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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Il avait donc parlé d’une voix forte avant que le comte n’ait le temps d’exprimer sa colère : « Cher Bohémond ! Comment vous portez-vous ce matin ? »

La jovialité forcée de Godefroy avait cloué le bec de son interlocuteur, lequel l’avait regardé comme s’il avait affaire à un fou.

« On m’a dit…, continua Godefroy en réfléchissant en même temps à ce qu’il allait dire… que vous deviez passer en revue vos troupes stationnées à la capitale aujourd’hui même. J’ai aussitôt songé que je devrais en faire autant avec les miennes et qu’il serait agréable que nous nous y rendions ensemble. N’est-ce pas une bonne idée, cher ami ? »

Bohémond avait sur le visage l’expression de celui qui se demande si quelque chose lui a échappé. Puis il comprit.

« Ma foi, cela me semble approprié.

— Parfait, marché conclu ! Retrouvons-nous donc sur l’aérodrome d’ici une trentaine de minutes et nous prendrons mon IT-jet personnel. Nous serons à la capitale en moins de dix minutes. »

Godefroy de Bouillon n’avait pas exagéré, son IT-jet ne mit que sept minutes à franchir la distance que les barges de transport couvraient en trente lorsqu’il n’y avait pas de vent. Bohémond se demanda pourquoi le duc ne s’en servait jamais. Probablement par souci d’humilité, comme toujours avec lui.

Les deux hommes ne desserrèrent pas les dents durant le trajet. Le jet était forcément sur écoute.

À la capitale, le comte de Tarente avait ordonné à la troisième compagnie de son régiment de se réunir dans un large espace dégagé, le long des remparts. Les soldats, un peu décontenancés par cette visite-surprise, s’étaient exécutés, puis Bohémond les avait passés en revue, accompagné de Godefroy.

L’insupportable odeur de putréfaction qui régnait jusqu’alors dans la ville avait nettement diminué depuis qu’une campagne d’incinération systématique des cadavres d’Atas avait été entreprise. La plupart des soldats ne portaient même plus de masque.

Une fois tous les rangs inspectés, le comte avait demandé à ses hommes de les encercler. Ceux-ci avaient échangé des regards surpris, de plus en plus déroutés par ces consignes singulières, mais s’étaient toutefois rapidement exécutés, dans un concert de cliquetis produit par tout l’équipement que portaient les soldats lorsqu’ils n’étaient pas en exosquelette de guerre.

Bientôt, un cercle dense de cent vingt hommes était formé autour des deux seigneurs, ne leur laissant au centre qu’un espace d’un mètre cinquante de diamètre. Le brouhaha était déjà important, mais, comme si cela ne suffisait pas, le comte leur avait demandé d’entonner “la Fierté des Soldats de fer”, hymne officieux des Normands de Sicile, chant bruyant s’il en est.

Ainsi protégés des regards et d’éventuels micros longue-portée, les deux hommes s’étaient placés face à face afin de pouvoir se parler directement dans l’oreille. Ce fut ainsi que Bohémond apprit à Godefroy la nouvelle de la mort du père de Tancrède, Eudes Bonmarchis.

« Paix à son âme, souffla Godefroy. Comment est-ce arrivé ?

— Crise cardiaque. Son cœur a lâché à 17 h 23, heure française. Cette nuit, pour nous. Il n’a pu être ranimé. » Bien que le comte normand fît un effort pour parler distinctement, la fureur empourprait son visage, déformait ses traits.

