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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Votre Seigneurie… », dit timidement le frère Timotej, en s’avançant d’un pas. Ojsternig le regarda avec mépris. « Qu’y a-t-il, curé ? »

Le prêtre de Notre-Dame des Neiges courba la tête. « Votre seigneurie… c’est tout ce que ces gens possèdent…

— Et alors ? sourit méchamment Ojsternig.

— Votre Seigneurie… ce sont de pauvres choses… quelques pièces que chacun… »

Ojsternig le coupa d’un geste impérieux de la main.

« Ces pauvres choses et ces quelques pièces, mises ensemble, font un trésor, curé.

— Votre Seigneurie… essayez de comprendre… c’est bien plus que ce que vos serfs vous doivent… Si vous vouliez être assez miséricordieux pour…

— Je suis plus que miséricordieux ! s’exclama Ojsternig, furieux. Je devrais les faire fouetter jusqu’au sang et les pendre ! Ils ont escroqué leur maître ! » Il toisa le groupe. « C’est plus que ce qu’ils me devaient ? Eh bien, comme prix de ma juste et légitime punition, je prendrai tout, et je leur laisserai la vie. Alors, ne suis-je pas miséricordieux ? »

Frère Timotej baissa les yeux et recula pour revenir parmi ses ouailles.

« Cette modeste obole financera mon séjour à Constance, annonça Ojsternig. Notre empereur bien-aimé a convoqué toute la noblesse pour le Concile des Trois Papes. Je partirai à la fonte des neiges. Et vous serez heureux d’apprendre que ces avoirs rendront mon séjour dans la ville de Constance plus agréable. » Il regarda le frère Timotej. « N’est-ce pas, vous serez contents ? Réponds !

— Oui… Votre Seigneurie… répondit le prêtre d’une petite voix.

— Bien », dit Ojsternig en riant. Il s’apprêta à faire virer son cheval.

« Seigneur, intervint soudain le prince Marcus en dégainant son épée qu’il posa sur l’épaule d’Eberwolf. C’est grâce au mérite de notre fidèle serf que nous avons découvert la tromperie de cette populace. »

Ojsternig le fixa, un sourcil levé.

« C’est moi qui lui ai conseillé de vous prouver sa totale loyauté, continua le prince Marcus en plissant ses yeux vicieux. Comme récompense, je crois qu’il mérite de devenir un soldat de votre armée. Et j’en ferai mon écuyer, avec votre bénédiction. Il deviendra peut-être un jour un des chevaliers de votre suite. »

Ojsternig arrêta son cheval devant Eberwolf. « Tu voudrais devenir un de mes soldats ? lui demanda-t-il.

— Oui, Votre Seigneurie ! », s’exclama Eberwolf en se jetant à genoux.

« Espèce de porc », répéta Agnete.

Ojsternig le toisa. « Je t’ai dit un jour que ton âme ne valait rien, dit-il à voix basse. Que tu étais visqueux et vil, et que tu ne serais jamais dans ta vie qu’un serf ou un traître. »

Eberwolf, déçu, se tourna vers le prince Marcus.

« Regarde-moi ! », ordonna Ojsternig.

Eberwolf courba les épaules.

« Je me trompais », dit alors Ojsternig.

Eberwolf esquissa un sourire.

« Je me trompais, répéta Ojsternig. Tu es les deux. Un serf, et un traître. »

Eberwolf fut tenté de se tourner vers le prince Marcus mais se retint. Son sourire avait disparu.

« Tu ne seras jamais un de mes soldats.

