Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Les chiens ! » cracha Tancrède.
Il se leva brusquement, tremblant de rage.
« Et ce n’était que la première pierre du mensonge destiné à mener un million d’hommes sur Akya afin d’y châtier les Atamides pour un crime qu’ils n’avaient pas commis !
— Non seulement nous n’avions pas commis ce crime, dit Tan’hem, mais de plus, jamais nous n’avons reçu la moindre revendication pour ce lieu. Vous m’avez dit que cette guerre avait pour but de conquérir le sanctuaire, et pourtant, nous ne le gardions pas. Si les humains voulaient y vouer un culte quelconque, ils n’avaient qu’à demander. »
Tancrède hocha la tête avec force.
« J’en suis sûr, Tan’hem. Maintenant que je vous connais, je n’en doute pas. »
Puis, après une brève réflexion : « Les soldats… que dis-je, les criminels en fuite ont dû attendre l’arrivée de l’armée croisée en s’installant dans les montagnes, puis secrètement rallier la Nouvelle Jérusalem peu après le débarquement pour rejoindre leurs maîtres et… » Soudain, son visage se figea comme s’il avait une soudaine révélation. « Par l’enfer ! Je sais maintenant pourquoi le visage de cet officier m’était familier ! »
Là, j’étais perdu.
« Quel officier ?
— Celui que j’ai vu lors de notre expédition nocturne à Uk’har. Celui qui avait rassemblé les forces spéciales à l’avant du sanctuaire afin de permettre au Foudroyeur d’accomplir sa sinistre besogne en toute discrétion. Je me souviens de lui maintenant. Léon Kowalski. Il faisait partie de la même promotion que moi à l’école de guerre. La seule fois où je l’avais revu, des années plus tard, c’était sur une plaque vidéo, dans un reportage sur la mission d’évangélisation. Je l’avais reconnu dans la troupe qui accompagnait les scientifiques. S’il était là, bien vivant, la nuit où nous avons infiltré le Sanctuaire, c’est donc qu’il faisait partie des meurtriers qui avaient fui dans les montagnes et attendu l’arrivée des troupes.
— En effet, acquiesçai-je, cela concorde. D’ailleurs, cela résout du même coup l’une des énigmes que nous n’avons jamais su expliquer : les mystérieuses communications échangées entre le Saint-Michel et une source sur Akya, alors que tout le monde était supposé être mort là-bas. »
Encore une fois, Tancrède opina du chef.
« Les officiers félons continuaient à envoyer leurs rapports par messages super-tachy depuis leurs montagnes ! dit-il.
— Pourquoi ont-ils fait cela ? demanda en pensée Tan’hem. Pourquoi ces humains ont-ils massacré les leurs ?
— Pour la même raison que cette guerre a été lancée, répondit Tancrède avec lenteur. Ce qui a été découvert dans ce Sanctuaire devait revêtir une telle importance aux yeux du Saint-Siège qu’il a été jugé préférable de ne laisser aucun témoin. La seule faute des civils de la première mission était de savoir. Ils en furent aussitôt condamnés à mort et exécutés le soir même. »
Sur cette terrible conclusion, chacun garda le silence. Mon esprit n’était qu’un maelström de pensées confuses. J’avais beau avoir eu mon content d’horreurs et d’absurdités depuis le début de cette guerre, je ne m’y habituais toujours pas. Quant à Tancrède, je n’avais aucune peine à imaginer ce qu’il éprouvait. Au dégoût qu’il ressentait pour ces criminels devait s’ajouter la honte d’avoir appartenu à la même armée, d’avoir prononcé le même serment de fidélité à l’ECM.
Aucun bruit ne parvenait de l’extérieur, la nuit était silencieuse. Je me demandais si Arnut’har était toujours près du feu. À la lumière de ce que je venais d’apprendre, je comprenais maintenant pourquoi le chef guerrier était si réticent envers nous. Comment accorder sa confiance à des créatures qui n’hésitent pas à exterminer leurs congénères ?
« Vous êtes différents, nous le savons », dit Tan’hem, comme s’il avait perçu mes réflexions.
