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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mon rempart c'est la graine d'abord que je te propose. Et la forme du tronc et des branches. D'autant plus durable l'arbre, qu'il organisera mieux les sucs de la terre. D'autant plus durable ton empire, qu'il absorbera mieux ce qui de toi se propose. Et vains sont les remparts de pierre quand ils ne sont plus qu'�caill�s d'un mort.

CLXV

�Ils trouvent les choses, disait mon p�re, comme les porcs trouvent les truffes. Car il est des choses � trouver. Mais elles ne te servent de rien car tu vis, toi, du sens des choses.

�Mais ils ne trouvent pas le sens des choses parce qu'il n'est point � trouver mais � cr�er.

�C'est pourquoi je te parle.�

�Que contiennent ces �v�nements? disait-on � mon p�re.

��Ils contiennent, r�pondait mon p�re, le visage que j'en p�tris.�

Car toujours tu oublies le temps. Or le temps pendant lequel tu auras cru en quelque fausse nouvelle t'aura grandement d�termin�, car elle sera travail de graine et croissance de branches. Et ensuite, m�me si te voil� d�tromp�, tu seras autrement devenu. Et si je t'affirme ceci ou cela tu en d�couvriras tous les signes, tous les recoupements, toutes les preuves. Ainsi de ta femme si je t'affirme qu'elle te trompe. Tu la d�couvriras coquette, ce qui est vrai. Et sortant � toute heure, ce qui est vrai encore, mais dont tu ne t'�tais pas aper�u. Si ensuite je r�pare mon mensonge, la structure cependant demeure. De mon mensonge il reste toujours quelque chose, car il est point de vue pour d�couvrir des v�rit�s qui sont.

Et si je dis que les bossus charrient la peste, tu t'�pouvanteras du nombre des bossus. Car tu ne les avais point remarqu�s. Et plus tu m'auras cru longtemps, mieux tu les auras d�pist�s. Il reste ensuite que tu connaisses leur nombre. Et c'est ce que je voulais.

CLXVI

�Moi, dit mon p�re, je suis responsable de tous les actes de tous les hommes.

��Cependant, lui dit-on, ceux-l� se conduisent en l�ches et ceux-ci trahissent. O� se logerait ta faute?

��Si quelqu'un se conduit en l�che, c'est moi. Et si quelqu'un trahit, c'est moi qui me trahis moi-m�me.

��Comment te trahirais-tu toi-m�me?

��J'accepte une image des �v�nements selon laquelle ils me desservent, dit mon p�re. Et j'en suis responsable car je l'impose. Et elle devient la v�rit�. C'est donc la v�rit� de mon ennemi que je sers.

��Et pourquoi serais-tu l�che?

��Je dis l�che, r�pondit mon p�re, celui qui, ayant renonc� � se mouvoir, se d�couvre nu. L�che celui qui dit: �Le fleuve m'entra�ne�, car autrement, ayant des muscles, il nagera.�

Et mon p�re se r�suma:

��Je dis l�che et tra�tre quiconque se plaint des fautes d'autrui ou de la puissance de son ennemi.�

Mais nul ne le comprenait.

�Il est cependant des �vidences dont nous ne sommes pas responsables�

��Non!� dit mon p�re.

Il prit l'un de ses convives et le poussa vers la fen�tre:

�Quelle forme ce nuage dessine-t-il?� L'autre observa longuement: �Un lion couch�, dit-il enfin.

��Montre-le � ceux-ci.�

Et mon p�re ayant divis� en deux parts l'assembl�e poussa les premiers vers la fen�tre. Et tous virent le lion couch� que leur fit reconna�tre le premier t�moin en le tra�ant du doigt.

Puis mon p�re les rangea � l'�cart et poussant un autre vers la fen�tre:

�Quelle forme ce nuage dessine-t-il?�

L'autre observa longuement:

�Un visage souriant, dit-il enfin.

��Montre-le � ceux-ci.�

Et tous virent le visage souriant que leur fit reconna�tre le second t�moin en le tra�ant du doigt.

Puis mon p�re entra�na l'assembl�e loin des fen�tres.

�Efforcez-vous de tomber d'accord sur l'image que figure le nuage�, leur dit-il.

Mais ils s'injuri�rent sans profit, le visage souriant �tant trop �vident aux uns et le lion couch� aux autres.

�Les �v�nements, leur dit mon p�re, n'ont �galement de forme que la forme que le cr�ateur leur accordera. Et toutes les formes sont vraies ensemble.

