Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Elle ouvrit le livre saint au hasard et commença à lire.
Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. Matthieu 28-20.
Ce matin encore, il y avait du sang dans la cuvette.
Je suis en train de mourir, songea Miriam.
30
Feux d’artifice
Matt fut réveillé par un coup à la porte de son camping-car : Tom Kindle, en vieux jean, chemise de laine, chaussures de marche et casquette de base-ball. Son fusil à la main.
— Vous êtes prêt à aller chasser l’ours ? demanda Matt.
— Je vous offre le fusil. En souvenir.
— Vous n’en aurez pas besoin ?
— Je pourrai en trouver un à Laramie, avec des munitions. Matthew, même si ça ne vous plaît pas, vous n’êtes pas en sécurité, en ce moment. Autant que vous ayez de quoi vous défendre.
Matt prit le fusil. Il n’avait jamais chassé, jamais fait son service militaire. Pour tout dire, c’était la première fois qu’il tenait une arme entre les mains. Le fusil était plus lourd qu’il n’y paraissait. Les pièces métalliques avaient été récemment huilées.
Il n’aimait pas la sensation de cette arme, non plus qu’il n’aimait voir Kindle partir.
Il lui rendit le fusil.
— Non. Ce n’est pas mon genre de jouet.
— Matthew…
— Je suis sérieux, Tom.
— Ne soyez pas stupide.
— Ne soyez pas têtu.
— Crénom de tête de mule ! dit Kindle en reprenant le fusil.
— Vous avez parlé à Abby ?
— Pas encore. J’allais le faire. Ce ne sera pas de gaieté de cœur.
— Vous avez encore le temps de changer d’avis.
Kindle haussa les épaules.
— N’y comptez pas trop.
Il tendit la main. Matt la prit dans la sienne.
— Soyez prudent, Tom.
— Faites attention à vous, Matthew. Je me demande si vous ne serez pas plus en danger que moi, avec ce dictateur de mes fesses.
— On s’est dit que vous devriez être mis au courant, annonça la voix à la radio. Tous nos Serveurs sont frappés de mutisme.
À cette heure de la matinée, ce n’était pas un appel de routine, et Tyler écouta avec un intérêt croissant.
Joey et lui avaient installé l’appareil dans l’arrière-salle du snack-bar. Tyler en avait fait son quartier général ; il était seul au moment de l’appel.
Le micro dans la main, il appuya sur la touche d’émission.
— Pouvez-vous répéter, Ohio ?
La radio était alimentée par le courant, toujours en activité, où qu’ils se trouvent. Joey avait proposé de brancher un appareil sur la batterie d’un des véhicules ; rien de plus facile, arguait-il. Et fonctionnel. Mais Tyler l’en avait dissuadé. Il commençait d’envisager la radio comme un handicap.
— Les Serveurs ne parlent plus.
Ohio se relayait pour assurer un service radio vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Tyler reconnut le léger accent hispanique de Carlos, qui assurait le service du matin.
— Je me demandais si vous aviez remarqué la même chose, de votre côté.
— Nous ne sommes pas près d’un Serveur, pour l’instant.
— À ce qu’il nous semble, les Voyageurs envisageraient de repartir. Peut-être que les Contactés prendront la relève, peut-être pas. Il est bien possible qu’on voie le vaisseau se remettre sur orbite très bientôt. Ce serait la fin d’une ère, si c’est le cas, non ?
Carlos avait manifestement envie de bavarder.
Sissy apparut dans un coin de la pièce, faiblement lumineuse et impatiente de s’exprimer.
— Donc, tous les Serveurs sont muets ? insista Tyler.
— Comme des carpes, confirma Carlos. Ils ne parlent plus, ne bougent plus. Rien.
Tyler absorba l’information et la retourna dans son esprit, cherchant à en saisir toutes les implications.
Dehors, par la vitre sale, il aperçut l’immense courbe du nouveau vaisseau encore arrimé au sol. Le vaisseau humain, de la taille d’une montagne.
