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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Elle ne s’étonna pas de voir Vince quitter très vite son corps de chair. L’hiver s’installait déjà, et Vince n’avait jamais aimé les rudes tempêtes et le vent glacé qui arrivaient du nord chaque année.

Rosa, cependant, avait conçu d’autres projets pour elle-même.

Elle avait en tête une certaine transformation, un adieu spectaculaire à la planète qui l’avait vue naître.

Il lui faudrait du temps ; elle devrait sans doute prolonger son séjour sur Terre plus longtemps que les autres. En conséquence, elle débuta sans attendre sitôt que Vince eut abandonné sa peau, frêle enveloppe que le vent d’hiver s’empressa de balayer.

Elle monta dans la chambre, s’assit un instant sur le grand lit qu’elle avait partagé des années avec Vince, puis se déshabilla pour se regarder une dernière fois dans le miroir en pied. Le reflet était celui d’une femme obèse, aux cheveux grisonnants, dont le visage flasque avait depuis peu perdu son éternelle expression morose.

Elle s’allongea sur le lit.

Les néocytes de son corps s’activèrent pour embrumer sa conscience et permettre au temps de passer plus vite. Rosa eut soudain l’impression de flotter dans l’espace.

Sa balance, le matin même, accusait cent treize kilos. Les néocytes avaient du pain sur la planche. Le tissu adipeux commença de changer. Les pores de Rosa exsudèrent une substance grise, fibreuse. En quelques jours, son corps en fut recouvert. Ses fonctions physiques ralentirent de plus en plus. Au bout d’une semaine, Rosa cessa de respirer ; son cœur s’arrêta de battre.

À l’intérieur de sa chrysalide, la métamorphose débuta.

Le pâle cocon reposa, immobile, tout l’hiver sur le lit.

Autour de lui, le monde subissait le grand bouleversement. Les tempêtes hivernales, cette année-là, furent particulièrement violentes. Pas autant que les cyclones qui ravagèrent les côtes, mais les tourmentes de neige gelèrent les canalisations et bloquèrent les routes sur lesquelles, d’ailleurs, plus personne ne circulait. En janvier, le vent fut si puissant qu’il brisa une fenêtre au rez-de-chaussée. La chambre de Rosa devint glacée et une légère couche de givre se forma sur le miroir. Mais Rosa était protégée du froid et du vent.

Vince, avant de partir, avait ouvert les barrières afin que les moutons soient libres d’aller brouter où bon leur semblait. Mais beaucoup, loin de leur abri, périrent cet hiver.

Pas très loin du ranch, de l’autre côté de la frontière du Colorado, les organismes des Voyageurs avaient entrepris la construction du nouveau vaisseau. Si Rosa s’était levée pour regarder par la fenêtre de sa chambre, elle aurait pu le voir grandir, sentir les trépidations du sol alors qu’ils puisaient au magma de la Terre, distinguer sa luminosité spectrale dans la nuit polaire.

Au printemps, tandis que le sol s’amollissait sous la neige fondante, elle aurait pu voir le Vaisseau-Home dominer l’horizon austral – une nouvelle montagne. Le voir comme A. W. Murdoch l’avait vu, le jour où il avait quitté sa peau.

Mais Rosa Perry Connor dormait toujours.

La température se réchauffait quand Rosa commença enfin à bouger dans son cocon. Les nuits étaient encore froides, mais la neige avait déserté le paysage.

Chaque jour, elle reprenait vie dans sa chrysalide.

La conscience revenait. Elle sentit le terme du processus approcher. Sentit son nouveau corps se rebeller contre son emprisonnement.

Quelques jours encore, et elle se libérerait.

Rosa ressentit le Monde supérieur, aussi, dans toute sa complexité – tant d’âmes le peuplaient déjà.

Mais elle n’était pas la seule à s’attarder sur Terre. D’autres transformations avaient eu lieu.

Beaucoup, en fait, et sur tous les continents. De nouvelles créatures mi-humaines, ex-humaines ou post-humaines.