��Nous le comprenons du nuage, lui objecta-t-on, mais non de la vie� Car si se l�ve l'aube du combat et que ton arm�e soit m�prisable en regard de la puissance de ton adversaire, il n'est point en ton pouvoir d'agir sur l'issue du combat.

��Certes, dit mon p�re. Comme le nuage s'�tale dans l'espace, les �v�nements s'�talent dans le temps. Si j'y veux p�trir mon visage j'ai besoin de temps. Je ne changerai rien de ce qui doit ce soir se conclure, mais l'arbre de demain sortira de ma graine. Et elle est aujourd'hui. Cr�er n'est point d�couvrir une ruse d'aujourd'hui que le hasard t'aurait cach�e pour ta victoire. Elle serait sans lendemain. Ni une drogue qui te masquera la maladie, car la cause en subsisterait. Cr�er, c'est rendre la victoire ou la gu�rison aussi n�cessaires qu'une croissance d'arbre.�

Mais ils ne comprenaient toujours pas:

�La logique des �v�nements��

C'est alors que mon p�re les insulta dans sa col�re:

�Imb�ciles! leur dit-il. B�tail ch�tr�! Historiens, logiciens, et critiques, vous �tes la vermine des morts et jamais ne saisirez rien de la vie.�

Il se tourna vers le premier ministre:

�Le roi, mon voisin, nous veut faire la guerre. Or nous ne sommes point pr�ts. La cr�ation n'est point de me p�trir dans la journ�e des arm�es qui n'existent pas. Ce n'est qu'enfantillage. Mais de me p�trir un roi, mon voisin, qui ait besoin de notre amour.

��Mais il n'est point en mon pouvoir de le p�trir�

��Je connais une chanteuse, lui r�pondit mon p�re, � qui je songerai si je me fatigue de toi. Elle nous chanta l'autre soir le d�sespoir d'un soupirant fid�le et pauvre qui n'ose avouer son amour. J'ai vu pleurer le g�n�ral en chef. Or il est riche, craque d'orgueil, et viole les filles. Elle nous l'avait chang� en dix minutes en cet ange de candeur dont il �prouvait tous les scrupules et toutes les peines.

��Je ne sais plus chanter�, fit le premier ministre.

CLXVII

Car si tu pol�miques tu te fais de l'homme une id�e simpliste.

Ce peuple entoure son roi. Le roi le conduit vers un but que tu juges indigne de l'homme. Et tu pol�miques contre le roi.

Mais beaucoup vivent du roi, qui sont de ton avis. Ils n'ont pas pens� le roi sous ce jour car il est d'autres raisons d'aimer ou de tol�rer le roi. Et voici que tu les dresses contre eux-m�mes et contre le pain de leurs enfants.

Le tiers donc te suivra avec effort, reniant le roi, et conna�tra une mauvaise conscience, car il �tait d'autres raisons d'aimer et de tol�rer le roi, car aussi il �tait du devoir de ceux-l� de nourrir leurs enfants, et, entre deux devoirs, il n'est point de balance qui te mette en paix. Or si tu veux animer l'homme quand il s'embourbe dans le doute et ne sait plus agir, il convient de le d�livrer. Et le d�livrer c'est l'exprimer.

Et l'exprimer c'est lui d�couvrir ce langage qui est clef de vo�te de ses aspirations contradictoires. Dans les contradictions tu vas t'asseoir en attendant qu'elles passent et tu en meurs. Or si tu augmentes ces contradictions il s'ira coucher avec d�go�t.

Un autre tiers ne te suivra point. Mais tu l'obliges de se justifier � ses propres yeux, car tes arguments ont port�. Et tu l'obliges de construire des arguments aussi solides et qui ruinent les tiens. Il en est toujours, car la raison va o� tu veux. L'esprit seul domine. Or maintenant qu'il s'est d�fini, exprim�, et renforc� d'une carapace de preuves, tu ne pourras plus t'en saisir.

Quant au roi qui ne songeait que faiblement � dresser son peuple contre toi, tu le contrains d'agir. Et le voil� qui fait appel aux chantres, historiens, logiciens, professeurs, casuistes et commentateurs de son empire. Et on fabrique de toi une image bigle et cela est toujours possible. Et l'on d�montre ta bassesse et cela est toujours possible. Et le troisi�me tiers qui t'avait lu sans savoir se d�terminer, lequel est plein de bonne volont�, le voil� qui trouve sa foi dans ce monument de logique que tu as impos� de construire. Et ta biglerie le pousse � vomir et il se range aupr�s de son roi. R�confort� enfin par ce pur visage d'une v�rit�.

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