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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Christine Barthillet obtempéra. Elle se retrouva en petite culotte et soutien-gorge devant Max et les filles. Elle cacha ses seins de ses mains et se racla la gorge, gênée. Max et Zoé piquèrent un fou rire.

— Le must : la saharienne. Règle numéro un : accompagnée d’un pantalon de jogging Adidas à bandes blanches, je dis oui. Ça tombe bien, vous en avez un. C’est d’ailleurs la seule façon d’avoir l’air chic en survêt !

— Avec une saharienne ?

— Absolument. Règle numéro deux : sous la saharienne, mettre un pull en V et un débardeur qui pointe son nez sous le pull…

Elle fit signe à madame Barthillet d’enfiler les vêtements qu’elle lui tendait.

— Pas mal… Pas mal ! dit Hortense en la soupesant du regard. Règle numéro trois : saupoudrer le tout de quelques accessoires bon marché, on va prendre vos colliers et bracelets de Monoprix…

Elle la décora comme un mannequin de vitrine. Recula d’un pas. Retroussa une manche. Recula encore. Détendit l’encolure du pull. Ajouta un dernier collier et une paire de lunettes d’aviateur dans les cheveux.

— Aux pieds, des baskets… Et le tour est joué ! déclara-t-elle, satisfaite.

— Des baskets ! protesta Christine Barthillet. C’est pas très féminin.

— Vous voulez avoir l’air d’un tas ou d’une pro du style ? Faut choisir, Christine, faut choisir ! Vous m’avez demandé de vous aider, je vous aide, si ça vous plaît pas, mettez vos talons aiguilles et soyez pouff.

Madame Barthillet se tut et enfila ses baskets.

— Voilà…, dit Hortense, en tirant sur le pull et en faisant apparaître la bretelle du débardeur. Allez vous regarder dans la glace.

Madame Barthillet partit dans la chambre de Joséphine et en revint avec un grand sourire.

— C’est génial ! Je me reconnais plus. Merci, Hortense, merci.

Elle tourbillonna dans le salon puis se laissa tomber sur le canapé en se tapant sur les cuisses de joie.

— C’est fou ce qu’on peut faire avec trois chiffons quand on a du goût ! Et ça te vient d’où ça ?

— J’ai toujours su que j’étais douée pour ça.

— Un vrai tour de passe-passe ! Comme si t’avais vu quelqu’un d’autre en moi ! Comme si je savais enfin qui j’étais.

Zoé se replia en boule sur le tapis et, tripotant ses lacets, elle bougonna :

— J’aimerais bien savoir qui je suis, moi. Tu me le fais à moi, dis, Hortense…

— Te faire quoi ? demanda Hortense, distraite, en observant un dernier détail dans la tenue de Christine Barthillet.

— Comme t’as fait à madame Barthillet…

— Je te le promets.

Zoé fit un bond de joie et vint se suspendre au cou d’Hortense qui se dégagea.

— Apprends d’abord à te tenir, Zoé. Ne jamais montrer tes émotions. Garder tes distances. C’est la règle numéro un pour avoir de la classe. Le dédain… Tu prends les gens de haut et ils te respectent. Si t’as pas compris ça, c’est pas la peine de sortir.

Zoé se reprit et fit trois pas en arrière, jouant la fière et l’indifférente.

— Comme ça ? Ça va ?

— Il faut que ce soit naturel, Zoé. Que tu sois dédaigneuse naturellement. C’est ce qu’il y a de plus dur dans « l’attitude ».

Elle avait prononcé ce mot en l’articulant soigneusement.

— L’attitude doit être naturelle…

Zoé tritura ses cheveux et poussa un soupir en se grattant le ventre.

— C’est trop dur…

— C’est du travail, c’est sûr, répliqua Hortense, du bout des lèvres.

Son regard retomba sur Christine Barthillet et elle lui demanda :

— Vous savez à quoi il ressemble, votre Alberto ?

— Aucune idée. Il aura Le Journal du dimanche sous le bras ! Je vous raconterai… Allez, j’y vais. Ciao ! Ciao !