— Seigneur, protesta Marcus, il vous a servi… il mérite…

— Je sais très bien ce qu’il mérite, le coupa rudement Ojsternig. Un serf et un traître. Serf pour moi, et traître pour sa race. » Il approcha son cheval et tira son épée. D’un coup dédaigneux, il ôta l’épée de Marcus de l’épaule d’Eberwolf pour y poser la sienne. « À partir de ce moment, tu es mon vigile dans la vallée. Tu auras le devoir de veiller à ce que mes gens respectent ma loi. Et tu auras la faculté de dénoncer ceux qui la transgressent et de les faire arrêter. » Il se tourna vers les habitants de la vallée. « Quiconque le touchera me touchera moi. Et sera puni de mort. » Puis il tendit le doigt vers Eberwolf. « Et toi, tu feras bien ton métier de serf et de traître. Parce que si je découvrais que tu as favorisé quelqu’un ou fait semblant de ne rien voir, je te ferais lapider par ces gens. » Un sourire railleur étira sa bouche de serpent, et il rengaina son épée. « Pour ta tâche de vigile, tu seras payé un sol de moins qu’un soldat, parce que tu vaux moins qu’eux. Mais tu pourras avoir une épée et foutre les putains du château. Ainsi en ai-je décidé », conclut-il. Il porta son regard méprisant sur Marcus. « Et toi… la chiffe molle… à l’avenir, ne promets pas ce que tu n’es pas en mesure de tenir. » Il ordonna à ses soldats : « Chargez la caisse ». Puis il éperonna son cheval.

Eberwolf s’apprêtait à le suivre mais Ojsternig s’en aperçut et s’arrêta. « Non. Toi, le vigile, tu restes ici. Surveille-les, qu’ils ne prononcent aucune offense envers ton seigneur et maître. » Il éclata de rire. « Et fête bien ta promotion avec eux ! »

Dès qu’Ojsternig et ses hommes furent loin, Ahlwin s’avança vers Eberwolf, tenant sa femme par la main. « Tu as jeté le déshonneur sur notre famille, dit-il d’une voix forte, pour que tous l’entendent. À partir de ce jour, tu n’es plus notre fils ! » Il lui cracha à la figure, et sa femme éclata en sanglots.

Eberwolf se nettoya le visage avant de poser sur son père des yeux injectés de haine. « Je ne suis plus ton fils, ni l’un d’entre vous », dit-il, voyant les paysans le regarder en silence. Il fixa de nouveau son père et le repoussa. « Si tu me manques encore une fois de respect… je te ferai pendre. »

Frère Timotej se plaça entre Ahlwin et Eberwolf. « Mon garçon, pour l’amour de Dieu…

— À partir d’aujourd’hui mon seul Dieu est le seigneur d’Ojsternig, curé, le coupa Eberwolf.

— Dieu ait pitié de ton âme, mon garçon, dit le frère Timotej.

— Dieu ait pitié de la tienne, curé, rétorqua Eberwolf avec hargne. Parce que si je m’aperçois que tu enfreins les lois de ton seigneur sur cette terre, tu seras traité comme n’importe lequel d’entre eux, malgré l’habit que tu portes. » Et comme personne ne bougeait et que tous continuaient à le fixer d’un regard plein de mépris, il cria : « Au travail, serfs ! »

Lentement, dans un profond silence, les habitants de la vallée se dispersèrent. Tous pensaient : “C’est fini, on n’a plus rien.”

« Espèce de porc, murmura Agnete entre ses dents, en marchant vers sa baraque. Cet hiver, beaucoup mourront de faim à cause de ce sale porc. Et si c’est pas cet hiver, ça sera à la première disette. »

Eloisa la suivait sans rien dire, et ne dit rien non plus quand elles furent de retour à la baraque. Assise sur le seuil, elle câlinait et caressait Harro comme si elle caressait Mikael. Elle resta là jusqu’à ce qu’il fasse noir. Avec une seule pensée en tête.

Ce soir-là, elle mangea peu, et n’adressa pas la parole à sa mère, sinon par monosyllabes.

« Qu’est-ce que t’as ? », lui demanda Agnete en se couchant.

Eloisa ne répondit pas et s’étendit à côté d’Harro, près de la cheminée.

Au réveil, à l’aube, elle était tout engourdie, ses os lui faisaient mal. Et dès qu’elle ouvrit les yeux, la même pensée revint la tourmenter.

« C’est à cause de Mikael que t’es comme ça ? demanda Agnete en réchauffant la soupe. Personne n’a dit à ce gros porc d’Eberwolf que c’est Mikael qui a sauvé Emöke. Tout le monde sait qu’on ne peut pas lui faire confiance. Ils évitent même d’en parler entre eux, par prudence. » Ses yeux s’emplirent de fierté. « Mais chacun pense, dans son cœur, à ce que le gamin a fait. » Elle regarda sa fille. « C’est pour ça que tu t’inquiètes ? »

Eloisa fit signe que non.

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