— Ohio, dit-il, je vous reçois de plus en plus mal…
— Désolé, colonel… Vous avez des problèmes de temps, chez vous ?
Le ciel était d’un bleu uniforme. Encore sombre à cette heure matinale. Pas un souffle de vent.
— Je crois qu’un orage s’annonce.
— Grave ?
— Non, je ne pense pas. Mais nous risquons de ne pas pouvoir vous joindre avant quelque temps.
— Navré de l’apprendre. Recontactez-nous dès que possible.
— Comptez sur nous. Merci, Ohio.
Sissy, radieuse, approuvait en silence.
À présent, il s’agissait d’examiner l’information. D’en examiner toutes les conséquences possibles.
Si les Voyageurs s’en vont… Si les Serveurs se taisent…
Alors nous n’avons plus rien à craindre. Nos secrets resteront entre nous.
La voix de Sissy était faible mais stridente.
Ce n’est peut-être pas aussi simple, songea Tyler. On ne sait pas quelle tournure vont prendre les événements.
Alors attendons. On verra bien.
Attendre où ? Ici ?
Oui.
Jusqu’à quand ?
Jusqu’à la fin. Jusqu’à ce que les Voyageurs soient partis, que les morts soient partis, que le ciel soit vide.
Les gens ne voudront pas rester ici, rétorqua Tyler. Ils veulent aller en Ohio.
Invente quelque chose. Dis-leur que l’Ohio vous a conseillé d’attendre. À cause du mauvais temps, comme tu leur as dit. Un barrage a craqué, par exemple.
Sissy n’avait jamais été en mal d’imagination.
Ça pourrait marcher, songea le colonel. Mais pas s’ils peuvent communiquer avec l’Ohio, ou l’inverse. La radio…
Tu n’es pas aussi bête, dit Sissy. Tu peux bricoler la radio, non ?
Tyler tira le store poussiéreux et coinça une chaise sous la poignée de la porte.
Le jour se levait à peine et le campement était encore silencieux. La troupe des Irréductibles, ainsi que Tyler, satisfait de son propre sens de l’humour, les avait baptisés, ne risquait pas de le déranger. Joey continuait à monter la garde – une tâche idiote qui lui allait comme un gant –, et Jacopetti dormait jusqu’à midi si personne ne le réveillait. En dehors de ces deux-là, personne ne devrait venir l’importuner avant quelque temps.
Il posa la boîte à outils de Joey sur la table, débrancha la radio et retira les petites vis qui maintenaient le boîtier en place.
À l’aide d’une pince crocodile et d’un gros fil électrique, il fabriqua une sorte de câble de démarrage dont il fixa une partie sur l’enroulement primaire cent vingt volts du transformateur, et l’autre sur le pôle positif du courant. Histoire de ne rien laisser au hasard, il tendit un fil nu sur le fusible interne.
Remets le boîtier avant de brancher, lui rappela Sissy.
Tyler suivit le conseil. Pour terminer, il appuya sur le bouton on.
Après s’être accroupi dans un coin, il brancha l’installation sur la prise murale.
Il y eut une demi-seconde de silence. Puis un son, sec comme une détonation, claqua ; le gros appareil fit un bond sur la table, cracha une étincelle aussi vive qu’un flash et grésilla sous l’effet de la surtension.
L’ampoule du plafond vacilla et s’éteignit. Court-circuit général.
Maintenant, plus de temps à perdre. Tyler débrancha et entrouvrit le store, juste ce qu’il fallait pour avoir un peu de lumière. Une fumée âcre s’échappa de l’appareil quand il en souleva le boîtier. Ignorant l’odeur qui lui piquait la gorge, Tyler se hâta d’effacer toute trace de ses préparatifs. Il retira ce qu’il restait des câbles, la pince crocodile, le fil et le fusible. Puis il reposa le boîtier et commença à remettre les vis, une à une.