Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
« On s’en sortira, t’en fais pas, marmonna Agnete. On est des gens durs à mourir. »
Eloisa acquiesça à peine.
« Mais enfin, qu’est-ce que t’as ? », lâcha Agnete.
Eloisa haussa les épaules. « Rien…
— Rien, répéta Agnete. T’as rien. Qu’est-ce que ça serait si t’avais quelque chose. » Elle versa la soupe dans les écuelles. « Viens manger », lui dit-elle.
Eloisa, sans bouger, se serra contre Harro.
« Laisse ce chien pouilleux et viens manger », reprit Agnete d’un ton sec.
Eloisa se leva et s’assit à table.
« Mange, ou ça va refroidir ! », s’impatienta Agnete, voyant sa fille fixer son écuelle d’un air ahuri.
Eloisa prit sa cuillère, la plongea dans la soupe et la porta à sa bouche. À peine avait-elle avalé qu’elle se leva d’un bond et se précipita dehors.
« Eloisa ! », appela Agnete. Elle se leva à son tour et la rejoignit.
Sa fille était pliée en deux. Elle se retenait à la pile de bois et vomissait.
« Tu te sens mal ? demanda Agnete, inquiète, en posant la main sur son front. Qu’est-ce que t’as, mon petit ? »
Les yeux d’Eloisa se voilèrent de larmes. Elle se tourna vers sa mère avec une expression effrayée.
« Quoi… ? », la pressa Agnete.
Eloisa ferma les yeux. « Je crois que je suis enceinte… »
Agnete pâlit. Tout ce qu’elle réussit à dire fut : « Tu crois ? »
Eloisa se mit à pleurer et se jeta dans ses bras, comme quand elle était petite fille. « Je vais avoir… un… enfant… mère… », balbutia-t-elle entre deux sanglots.
Agnete garda le silence, le corps raidi. Puis, lentement, elle répondit à l’étreinte de sa fille et la serra contre elle en lui caressant le dos. « Et tu es heureuse ou tu es triste ? demanda-t-elle d’une petite voix.
— Je sais pas… » répondit Eloisa, plus bas encore.
51
Au bout de vingt jours, la neige montait jusqu’aux fenêtres des maisons de bois dans le village de Sankt Jakob. Aidés par les hommes de Volod, les habitants avaient ouvert à la pelle des passages dans la rue principale et entre les maisons. Accumulée sur les bas-côtés, la neige atteignait la hauteur d’un homme.
Malgré cela, Mikael avait continué son entraînement.
De la neige presque jusqu’à la taille, Volod et lui étaient allés jusqu’à la clairière. Les deux premiers jours, Volod lui tendit une pelle et lui fit dégager un grand carré de trente pas sur trente. Les deux jours suivants, il lui ordonna de marcher de long en large, deux solides bandes d’écorce liées à la semelle de ses bottes, pour aplanir le terrain d’entraînement et tasser la neige qui restait. Il versa alors de l’eau ici et là. Le lendemain, le carré présentait des zones de neige compacte sur lesquelles on se déplaçait facilement et d’autres, durcies par le gel de la nuit, qui formaient des plaques glissantes où se reflétait la lumière du soleil, quand il y en avait.
Chaque jour, entièrement nus, insensibles au froid, ils se livraient bataille, armés de bâtons. De semaine en semaine, Volod utilisait des bâtons plus gros et plus lourds. Au bout d’un mois et demi, ils s’affrontèrent avec de petits troncs, difficiles à manier et à soulever. Ils devaient les tenir à deux mains en veillant à ne pas poser le pied sur les plaques de glace, où l’on perdait l’équilibre.
Une des rares choses que Volod dit à Mikael fut : « Plus tard, ton épée sera un roseau. » Et l’autre : « Pisse-toi sur les pieds quand on a fini. Ça protège des engelures. »
Pour le reste, il se contentait de l’attaquer, déployant tout son répertoire d’estoc, de taille et de feintes.