Elle prit son sac et s’apprêta à sortir. Hortense la rattrapa, lui fit remarquer que son sac n’allait pas du tout avec sa tenue.

— Tant pis, fit Christine Barthillet. Je sais qu’il faut être en retard mais si je traîne trop, y aura plus d’Alberto !

Elle était en train de descendre les escaliers quand Max et Zoé lui crièrent de prendre une photo afin qu’ils sachent à quoi ressemblait Alberto.

— Tu comprends, souffla Zoé, soucieuse, il va peut-être devenir ton beau-père…

Dans la cuisine, les volets fermés pour la protéger de la chaleur, Joséphine écrivait. Le jour où elle devait rendre le manuscrit approchait. Plus que trois semaines et elle devait avoir fini. Iris venait chaque jour prendre les enfants et les emmenait au cinéma, se promener dans Paris ou au Jardin d’Acclimatation. Elle mangeait des glaces en payant des tours d’auto-tamponneuses et des parties de tir à la carabine. Le collège des filles étant un centre d’examens pour le bac, Max et Zoé étaient livrés à eux-mêmes. Joséphine avait fait comprendre à Iris qu’elle ne réussirait pas à terminer le roman si elle n’était pas entièrement délivrée de toute présence dans l’appartement et dégagée du souci de savoir ce qu’ils faisaient toute la journée. « Je ne peux pas laisser traîner Zoé avec Max Barthillet, elle va finir dans un trafic de portables volés ou de vente de cannabis ! » Iris avait râlé. « Mais comment je vais faire ? – Tu te débrouilles, avait répondu Jo, c’est ça ou je n’écris pas ! » Hortense faisait son stage chez Chef et vivait sa vie, mais il fallait occuper Zoé et Max.

Madame Barthillet poursuivait sa romance avec Alberto. Il lui donnait rendez-vous à des terrasses de café, mais ils n’avaient pas encore consommé. « Il y a un loup, disait Christine Barthillet, il y a un loup quelque part ! Pourquoi ne m’emmène-t-il pas à l’hôtel ? Il m’embrasse, me tripote, me fait des cadeaux mais rien d’autre. Je ne demande qu’à conclure, moi ! Au lieu de s’envoyer en l’air, on passe des heures à parler, assis, en buvant des cafés ! Je vais finir par connaître tous les bars de Paris. Il est toujours à l’heure, arrive toujours en premier et son grand truc est de me regarder marcher. Il dit que ma démarche l’inspire, qu’il adore me voir arriver, me voir m’éloigner ! Cet homme est sûrement impuissant. Ou détraqué. Il rêve d’avoir une liaison mais n’arrive pas à passer à l’acte. C’est bien ma chance ! C’est pas difficile, j’ai l’impression d’être avec un homme-tronc ! Je ne l’ai jamais vu debout ! – Mais non, avait dit Zoé, c’est un romantique, il prend son temps. – J’ai pas de temps à perdre. Je ne vais pas prendre racine chez vous. J’ai envie de m’installer et, là, on perd du temps, on perd du temps. Je ne sais même pas son nom de famille. Je vous dis que c’est louche ! »

