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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Moi aussi je voudrais être grand et fort, comme toi, dit Volod en souriant. Mais c’est pas le cas. » Ils marchèrent encore, silencieux, peinant dans la neige. « Et pourquoi tu voudrais être un ours ?

— Parce que c’est la créature la plus forte des forêts. Personne n’est plus fort qu’un ours, à part un autre ours.

— Quelle idiotie ! s’exclama Volod. L’ours le plus fort du monde peut être tué par le venin d’une minuscule vipère, si elle le mord près du cœur. Ou par une flèche, si fragile que même un enfant pourrait la casser. »

Quand ils furent en vue de la grange, Volod s’arrêta et regarda Mikael dans les yeux. « Tu es ce que tu es, et tu ne seras jamais ce que tu n’es pas, ni ce que tu voudrais être. » Avant d’entrer dans la grange, il ajouta : « Plus de combat tant que tu n’auras pas compris quel animal tu es ».

Pendant des jours et des jours Mikael s’imagina en loup, en ours, en aigle royal, en renard, en faucon. Il passa en revue tous les prédateurs. Il se voyait enfonçant ses dents aiguës ou son bec effilé dans la chair de ses proies. Mais chaque fois qu’il voulait aller trouver Volod pour lui dire quel animal il était, quelque chose le retenait.

Un matin, il vit Emöke assise devant la grange avec un groupe d’hommes et de femmes.

L’air de mars s’annonçait par une tiédeur qui amollissait la neige et faisait goutter les longs glaçons restés accrochés tout l’hiver aux toits des maisons.

Mikael s’approcha. « Emöke, lui dit-il, tu saurais me dire quel animal je suis ? »

Volod l’entendit. « Ce n’est pas à elle qu’il faut le demander. C’est toi qui dois le trouver, dans ton cœur. Sinon tu ne seras jamais cet animal, même si elle te disait qui tu es. »

Emöke se leva et partit.

Mikael erra dans les bois toute la journée. Quand il rentra, le soir, il dîna sans envie. Il s’étendit sur la paille, dans un coin.

Alors Emöke vint s’asseoir près de lui, et posa la tête de Mikael contre elle. « Dors, murmura-t-elle en caressant ses longs cheveux.

— J’ai pas sommeil », répondit Mikael en voulant s’écarter.

Emöke le retint. « Dors, répéta-t-elle. Gregor t’aidera. » Puis elle se mit à chanter. Une complainte monotone, répétitive.

Mikael se sentait bizarre. Comme s’il avait trop bu. Il sombra lentement dans un sommeil lourd, écoutant les notes blanches d’Emöke et les battements de son cœur. Puis la voix d’Emöke disparut et il ne resta plus que son cœur, qui battait en rythme. Tout à coup, il se retrouva dans une clairière. Il la reconnut. C’était celle où Eloisa et lui, enfants, avaient cueilli des champignons. La clairière était déserte, mais les battements de son cœur plus présents encore, plus rapides. Ils semblaient faire vibrer la terre. « Regarde », dit une voix d’homme. Et Mikael, dans son rêve, savait que c’était la voix de Gregor. Alors il leva les yeux et vit un grand cerf aux bois majestueux le fixer, tête haute, de l’autre côté de la clairière. Son souffle sortait puissamment de ses narines et se condensait dans l’air comme des bouffées de fumée. Il lança un brame menaçant qui mit en valeur son cou musculeux, frappa le sol de ses sabots antérieurs et s’élança tête baissée, chargeant Mikael. La terre résonnait sous le poids de l’énorme animal. Mikael avait peur. « Ne bouge pas », dit derrière lui la voix de Gregor. La course du cerf était impressionnante, puissante et rapide. À moins d’un pas de lui, l’animal s’arrêta et laboura la neige avec ses sabots. Il lui souffla au visage. « Respire avec lui », dit la voix de Gregor. Mikael sentit l’haleine chaude de l’animal entrer dans ses poumons. Tout à coup, le cerf disparut. Mais Mikael voyait son propre souffle lui sortir par les narines, puissant. « Cours », dit alors la voix de Gregor. Mikael courut, rapide comme jamais, sautant d’un seul bond par-dessus le lit d’un torrent, jusqu’au moment où il rencontra une biche. Elle n’eut pas peur de lui, l’accueillit même le cou baissé, les oreilles couchées en arrière, frottant la tête contre son thorax. Puis il entendit une sorte de plainte dans l’épaisseur de la forêt. Il sut alors qu’il y avait un petit, qui bramait doucement, quelque part.

