laissé faire. Il n’y avait aucune raison de s’y opposer. Ce n’était qu’un tombeau oublié. Malheureusement pour eux, ce fut un choc terrible. Lorsqu’ils en sortirent, ils paraissaient terrifiés. Aucun d’entre nous ne comprenait ce qui les avait mis dans un tel état. Leurs pensées étaient comme un Ra’ftah, les tempêtes de sable dévoreuses.
— Vous ne saviez donc réellement pas qui gisait dans ce sanctuaire ? interrogea Tancrède.
— Bien sûr que non, sans quoi nous le leur aurions dit. C’était un tombeau, donc un Atamide devait y reposer, mais c’était bien trop ancien pour savoir qui. Les tombes oubliées sont innombrables sur Akya. Même le désert en est plein ! Toutefois, cela avait l’air si important pour eux que l’assemblée décida de les aider à trouver des réponses, faute de quoi, leur quête resterait vaine. Or, pour un Atamide, il n’y a rien de pire qu’une quête inachevée. Nous pensâmes que Yus’sur serait peut-être en mesure d’aider ces étrangers à faire la paix avec eux-mêmes. »
Ce fut à mon tour de relancer le vieil Ata : « Yus’sur ? C’est un sage ?
— C’est un sage parmi les sages, un ancien parmi les anciens. Yus’sur est le doyen des Atamides. Nul sur Akya ne détient plus de savoir que lui. Nous leur proposâmes donc de le rencontrer. Les chefs humains acceptèrent et cinq d’entre eux partirent avec nos guides dans les montagnes où réside Yus’sur. La délégation des humains n’était composée que de guerriers. Visiblement, aucun des « sages » (je compris qu’il parlait de scientifiques) avec lesquels nous avions communiqué n’avait été autorisé à faire partie du groupe. Les remous de pensées de ces cinq hommes étaient nauséabonds. Tous nos sages le sentaient. Cependant, il ne nous revenait pas de porter un jugement sur les chefs des autres peuples. Moi-même, je faillis demander à l’assemblée de rompre le contact avec eux, de ne pas les emmener voir Yus’sur, mais je m’abstins pour la même raison. Quelle erreur terrible ! Aujourd’hui, plus que jamais, comme je regrette de ne pas avoir écouté mon intuition. »
Sur la dernière phrase, la voix mentale de Tan’hem s’était brisée. Il gardait la tête baissée. Faire ce récit lui coûtait. Ni moi, ni Tancrède ne reprîmes la parole. Nous avions trop peur de l’interrompre sur sa lancée alors que nous touchions au cœur du problème.
« Lorsque ces hommes revinrent de leur entrevue avec Yus’sur, leur esprit était plus noir que jamais. Personne ne savait ce que le sage parmi les sages leur avait dit et personne ne se permit de leur demander. Ils partirent sans la moindre explication rejoindre leur camp, dressé à quelques kilomètres d’Uk’har. Le lendemain, nos observateurs nous apportèrent une nouvelle à peine croyable : tous les humains avaient été massacrés durant la nuit par leurs propres guerriers. Cette poignée d’hommes à l’âme empoisonnée, ceux-là mêmes qui avaient rencontré Yus’sur, avaient systématiquement assassiné les leurs, avant de prendre la fuite en direction des Montagnes Blanches, plus à l’ouest. Il est probable qu’ils s’y cachèrent, car nous ne les revîmes plus. Même si nous ressentions le plus grand mépris pour ces soldats sans honneur, nous ne les pourchassâmes pas. Ce n’était pas à nous de le faire. Mais peut-être aurions-nous dû ? Peut-être qu’ainsi le Fléau humain ne se serait pas abattu sur nous. Cela, nous ne le saurons jamais et nous nous le reprocherons jusqu’à la fin de nos jours. »
Nous étions effondrés.
Tous ces civils, venus pour explorer et ensemencer un monde nouveau que l’on croyait vierge avaient été exterminés par les leurs. Mais après tout, en quoi cela était-il si surprenant ? Une infamie de plus commise par les troupes de l’ECM. Une goutte de perfidie dans un océan d’abjection.