Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
À Rome, Louis est un comédien-touriste très heureux d’être bientôt rejoint par Patrick venu passer quelques jours en leur compagnie avant de partir à destination de Tunis où on l’attend à l’hôpital Charles-Nicolle. Il doit cette affectation, après son sursis militaire, dans le cadre de la coopération technique, au docteur Somia, le patron du service de pneumologie du centre hospitalier de Bobigny qui avait rassuré son père en 1944 quand celui-ci se croyait tuberculeux. La famille de Funès visite la basilique Saint-Pierre, admirant son architecture et la Pietà de Michel-Ange. La chapelle Sixtine émeut tout particulièrement Louis de Funès. Il se délecte de toutes ces œuvres, y allant de son propre commentaire : « Quand on voit toutes ces splendeurs, on se dit que l’on perd un temps fou à s’engueuler. Et les démonstrations de force des gens prétentieux paraissent encore plus insoutenables ! » Il ne manque pas de souligner que si « les grands peintres dirigeaient les affaires du monde, ce serait moins moche[456] ». Louis se gave de visites de musées mais aussi des rues commerçantes habitées par des boutiques de luxe abritant les griffes Gucci, Prada, Valentino… S’il est déçu par la Via Veneto, en revanche il apprécie les petits bars où il peut savourer des glaces accompagnées de tuiles à l’orange. En Italie, même si son visage est connu, il peut se promener sans être importuné. Cette liberté n’a pas de prix, sachant qu’à son retour à Paris il n’en aura plus le loisir. Le tournage de L’Homme orchestre s’achève dans les studios de Boulogne le 10 avril 1970. Il a duré vingt-deux semaines, au lieu des onze prévues !
Louis se montre satisfait de sa collaboration avec Serge Korber, qu’il laisse libre d’assurer le montage de ce long métrage. Il adhère au scénario d’Accident proposé par Jean Halain. L’histoire a évolué dans le bon sens. De politicien, il est devenu promoteur immobilier. Il trouve également à son goût d’avoir pour partenaire Shirley McLaine, mondialement connue depuis son interprétation d’Irma la douce sous la direction de Billy Wilder. Il réfléchit aussi à la possibilité de monter prochainement le financement d’un nouveau film dont il confiera la réalisation à Jean Girault — un sujet adapté d’une pièce de théâtre d’Alec Coppel, The Gazebo — tout en suivant de très près l’évolution du film de Gérard Oury. Après quelques jours de farniente en Bretagne, il plie de nouveau bagage début juin afin de rejoindre la fine équipe des « gendarmes » à Saint-Tropez. Cette fois, Cruchot et ses amis sont poussés vers la porte de sortie, invités à prendre leur retraite, assortie d’une pension mensuelle de 350 francs et de l’octroi annuel d’un sac de cinquante kilos de charbon. Un tournage estival qu’il sait d’avance apaisant sans se douter qu’un colonel de gendarmerie — un vrai — va le faire monter en grade. Le secret a été bien gardé par la maréchaussée qui le convoque à Hyères pour le 1er juillet dans la cour du 405e régiment des artilleurs antiaériens placé sous l’autorité du colonel Garandeau. Que lui veut donc ce colonel ?
18.
« Montand… ? Pourquoi pas ? »
Guy Grosso, Michel Modo, Jean Lefebvre, Michel Galabru, Christian Marin, France Rumilly, Jean Girault… et Jeanne sont presque tous au garde-à-vous ce mercredi sous un soleil de plomb dans la cour du 405e régiment des artilleurs aériens. L’invitation du colonel Garandeau n’avait rien de farfelu. Un 1er juillet de fête où, devant les militaires en faction et leurs familles, Louis est fait canonnier d’honneur pour services rendus à la gendarmerie nationale. Un titre purement symbolique mais qui fera taire certains grincheux comme ce gendarme à la retraite, estimant dans une longue lettre publiée dans L’Essor de la gendarmerie que « du début à la fin de ces films, on se moque de nous ! ». Seule absente de toute l’équipe du tournage du Gendarme en balade[457] lors de cette cérémonie : Claude Gensac. Prise par des obligations théâtrales — elle donne la réplique à Paul Meurisse au Théâtre Antoine dans Un sale égoïste de Françoise Dorin —, elle prend le train chaque dimanche après la représentation de dix-huit heures et s’en retourne en avion le mardi afin d’arriver juste à temps pour le lever de rideau de vingt et une heures ! Geneviève Grad n’est pas davantage présente. À cela rien d’anormal, la fille du maréchal des logis-chef Cruchot n’a pas voulu poursuivre l’aventure, souhaitant prendre du recul en allant se ressourcer à Saint-Lary dans les bras du producteur et animateur de télévision Igor Bogdanov. Ludovic a perdu Nicole, mais il a gagné dans le château de Josépha un palefrenier bavard en la personne de Paul Préboist et un braconnier campé par Dominique Zardi. Ces huit semaines de tournage se passent sans encombre, même si certains partenaires de Louis de Funès ne manquent pas de remarquer qu’il est de plus en plus exigeant.
Sitôt de retour à Paris, Louis s’empresse de prendre des nouvelles de Bourvil. Si Gérard Oury et Alain Poiré ont bien gardé le silence sur son état de santé, un autre s’est maladroitement livré à une confidence « confidentielle » lors du Festival de Cannes en mai 1969. L’un des producteurs de L’Arbre de Noël réalisé par Terence Young a dit à l’un de ses amis que Bourvil suit un traitement contre le cancer. Fatale imprudence. En quelques jours, toute la Croisette est au courant. À leur tour, les journalistes font courir le bruit, affirmant dans quelques échos que Bourvil va de clinique en clinique. Son agent, André Trives, fait rapidement taire ces « rapaces » avec un communiqué bien senti. Il n’empêche que tous ces bruits sont parvenus aux oreilles de Louis et que depuis, régulièrement, il s’enquiert de son état. Non pour savoir s’il pourra bien être son partenaire mais… « comment ça va ? » À chaque fois, Bourvil se veut rassurant, y compris en ce mois d’août. « J’ai fait le film de Melville[458] et je viens de terminer celui de Camus[459]… Si j’étais mourant, comme on le dit, tu crois que j’en aurais été capable ? T’en fais pas, on la fera cette Folie des grandeurs… Et puis, tu sais, le cancer, le cancer… on en guérit ! La preuve, c’est que je l’ai eu. Et aujourd’hui, je vais bien… » Louis se veut, lui aussi, optimiste tout en demeurant inquiet.
456
Ibid., p. 174.
457
Le titre envisagé était Le Gendarme à la retraite.
458
Le Cercle rouge.
459
Le Mur de l’Atlantique.