Le lendemain, il se réveilla trempé de sueur.

Emöke dormait, le dos encore appuyé contre le mur de la grange, la main dans ses cheveux. Elle était pâle, le visage marqué de fatigue. Quand Mikael bougea, elle ouvrit les yeux. « Il t’a aidé ? », demanda-t-elle d’une voix faible.

Mikael, effrayé, fit signe que oui.

Emöke sourit. « Je le savais », dit-elle avant de sombrer dans un sommeil profond.

Le soir, au repas, Mikael s’approcha de Volod. « Maintenant je sais qui je suis.

— Qui tu es ?

— Un cerf », répondit Mikael.

Volod le regarda en plissant les yeux. Enfin, il acquiesça. « Demain on reprend l’entraînement à l’épée », dit-il.

Cinq jours plus tard, Mikael, d’une attaque frontale, tête baissée, après une série de coups d’une incroyable violence, fit plier les bras de Volod et le désarma. Il pointa la lame de son épée sur sa gorge.

« T’es mort », dit-il.

52

Ce soir-là, Mikael se coucha, la tête sur les genoux d’Emöke, en pensant au grand cerf qui était entré en lui. Il comprit que la biche était Eloisa. Puis il pensa au petit, caché on ne savait où dans la forêt.

« Mais Eloisa n’a pas d’enfant », dit-il tout haut.

Emöke ne répondit pas. Elle commença à chanter une berceuse.

Le lendemain, Volod annonça qu’ils reprendraient bientôt le voyage vers Constance.

Une semaine plus tard, quand ils se mirent en route, quatre hommes de la bande manquaient à l’appel.

Trois avaient décidé de rester avec leur nouvelle femme, et les habitants de Sankt Jakob avaient fait une grande fête pour célébrer les mariages.

Le quatrième, Lucio, un ancien mineur, n’avait jamais cessé un instant, durant ce long hiver dans la grange de Sankt Jakob, de souffrir de l’absence de sa femme et de ses deux enfants, qu’il avait laissés à Dravocnik quand il s’était joint aux rebelles. Tant qu’ils étaient cachés dans la forêt du Mezesnig, il s’arrangeait pour descendre dans la vallée avec de la nourriture pour sa famille, même si sa femme, servante au château, arrivait à élever seule les enfants. Mais Lucio avait compris, dans les nuits solitaires de la grange, que s’il reprenait la route, il ne les reverrait peut-être plus. Le jour du mariage de ses compagnons, il avait décidé de faire demi-tour. Il ne pouvait pas vivre sans sa famille.

« S’ils t’attrapent, tu seras pendu, lui avait dit Volod.

— Si je ne les revois plus, je mourrai aussi. »

Il était si pâle, comme consumé par une maladie, que Volod avait compris qu’il se mourait de mélancolie. Il avait posé la main sur son épaule : « Sois prudent, et que Dieu te bénisse ».

Apprenant que Lucio allait rentrer, Mikael l’avait pris à part et lui avait demandé, avec un espoir qui lui coupait la respiration : « Tu peux faire parvenir un message à Eloisa Veedon, la fille de la sage-femme de la Raühnvahl ? »

Lucio avait assuré qu’il ferait tout son possible. « Qu’est-ce que je dois lui dire ?

— Que je suis vivant », avait répondu Mikael. Puis il avait rougi violemment, incapable d’ajouter autre chose.

« Mon garçon, je pars mourir par amour, avait dit Lucio en souriant. T’as pas de honte à avoir avec moi. »

Les yeux de Mikael s’étaient voilés de larmes. Il avait fini par dire : « Dis-lui… que je suis à elle ».

Lucio avait acquiescé, sérieux. La maladie qui l’avait consumé jusqu’à ce jour semblait avoir disparu. « Et je lui dirai que tu reviendras », avait-il ajouté. Puis, faisant virer son cheval pie blanc et rouge, reconnaissable entre tous, il avait commencé son voyage vers la Raühnvahl sans plus se retourner, sans regrets, sans peur.

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