Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Ces gens, dans l’Est, dit-elle. Ils sont entourés de Serveurs. Ils leur parlent tout le temps.
— C’est vrai, acquiesça Tyler.
Les Serveurs sont les porte-parole de cette chose dans le ciel…
— Je sais, répondit-il, las de ces affirmations ambiguës.
Les yeux de Sissy, implacables, exigeaient des réponses qu’il était incapable de fournir.
… et des morts.
— Des morts ?
Ceux qui vivent sans leur corps.
Les Contactés. Les Contactés qui avaient le pouvoir de s’exprimer par l’intermédiaire des Serveurs.
— Le danger… commença Tyler.
Sissy fut plus rapide que lui.
Ils parleront de toi, John. Cette fille que tu as tuée à Loftus. Ou bien Murdoch. Qui sait s’il n’est pas passé de l’autre côté, lui aussi ? Qui d’autre encore pourrait parler ? Des témoins qui t’ont connu à Stuttgart. À eux tous, ils pourraient se rappeler tous les péchés que tu as commis.
L’idée fit grimacer Tyler.
Les gens sauront qui tu es.
— Je ne suis pas pire qu’un autre, se défendit-il, agressif.
Ils apprendront, pour Loftus. Ils te traiteront d’assassin.
Peut-être, mais il bénéficierait de circonstances atténuantes car exceptionnelles. La fille n’avait pas été humaine.
Et puis, se dit-il, je ne suis tout de même pas un assassin ordinaire. J’ai servi loyalement mon pays ; je me suis fait un nom dans le monde des affaires. J’avais mes entrées au Capitole, je déjeunais en tête à tête avec les fonctionnaires du ministère de la Défense ou les représentants de la sécurité. Bref, un homme au-dessus de tout soupçon – et des insinuations pernicieuses.
Tu rêves, dit Sissy. Pour eux, tu ne seras qu’un de ces escrocs mondains, rien de plus.
Tyler, sourcils froncés, se replongea dans cette période de sa vie : structurée, protocolaire, complexe. En ce temps-là, il savait tenir Sissy à distance. Compartiment A : l’honorable colonel Tyler. Compartiment B : les fantômes ; les pulsions.
Mais avec Contact, la frontière était devenue de plus en plus ténue. L’ennemi s’infiltrait subrepticement, se fondait, se confondait. On ne savait plus qui était qui.
Et Tyler discutait maintenant avec son spectre. Désolant. Mais quel autre choix avait-il ?
Fais attention, lui dit-elle sévèrement.
À quoi ?
Au danger ! Tu ne peux pas te permettre d’être découvert.
Pourtant, même le colonel Tyler avait fantasmé sur cette vallée verte en Ohio. Une autre vie. Un renouveau social. La sécurité.
Un piège, rétorqua Sissy.
— Mais si on ne va pas là-bas, objecta-t-il à haute voix, alors…
Au moment où il s’apprêtait à formuler la question, Sissy s’évapora.
Tyler dut à un moment ordonner une halte imprévue. Un poteau télégraphique leur barrait le chemin. Le colonel enrôla Joey Commoner et Chuck Makepeace pour fixer une chaîne autour du poteau et l’accrocher ensuite à l’arrière du 4 × 4.
Tyler fit rugir le puissant moteur du Ford. Le bois gémit, craqua et, peu à peu, le poteau commença de glisser.
Tout en manœuvrant, Tyler observait ceux qui, depuis le seuil de leur caravane ou de leur motor-home, observaient passivement le spectacle.
Kindle et Wheeler, côte à côte, regardaient en silence, maussades. Wheeler, en particulier, semblait avoir du mal à masquer ses émotions. Sa rancœur, sans doute ; il avait sûrement mal digéré d’avoir été évincé de sa position de chef.
Chez les autres, Tyler reconnut une vague curiosité – Jacopetti, Ganish –, une certaine méfiance – Abby Cushman et Miriam Flett –, ou une franche vénération – Joey Commoner.
Il se tourna pour estimer sa progression, et quand son regard se porta de nouveau sur le groupe, il fut surpris d’y découvrir une présence plus éthérée – Sissy.
Un vent froid s’engouffrait dans le passage encaissé, mais les longs cheveux sales de Sissy pendaient tristement sur ses épaules, indifférents.
Elle tendit la main et la posa sur la tête du nouveau venu, le jeune garçon, William.
Celui-ci, dit-elle. Aucun son ne sortait de ses lèvres, mais Tyler entendait distinctement les mots. Méfie-toi de celui-ci.
Il roula jusqu’au coucher du soleil.
— Beaucoup de colons sont venus par cette route, dit Kindle. Des mormons, surtout, mais aussi ceux qui se dirigeaient vers l’Oregon ou la Californie. On peut encore trouver les chemins qu’ont tracés leurs chariots dans certaines prairies, à environ une soixantaine de kilomètres plus au nord.
Matt marchait au côté de son ami, le long de la route ; ils s’éloignaient du campement.
Ils s’étaient arrêtés pour la nuit le long du désert rocailleux du Wyoming qui, aux yeux de Matt, apparaissait infiniment sec, silencieux et immense. Le dîner était terminé et les feux de camp rougeoyaient dans la nuit tombante.
— Vous venez, Matthew ? avait proposé Kindle. On va marcher un peu. J’ai des fourmis dans les jambes.
Et Matt avait intuitivement compris que le vieux solitaire avait quelque chose de difficile à lui confier.
Ni la lune ni le vaisseau n’éclairaient encore le ciel que seules les étoiles piquetaient de paillettes lumineuses.
— On l’appelait la piste du Sud, poursuivit Kindle qui se lança dans une description de tous les petits ruisseaux et passages à gué de la région.
— Vous avez l’air de connaître le coin comme votre poche, remarqua Matt.
— Je suis resté deux ans dans le Wind River Range. Je me promenais souvent dans les montagnes. Les Whiskey Mountains. Très belle contrée.
— Elle vous manque ?
Ils approchaient du petit feu de camp, là où Joey Commoner avait pris son tour de garde. Joey se leva aussitôt au son de leurs pas et se tourna vers eux, la main prête à saisir la crosse du revolver dont le colonel Tyler l’avait armé.
— Halte ! lança-t-il d’une voix rauque.
Kindle bâilla avec un air de profond ennui.
— Joey, si jamais tu pointes ton flingue sur moi, je te le fais bouffer. Ne viens pas dire que je ne t’aurai pas prévenu.
— Le colonel n’aime pas qu’on sorte du périmètre du campement la nuit.
— Le contraire m’aurait étonné. Je suppose qu’il n’aime pas non plus ma tenue débraillée, mais il faudra pourtant qu’il s’y fasse, non ?
— Je serai obligé de lui signaler que vous êtes sortis des limites autorisées.
— Très bien, dit Kindle. J’aurai peut-être droit à un coup de règle sur les doigts, si ça peut lui faire plaisir.
— Vous êtes un vrai connard, dit Joey.
Kindle le considéra quelques instants – avec tristesse, songea Matt. Puis ils reprirent leur chemin, au-delà du feu, au-delà de Joey.
Matt essaya de s’imaginer dans un chariot, traversant cette immensité de pierre et de roc. Pas de routes, pas de stations-service, pas de motels. Pas de Serveurs. Les étoiles acérées comme des aiguilles.
— Matthew… où en est-on arrivé ? Il faut qu’on passe un poste de contrôle, maintenant, pour aller se promener ?