Ils se battirent une semaine avec les troncs, puis revinrent aux bâtons du début. Mais cette fois Volod planta dans le sol deux pieux solides. Il y attacha deux cordes dont il noua les extrémités aux chevilles de Mikael, pour limiter ses déplacements à trois pas en avant, en arrière et sur le côté. Volod l’attaquait ensuite furieusement jusqu’au moment où les cordes, tendues au maximum, empêchaient Mikael de reculer. Il tomba souvent. Mais il n’était plus distrait par le froid, et avait appris à parer les coups et à les esquiver.
Deux semaines plus tard, Volod amena un âne dans la clairière. Il attacha Mikael à l’animal par une corde à la taille. Pendant le combat, il poussait de grands cris pour effrayer l’âne qui, en se déplaçant brusquement, faisait perdre l’équilibre à Mikael et rendait ses coups moins précis, en attaque comme en défense.
Enfin, vers la fin janvier, Volod dit à Mikael que le temps était venu de combattre à l’épée.
Ce matin-là, l’épée de Raphael à la main, Mikael fut envahi d’une émotion violente qui fit s’emballer son cœur. Sa respiration se condensait dans l’air.
Son corps était devenu plus fort. Ses bras robustes et rapides. Les doigts de ses mains étaient comme soudés à la poignée de l’arme. Ses jambes solides et agiles. Sa tête capable à présent de se concentrer sur ce qu’il faisait sans se laisser distraire, uniquement absorbée par le combat. Il devinait les coups de son adversaire, les anticipait par des parades suivies d’attaques soudaines.
« Je ne vais pas retenir mes coups, dit Volod. Si je trompe ta garde, ma lame te coupera la peau, les muscles, la chair. »
Mikael le regarda sans bouger.
« Je ne vais pas te traiter comme un paysan ou comme un gamin. » La fierté dilata les poumons de Mikael, qui plia les jambes, prêt à bondir.
Pendant tout le mois de février, ils combattirent. La lame de Volod le blessa à l’épaule gauche, à la cuisse droite, sur le flanc, à côté du foie, à la tempe, à la main gauche, aux deux genoux et sur les jarrets. Chacune de ces blessures devint une cicatrice.
« Je n’arriverai jamais à te battre, dit Mikael un après-midi de la fin février, épuisé et démoralisé.
— Habille-toi », ordonna Volod. Puis il s’assit par terre.
Mikael s’habilla et s’assit près de lui.
Ils restèrent silencieux à regarder le soleil qui s’apprêtait à disparaître derrière la cime des montagnes.
« C’est parce que tu ne sais pas encore quel animal tu es », dit alors Volod sans détacher ses yeux du ciel qui s’enflammait peu à peu.
Mikael regardait dans la même direction. Ce ciel lui faisait penser à du sang.
« Quel animal tu es ? », demanda Volod.
Mikael repensa aux paroles de son père à propos de la dynastie des princes de Saxe. Il répondit : « Un loup ».
Volod éclata de rire. « Un loup ? Toi ? » Et il rit de nouveau.
Mikael, vexé, se mura dans le silence.
« N’essaie pas d’être ce que tu attends, fit encore Volod, redevenu sérieux.
— Je suis un loup, répéta Mikael avec obstination.
— Non, dit Volod en contemplant le coucher du soleil. Il te manque la férocité du loup. Et tu ne combats pas comme un loup. Tes attaques en fente sont presque toujours frontales. Le loup attaque de côté ou par derrière. Il cherche le point faible. Il est déloyal, sans pitié. »
Le soleil disparut et le gel descendit, tandis que le ciel couleur de perle glissait vers la frontière de la nuit.
Volod se leva et prit le chemin du retour.
« Comment je fais pour savoir quel animal je suis ? », lui demanda Mikael, qui marchait à ses côtés.
Volod haussa les épaules. « Un jour, tu le sais, c’est tout. Mais pour que ça arrive, tu dois te le demander. Et ouvrir ton cœur à la réponse. Tu dois rester à l’écoute.
— Je voudrais être un ours.