Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Je dois partir tout de suite ? demanda Tancrède, un peu désarçonné par cette succession d’imprévus.
— Tu n’es pas forcé.
— Si, si, je suis d’accord, c’est juste que… laissez-moi juste le temps d’aller chercher de quoi me couvrir. Je suppose que je vais avoir froid… là-haut.
— Gena’erekku t’attendra ici. Je te souhaite bonne chance, Tancrède de Tarente. »
Le Normand ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis se ravisa. Sans savoir pourquoi, il donna une brève accolade au vieux sage, puis partit au trot vers sa tente.
Là-haut, la température était glaciale.
Depuis qu’ils avaient pris leur envol, une heure et demie plus tôt, Tancrède s’était félicité à plusieurs reprises d’avoir eu la présence d’esprit de prendre sa parka athermique réglementaire. Ses mains étaient rapidement devenues insensibles et des milliers d’aiguilles de froid lui piquaient le visage, mais au moins le reste de son corps conservait une température raisonnable.
Bien qu’elle fût rudimentaire, la selle sur laquelle il était installé était étonnement confortable. Gena’erekku l’avait enfilée devant lui, un peu à la manière d’un sac à dos puis avait invité Tancrède à grimper dessus. Celui-ci y était monté non sans quelques réticences. Bien qu’un humain soit une créature de taille moyenne selon les critères atamides, Tancrède mesurait quand même un mètre quatre-vingt-dix pour quatre-vingt-quinze kilos, et il craignait de représenter une charge un peu trop importante. Mais Gena’erekku ne plia même pas les jambes. Le Normand supposa que les Atamides voyageaient probablement souvent de cette manière et que ce qu’il avait pris pour des soldats volants était peut-être, en temps de paix, de simples transporteurs.
Gena’erekku lui jeta un regard par-dessus son épaule en lui faisant un signe de la main. Tancrède comprit qu’il devait enfiler une sorte de harnais qui pendait de chaque côté de son siège. Placé comme il l’était, ses jambes longeaient les flancs de l’Atamide et son torse se trouvait juste derrière les épaules de celui-ci. Du coup, son champ de vision demeurait parfaitement dégagé.
« Ukuli, tar’nek ! » lança Gena’erekku. Ce qui voulait certainement dire quelque chose comme « Accroche-toi, on y va ! », car l’Atamide se mit aussitôt à courir en battant des ailes. Tancrède fut alors tellement secoué que sa vue se brouilla et il dut s’agripper de toutes ses forces aux barres en bois sur les côtés de la selle.
Puis, comme par enchantement, les soubresauts cessèrent et Tancrède sentit son centre de gravité remonter comme s’il tombait dans le vide. Il se cramponna de plus belle aux barres et réalisa qu’ils étaient en vol. Comme la nuit était noire, il ne pouvait savoir à quelle hauteur ils se trouvaient, mais les feux de la caravane paraissaient déjà bien petits et lointains.
« Ank’mare tu yu’il ? lança Gena’erekku.
— Oui, oui, tout va bien », répondit Tancrède au hasard.
Alors qu’il redoutait plus ou moins d’avoir mal au cœur à cause du battement des ailes, il fut surpris de trouver la sensation très agréable. Les longues ailes membraneuses de l’Atamide produisaient un bruit sourd et profond à chaque brassée, imprimant au passager un lent mouvement de balancier qui avait tendance à le bercer. Mais pour rien au monde Tancrède ne se serait endormi. Il volait !
S’il avait déjà emprunté une foule de véhicules aériens au cours de sa vie, jamais il n’avait expérimenté de sensation aussi authentique. Il volait pour de bon ! La vue dégagée devant lui et les ailes de l’Ata battant sur les côtés suscitaient même l’illusion frappante qu’il se maintenait dans les deux par ses propres moyens ! C’était si grisant qu’il se rendit compte qu’il ne cessait de sourire.
Puis, comme un spectacle parfaitement réglé pour aller crescendo, Alpha Centauri C se leva sur l’horizon, projetant dans tout le T’ug une douce lueur rouge qui découpa des ombres rasantes sur les dunes. Les massifs rocheux s’éclairèrent, et les petites tornades de sable provoquées par l’abaissement rapide de la température devinrent luminescentes sous les rayons de cette étoile lointaine dont la magnitude atteignait à peine celle d’une demie pleine-lune. Tancrède évalua leur altitude à environ deux cents mètres.
Après un long moment, le relief commença à s’élever. Les dunes laissèrent place à des affleurements granitiques qui devinrent rapidement les contreforts d’un ensemble montagneux. Entièrement pris par cette expérience unique de vol, Tancrède n’avait pas pensé à repérer la trajectoire de Gena’erekku. Il estima qu’ils étaient partis du camp vers le sud-sud-est et qu’ils avaient parcouru entre deux cents et deux cent cinquante kilomètres. Mais il pouvait se tromper du tout au tout. Il n’aurait même pas su dire depuis combien de temps ils étaient en l’air.
Maintenant qu’ils survolaient des montagnes, l’atmosphère était agitée de telles turbulences que l’Atamide perdait parfois plusieurs dizaines de mètres d’altitude d’un coup, arrachant systématiquement un cri à son passager, aussitôt suivi d’un rire exprimant une joie candide. Plus le temps passait et plus cette expérience provoquait en Tancrède des sentiments primitifs et puissants, traduisant l’impression irrationnelle de ne plus faire qu’un avec Gena’erekku, d’être devenu lui-même un Yaze’er. La torpeur induite par le balancement régulier du vol lui obscurcissait l’esprit ; les puissantes ailes membraneuses déployées sur les côtés devenaient un prolongement de son corps.
Il percevait maintenant avec netteté les battements du cœur de l’Atamide dont les pulsations se confondaient avec le sien, comme si le sang de Gena’erekku coulait directement dans ses veines, irriguait ses propres muscles, exacerbait ses sens au point qu’il voyait désormais dans la nuit comme seul un Yaze’er peut voir, distinguant les plus petits détails de la surface du sol qui défilait sous lui. Sa peau réagissait aux moindres changements de la température de l’air ou aux infimes variations de pression. Ses nerfs tendaient et détendaient ses longs muscles en cadence, imprimant un lourd mouvement de va-et-vient aux longues ailes…
Brusquement effrayé par l’intensité de cette sensation, le Normand secoua la tête et aspira une longue bouffée d’air glacé afin de reprendre ses esprits. À cet instant, Gena’erekku amorça la descente.
Le contact avec le sol fut douloureux. Le messageur de Tancrède indiquait presque deux heures trente du matin. Il avait donc passé quatre heures sur cette selle et son corps le lui rappela lorsqu’il en descendit. Ses articulations étaient raides et craquaient comme du bois sec.
Gena’erekku s’était posé sur un méplat de petite taille, accroché au flanc d’une montagne. La plateforme rocheuse se terminait par un surplomb qui dominait une pente abrupte se perdant dans la nuit. Tancrède supposa qu’on ne pouvait y accéder que par les airs, mais il n’était pas impossible qu’un chemin soit dissimulé par l’obscurité. Alpha Centauri C permettait à peine de voir les rocs qui s’entassaient sur cette aire d’oiseau de proie ; toutefois, en remarquant parmi eux une zone d’ombre plus noire que les autres, Tancrède sut que l’entrée d’une caverne s’y trouvait. Il adressa un regard interrogatif à Gena’erekku qui l’encouragea d’un geste du menton à avancer. Après l’effort du voyage, l’Atamide irradiait tant de chaleur que son corps était nimbé de volutes de vapeur qui miroitaient dans la lumière ténue de la naine rouge du ciel nocturne d’Akya.