Joséphine, elle, n’avait pas de temps à perdre. Le quatrième mari de Florine venait de rendre l’âme, brûlé sur le bûcher des hérétiques. Ouf ! pensa-t-elle en s’épongeant le front. Il était temps ! Quel homme malsain et malfaisant ! Il était arrivé au château, monté sur un grand destrier noir et portant avec lui les Saints Évangiles. Il avait demandé l’asile et Florine l’avait recueilli. La première nuit, il ne voulut point dormir dans un lit, mais à la dure, sous les étoiles, enveloppé dans sa grande cape noire. Guibert le Pieux était un homme magnifique. Les cheveux longs et bruns, le torse puissant, des bras de bûcheron, de belles dents blanches, un sourire de carnassier, des yeux bleus perçants… Florine avait senti le feu brûler ses entrailles. Il parlait en citant des versets de l’Évangile, récitait le texte du Decretum qu’il connaissait par cœur et pourfendait le péché sous toutes ses formes. Il s’était installé au château et réglementait la vie de tous. Il exigeait de Florine qu’elle porte des tenues austères, sans aucune couleur. Le Malin se loge dans le sein de chaque femme, professait-il en levant le doigt vers le ciel. Les femmes sont frivoles, bavardes, infanticides, avorteuses, luxurieuses, lubriques, prostituées. La preuve : il n’y a pas de femmes au Paradis. Il avait fait retirer les tapisseries et les tentures des murs du château, avait confisqué les fourrures, vidé les coffres à bijoux. De sa belle voix de mâle assuré, il lâchait des anathèmes. Les fards sont des vermillons adultérins, les filles laides des vomissures de la terre et les belles, il faut s’en méfier car ce n’est qu’une apparence dissimulant un sac d’ordures. Tu prétends vouloir suivre la règle de saint Benoît et tu trembles quand je t’ordonne de dormir au sol, en chemise ? Mais ne vois-tu pas que c’est le diable qui t’enferme dans ce confort de reine, le diable qui a rempli tes caisses d’argent et de pierres précieuses, le diable qui te murmure de soigner ta beauté et la douceur de ta peau pour te détourner de ton Époux divin ? Florine écoutait et se disait que cet homme lui avait été envoyé pour la remettre sur le droit chemin. Elle s’était égarée avec ses précédents maris. Elle avait oublié sa vocation. Sa voix l’ensorcelait, sa stature la troublait, son regard la transperçait. Elle tremblait si fort de désir pour lui qu’elle consentit à tout. Isabeau, sa fidèle servante, effrayée par le fanatisme de Guibert, s’enfuit une nuit en emmenant le jeune comte. Florine demeura seule, parmi des domestiques terrorisés. Ceux qui n’obéissaient pas étaient enfermés dans les cachots du château. Personne n’osait s’opposer à lui. Un soir, pourtant, il passe le bras autour des épaules de Florine et lui demande de l’épouser. Défaillant de joie, Florine remercie Dieu et accepte. Ce sera une noce triste et austère. La mariée est pieds nus, le marié la tient à distance. Lors de la nuit de noces, alors que Florine se glisse dans la couche conjugale en tremblant de joie, il s’enveloppe de son manteau et s’allonge à côté d’elle. Il n’entend pas consommer le mariage. Ce serait céder au péché de luxure. Florine sanglote, mais serre les dents pour qu’il ne l’entende pas. Il lui fait répéter en prière je ne suis rien, je suis moins que rien, je suis une mauvaise femme, plus mauvaise que la plus mauvaise des bêtes. J’ai rencontré mon Sauveur en prenant cet homme pour époux et je dois lui obéir en tout. Elle s’incline. Le lendemain, il coupe ses longs cheveux d’or avec son poignard et lui barre le front de deux grands traits de cendre. Cendre tu es et cendre tu retourneras, énonce-t-il en glissant le pouce sur son front. Florine défaille de plaisir en sentant son doigt sur sa peau nue. Elle avoue son plaisir et il redouble de cruauté. Il l’épuise à la tâche, lui inflige un jeûne perpétuel, lui ordonne de faire elle-même toutes les tâches ménagères, de boire l’eau sale du ménage. Renvoie un à un les domestiques en les couvrant de cadeaux pour qu’ils ne parlent pas. Il ordonne qu’elle lui livre son argent et lui indique où elle a caché son or, l’or que t’a donné le roi de France après avoir trucidé ton mari et que tu as dissimulé. Cet argent est maudit, tu dois me le donner que je le jette à la rivière. Florine résiste. Ce n’est pas son argent, c’est celui de son fils. Elle ne veut pas déshériter Thibaut le Jeune. Guibert la soumet alors à une véritable torture. Lui impose les fers, l’enchaîne dans une geôle jusqu’à ce qu’elle parle. Parfois, pour l’amadouer, il la prend dans ses bras et ils prient ensemble. Dieu m’a envoyé à toi pour te purifier. Elle le remercie, remercie Dieu qui la conduit sur la voie de la soumission et de l’obéissance.

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