Avais-je verbalisé mes pensées sans m’en rendre compte ?
« Moi aussi, il y a quelque chose que je dois savoir », continua le vieux sage.
Cette fois-ci, je pris soin de ne pas laisser mon esprit ironiser à mon insu.
« Tancrède, le jour où tu as été blessé, tu as dit que tu avais été appelé.
— Je m’en souviens, répondit l’intéressé.
— Peux-tu m’en dire davantage… ou est-ce trop personnel ?
— J’ai fait des rêves… Des rêves étranges et récurrents. J’ai longtemps craint que ce soit un signe avant-coureur de… folie. Jusqu’au jour où j’ai compris. J’ai compris que ce n’était pas des rêves, mais des messages. Et leur teneur ne recélait nulle ambiguïté. Ils me disaient de venir. D’aller au-devant des Atamides.
— Comment peux-tu en être si sûr ?
— Je ne sais pas… Pendant longtemps, je ne comprenais pas. Puis un jour, le sens du message a paru s’éclaircir. J’ai entrevu les lignes… »
À ces mots, Tan’hem se redressa brutalement.
« Les lignes ! s’exclama-t-il. C’est bien ce que tu as voulu dire ?
— Oui, sans le moindre doute, ce sont elles qui m’ont conduit jusqu’à votre caravane. »
Tancrède n’avait pas l’air de s’en rendre compte, mais il avait manifestement touché un point sensible.
« Ces lignes vous évoquent-elles quelque chose, Tan’hem ? demandai-je.
— C’est une… vision typique des Atamides. Une façon de se représenter certaines forces qui composent l’univers… Ce ne peut être un hasard…
— Quoi ? le pressai-je. Qu’est-ce qui ne peut être un hasard ? »
Le vieil Atamide poussa un profond soupir. Il jeta un bref regard aux Uk’tis, mais ce n’étaient plus que des cendres froides.
« Yus’sur… Yus’sur est davantage qu’un sage, c’est un Ancien. Il possède de nombreux noms. L’un d’entre eux est Yus’sur-qui-songe. Il est possible que ce soit lui qui ait envoyé ces rêves à Tancrède. »
Les yeux de celui-ci s’écarquillèrent. Il vint se placer près de Tan’hem.
« Alors, je dois le voir, lui dit-il dans un souffle. Je dois le rencontrer ! »
Tan’hem hocha la tête, imitant en cela les humains lorsqu’ils veulent exprimer leur assentiment.
« Je pense comme toi. J’ignore si Yus’sur est réellement capable de faire cela, mais si tel est le cas, alors il devait avoir une bonne raison. Je te mènerai donc jusqu’à lui.
— Merci, lâcha Tancrède d’une voix tremblante. Merci du fond du cœur. »
Il semblait infiniment soulagé, tel celui que l’on débarrasse de son fardeau après une longue route.
« Il semble donc que je n’aurai pas à vous faire mes adieux demain », pensa Tan’hem sur un ton où perçait une pointe d’espièglerie.
« Eudes Bonmarchis est mort la nuit dernière ! » gronda Bohémond à l’oreille de Godefroy de Bouillon.
Les deux seigneurs se tenaient épaule contre épaule afin de pouvoir parler sans que personne ne les entende. Autour d’eux se massait toute une compagnie de soldats normands en rangs si serrés que nul ne pouvait voir ce qui se passait au centre de l’attroupement. L’idée était de Godefroy.
Lorsque le duc flamand avait salué Bohémond de Tarente ce matin-là, devant le Centre de commandement général, il avait immédiatement remarqué l’état de fureur rentrée dans lequel celui-ci se trouvait. L’impétueux Normand semblait tout près d’exploser et Godefroy ne tenait pas à prendre le risque qu’il s’épanche en public, quelles que soient les raisons de sa colère. Ils étaient espionnés en permanence, cela ne faisait pas le moindre doute, et le risque était particulièrement élevé, là, sur l’esplanade qui s’étendait devant le CCG où une foule de gens se pressait en permanence.