Comme cet homme, songeait-elle à mesure que sa conscience s’élargissait… le garçon… le vieil homme qui était redevenu enfant…

… et qui la percevait, lui aussi…

… qui, d’ailleurs, était très proche.

Il réclamait son attention par l’intermédiaire du Monde supérieur.

Rosa, disait-il tandis qu’elle se débattait pour, sortir des limbes de son hibernation…

Rosa, nous sommes très près de toi…

Je t’entends, garçon, songea-t-elle. Mais j’ai encore besoin de dormir. Que veux-tu ?

Rosa, dit-il. Nous sommes tout près. Dépêche-toi, Rosa. Termine ce que tu as à terminer, hâte-toi, car nous sommes très près, et tu risques d’être en danger.

29

Je sais qui tu es

Le convoi fit halte sur une aire de repos, le long de la I-80.

Le Vaisseau-Home vira au bleu profond sitôt le soleil disparu à l’horizon. Les dernières lueurs s’accrochèrent à sa cime et empourprèrent un instant la neige qui l’encapuchonnait.

On ne devrait pas rester ici, songea William. Le Vaisseau-Home était presque fini et bientôt – d’ici à quelques jours – il s’éloignerait de la Terre. Le spectacle serait sans nul doute grandiose, mais également dangereux pour tout humain séjournant dans la région. La création du vaisseau avait ouvert une plaie profonde dans la croûte terrestre. Quand il s’élèverait, le magma suinterait de la blessure. Le soubassement tremblerait ; la Terre s’ouvrirait.

William savait tout cela par l’entremise du Monde supérieur, mais n’en parlait pas.

Il n’arrivait pas à se décider. Le devait-il ou non ?

Il s’écarta de la caravane de Miriam ; la chaleur du bitume traversait ses semelles. Assis sur le capot d’une Honda abandonnée, il ferma les yeux et laissa le vent rafraîchir sa peau juvénile.

Dans le Monde supérieur, la controverse faisait rage. Alors que le nouveau vaisseau s’apprêtait à quitter la Terre, ses habitants commençaient d’assumer certaines tâches jusqu’alors accomplies par les Voyageurs – principalement l’entretien de la planète. Ce n’était pas une mince affaire.

Les Voyageurs avaient entrepris ce travail un peu comme l’aurait fait un géant de bonne volonté mais lourdaud. En dépit de leur grande sagesse, ils n’avaient pas prévu un taux de résistance de un pour dix mille. Ils avaient ignoré les infinis visages de la psychologie humaine ; une erreur bien compréhensible. Leur propre transition d’une espèce biologique et planétaire à une épistémè interstellaire avait été autogénérée et pratiquement unanime.

Mais la question demeurait : quels rapports la collectivité humaine du Monde supérieur devait-elle entretenir avec cette minorité têtue ?

Laissons-les, disait une fraction. Ils ont choisi leur indépendance et nous nous devons de la respecter. Laissons-les accomplir leur destin. La destinée du vaisseau appartenait aux étoiles. La Terre n’avait qu’à se débrouiller seule.

Ce n’est pas humain de les abandonner, protestaient d’autres voix. Ils sont libres de choisir pour eux-mêmes, mais qu’en sera-t-il de leurs enfants ? Nous n’avons pas le droit de condamner une autre génération à la mort.

Les discussions n’avaient pas encore abouti.

Le problème de William reflétait à une échelle réduite celui du vaisseau. Il savait qui était le colonel Tyler ; il était conscient de la menace qu’il représentait pour les autres. Mais devait-il intervenir ?

Il avait pris la décision, pour ses derniers jours sur Terre, de redevenir enfant. Il avait relégué de nombreux souvenirs dans les profondeurs de sa mémoire parce qu’il avait choisi de vivre à fond cette expérience. Aussi ses fonctions à la présidence s’étaient-elles enfouies quelque part dans un passé brumeux, et il ne percevait plus que vaguement la présence du Monde supérieur lui-même.

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