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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Jean-Louis Broussard s’affaira lui aussi, expliquant à son camarade : « Voyez-vous, mon ami, notre mission est déjà assez dangereuse en soi. Un authentique miracle, observé par des témoins dignes de foi, alors qu’il ne fait l’objet d’aucune chronique, ni dans notre histoire ni dans celle que nous souhaitons éviter… cela représenterait un nouveau facteur de perturbation. » C’était un érudit né au XXIVe siècle mais affecté à la France du Xe siècle, en tant qu’observateur plutôt qu’homme d’action. Faute de chroniqueurs sérieux, quantité d’informations précieuses tombaient dans l’oubli avec les siècles, d’autant plus que les livres périssaient parfois eux aussi. Si la Patrouille devait veiller sur le flot du temps, elle avait intérêt à bien le connaître. Ses scientifiques de terrain étaient aussi vitaux que ses agents chargés de missions de police.

Des scientifiques comme Wanda. « Dépêchez-vous, bon sang ! » Chasse-la de ton esprit. Oublie-la, cesse de penser à elle, du moins pour le moment.

Hall s’activa sur le destrier. « Si vous voulez, mais moi, je dis que vous êtes trop précieux pour qu’on vous envoie au front. C’est comme si le général Lee était monté en première ligne. »

Everard ne lui répondit que dans son for intérieur. C’est moi qui l’ai exigé. J’ai fait valoir mon rang. Ne me demande pas de l’expliquer, car j’en serais bien incapable, mais c’est moi qui dois porter ce coup-là et personne d’autre.

« Nous avons aussi notre rôle à jouer, rappela Broussard à Hall. Nous sommes les réserves au sol, et c’est à nous d’intervenir en cas de pépin. » Il s’abstint de préciser que si l’opération échouait, le vortex causal atteindrait probablement une force irrépressible.

Everard avait dormi en chemise et en pantalon. Il enfila pardessus une tunique matelassée, une coiffe assortie et une paire de bottes à éperons. La cotte de maille coula sur lui pour l’envelopper des épaules aux genoux, l’ouverture pratiquée au niveau de la taille lui permettant d’enfourcher son destrier. Souple et peu encombrante, elle était moins lourde qu’on aurait pu le craindre ; son poids était expertement réparti. On le coiffa ensuite d’un Spangenhelm, un casque de type germanique pourvu d’un protège-nez. Pour compléter la panoplie, il disposait d’un ceinturon avec épée à gauche et dague à droite, que la Patrouille lui avait fabriqué sur mesure. Comme il s’était fait un devoir d’acquérir une science du combat proprement encyclopédique, il n’avait eu besoin que d’une rapide remise à niveau.

Il mit le pied à l’étrier et monta en selle. Dans l’idéal, un destrier était élevé auprès de son maître dès sa naissance ou presque. Mais cet étalon sortait des haras de la Patrouille et jouissait d’une intelligence supérieure au commun des chevaux. Broussard tendit son bouclier à Everard. Il le passa à son bras gauche et saisit ensuite ses rênes. L’héraldique n’était pas encore une science, mais certains chevaliers décoraient leur écu et il avait choisi pour le sien un animal fabuleux – à savoir un dindon. Hall lui tendit sa lance. Elle aussi était plus maniable que ne le laissait présager sa longueur. Il salua ses camarades en levant le pouce et s’en fut au petit trot.

L’agitation diminuait à mesure que les escadrons se formaient. Porté par un jeune écuyer, le gonfalon bariolé du prince Roger était placé à la tête des troupes. C’était lui qui devait mener la première charge.