« C’est la faute de ce chien puant de Montgomery ! Ses machinations lui ont permis de mettre la main sur le domaine familial des Tarente et le cœur fragile d’Eudes n’y a pas résisté. Ma sœur m’avait fait jurer autrefois de veiller sur son fils durant son engagement militaire ; or, non seulement j’ai poussé Tancrède à devenir un fuyard, mais en plus, je n’ai rien fait pour empêcher la mort de mon beau-frère ! J’ai failli à toutes mes obligations, et cela, par la faute de cette saloperie de seigneur sans honneur ! Je devrais aller l’égorger sur le champ pour laver toute cette infamie avec son sang. »

Dans l’atmosphère feutrée des salons ou même des centres de commandement, il était facile d’oublier que Bohémond de Tarente était un soldat avant d’être comte. À cet instant, face à Godefroy, c’était pourtant bien un guerrier qui écumait de rage. Et, malgré son âge, celui-ci avait une telle soif de vengeance que le Flamand n’aurait pas donné cher de la peau de Robert le Diable s’il avait débarqué inopinément ici.

« Ce démon mérite mille fois la mon, admit Godefroy. Mais vous ne devez pas vous faire justice maintenant. Vous lui offririez une ultime victoire sur votre clan, même à titre posthume. Car si vous réussissiez, ce serait votre chute à coup sûr et la fin des Tarente. Pensez-y ! Votre sœur a encore besoin de vous, et Tancrède aussi ! »

En entendant ce nom, ce fut comme si Bohémond encaissait un coup de poing dans les côtes.

« Tancrède ! Tancrède… Lorsqu’il apprendra cette nouvelle, il sera anéanti. Il s’en attribuera la responsabilité, c’est certain. Ah Seigneur, que ne l’ai-je soutenu lorsqu’il avait besoin de moi ? Rien de tout ceci ne serait arrivé si je ne m’étais pas abstenu lors du conseil disciplinaire !

— Allons, Bohémond, reprenez-vous ! On peut toujours se perdre en conjectures sur ce que l’avenir nous aurait réservé si l’on s’était conduit différemment. Mais ce sont des pensées stériles. Tancrède a agi selon son cœur et non selon l’opinion que vous aviez de lui. Un homme doté d’une telle détermination ira toujours jusqu’au bout de ses idées. Ni vous, ni moi, ni rien dans cet univers n’auraient pu l’en empêcher. Vous le savez aussi bien que moi. » Bohémond ne répondit pas. Il gardait les yeux fixés dans le vide par-dessus l’épaule de son interlocuteur. Godefroy ne savait pas s’il approuvait ce qu’il entendait. D’ailleurs, le duc ne savait pas s’il y croyait lui-même. Tancrède n’était certes pas du genre à s’arrêter au milieu du chemin lorsqu’il s’était fixé un objectif ; toutefois, le coup porté par son oncle lors de ce sinistre conseil avait été si dur qu’il avait peut-être poussé définitivement le jeune homme sur la pente de la désertion.

Lorsque l’on tente de faire pression sur un esprit fort et indépendant afin de lui faire adopter un point de vue qu’il refuse, on peut être sûr d’obtenir le résultat inverse. Cependant, l’heure n’était pas aux lamentations.

« Ce qui est fait est fait, reprit Godefroy – il dut hausser le ton tandis que les soldats entonnaient le refrain. Tancrède est parti, Eudes est mort. Nous ne pouvons plus changer cela. Par contre, si nous voulons châtier les responsables, nous devons garder notre sang-froid. L’enjeu nous dépasse. Il dépasse même ce félon de Robert. Les crimes qu’il a commis selon son propre intérêt doivent être punis, mais ceux commis au nom de ses maîtres doivent l’être aussi. »

Godefroy évoquait les stupéfiantes révélations de Pierre l’Ermite. Finalement, après plusieurs tentatives échouées, il avait réussi à en informer Bohémond lors d’une rencontre secrète dans un atelier mécanique de la Nouvelle Jérusalem. Cela s’était passé neuf jours plus tôt. Il lui avait tout raconté, y compris la fin du récit de l’ex-Préteur, la partie la plus perturbante. Or, à sa grande surprise, le chef normand n’avait eu qu’une réaction mesurée. Pour un peu, on aurait presque dit qu’il s’en fichait, ou que cela ne le surprenait pas !

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