Everard s’arrêta à son niveau et leva sa lance pour le saluer. « Bonjour, mon seigneur, lui dit-il. Le roi m’a prié de me joindre à votre avant-garde. Il me semble que je serais mieux placé sur votre flanc gauche. »

Le duc le gratifia d’un bref signe de tête, impatient d’aller au combat. Quoique âgé de dix-neuf ans à peine, il avait déjà la réputation d’un guerrier vaillant et audacieux. Dans l’histoire telle que la connaissait la Patrouille, il devait périr onze ans plus tard sans laisser d’héritier, ce qui serait préjudiciable au royaume car il était le plus compétent des fils de Roger II. Mais dans cette histoire, ce jour serait le dernier pour ce beau jouvenceau si hardi.

« Comme il vous plaira, Manson, dit-il dans un rire. Ça devrait être calme de ce côté-là ! » Un officier supérieur du futur aurait été consterné par une telle désinvolture, mais, pour le moment, les armées européennes se montraient peu rigides en matière de doctrine et d’organisation. La cavalerie normande était la meilleure du monde, hormis sans doute celles de l’Empire byzantin et des deux califats.

C’était sur le flanc gauche que frapperait Lorenzo. Everard gagna sa position et examina les lieux avec attention.

De l’autre côté de la route, l’ennemi était lui aussi en position. Le fer étincelait, la masse des hommes et des chevaux rayonnait de couleurs vives. Les chevaliers de Rainulf n’étaient que quinze cents à peine, mais ils étaient appuyés par une infanterie qui compensait amplement cette infériorité numérique : des citadins et des paysans d’Apulie, armés de serpes et de piques et bien décidés à se défendre contre un envahisseur ayant déjà ravagé nombre de terres fertiles.

Ouais, même les contemporains de Roger le jugent trop sévère avec les rebelles. Mais il ne fait que suivre l’exemple de Guillaume le Conquérant, qui a soumis le nord de l’Angleterre en le transformant en désert ; et, contrairement à Guillaume, il gouverne la paix venue dans un esprit de justice, de tolérance et même de miséricorde… Et au diable les excuses vaseuses. Ce qu’il a créé dans mon histoire, c’est ni plus ni moins que l’ancêtre du royaume des Deux-Siciles, lequel, sous une forme ou une autre, a survécu à sa dynastie pour perdurer jusqu’au XIXe siècle, devenant le creuset de l’unité italienne, une évolution qui devait être lourde de sens pour le reste du monde. Je me trouve à un pivot de l’Histoire… Mais je me félicite de ne pas avoir dû le rencontrer avant la traversée des montagnes. J’aurais fort mal dormi après l’avoir vu à l’œuvre en Campanie.

Comme toujours lorsqu’un combat était imminent, Everard perdit toute angoisse. Ce n’était pas qu’il ignorât la peur : il avait autre chose à faire, voilà tout. Son œil devenait acéré, son oreille percevait le moindre son au sein du brouhaha comme s’il était seul au cœur de la nuit, chacun de ses sens s’affûtait, mais les battements de son cœur et la puanteur de sa transpiration cessaient d’être captés par son esprit devenu aussi froid qu’un calculateur.

« Ça va démarrer dans une minute », dit-il à voix basse. Le médaillon glissé sous son armure, reposant à même sa peau, reçut le message délivré en temporel et l’émit en direction du ciel. Sa batterie ne tiendrait pas très longtemps s’il le conservait en mode actif, mais l’escarmouche en préparation ne durerait guère, quelle que fût son issue. « Vous avez Lorenzo dans vos optiques ?

— Deux d’entre nous sont calés dessus », répondit une voix, qui parvenait à ses oreilles via un module de transmission sonore par vibration intégré à son casque.

« Ne le perdez pas de vue. Je veux savoir où il se trouve à tout instant lorsque nous approcherons l’un de l’autre. Et alertez-moi si quelqu’un d’autre s’intéresse à moi, évidemment.

— Bien reçu. Bonne chasse, monsieur. » Sous-entendu : Oui, pourvu que la chasse soit bonne. Pourvu que nous sauvions Roger père et fils, et ramenions ainsi au réel nos amours et nos maîtres.

Nos parents. Nos amis. Nos patries. Notre carrière. Tout cela, oui. Mais pas Wanda.

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