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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Eberwolf fit un autre pas en arrière.

Alertée par les cris, Agnete arriva. Elle aida Eloisa à se relever et la recouvrit de son manteau. Serrant sa fille contre elle, elle fixa Eberwolf et lui dit : « Dieu te maudisse !

— Je te ferai fouetter, t’es qu’une putain, comme ta fille, menaça Eberwolf en faisant encore un pas en arrière, pendant que tous le dévisageaient avec mépris.

— Dieu te maudisse, répéta Agnete.

— Dieu te maudisse, dit une autre femme.

— Je vous ferai tous pendre ! menaça Eberwolf d’une voix hystérique, sans force.

—Ça sera moins douloureux que de vivre avec la honte de t’avoir mis au monde… dit la mère d’Eberwolf, qui avait pleuré ces derniers mois toutes les larmes de son corps. Elle se serra contre son mari. « Dieu te maudisse…

— Dieu te maudisse », murmurèrent tout à tour les autres femmes.

Eberwolf se sentit en danger. Depuis qu’il avait été nommé vigile, il avait supporté aisément la haine de ces gens dont il avait fait partie. Il sentait leur peur. Mais on aurait dit que cette peur avait disparu. Ils le méprisaient d’être devenu l’amant de ce perverti de Marcus. À nouveau rouge de honte, il fixa Eloisa et sa poitrine se gonfla de fureur. Il la haïssait. Elle le ridiculisait aux yeux de tous depuis qu’ils étaient petits, et aujourd’hui encore. Il pointa le doigt vers elle, ivre de colère. « Cette putain n’est plus vierge. Elle porte le bâtard de Mikael Veedon, déclaré rebelle par le seigneur d’Ojsternig ! » Ses yeux injectés de sang se plantèrent dans ceux d’Eloisa. « Le prince te traitera comme Emöke. Tu seras la nouvelle putain des soldats ! » Il eut un rire forcé avant de se retourner et de partir, les muscles contractés, tremblant à l’idée de recevoir un coup de couteau dans le dos.

Quand il fut suffisamment loin, Agnete regarda sa fille. « Qu’est-ce qu’il t’a fait ? », demanda-t-elle d’une voix pleine d’angoisse. Elle posa instinctivement la main sur le ventre d’Eloisa.

Eloisa s’écarta agacée. « Rien, dit-elle.

— Pourquoi t’es toute nue ? », insista Agnete.

Eloisa regarda les hommes et les femmes du village. Tous la regardaient. Et tous savaient qu’elle était enceinte. « Laissez-moi tranquille, mère ! », cria-t-elle, en s’échappant pour rentrer.

Quand elle arriva à la baraque, elle ne prêta pas attention à la fête qu’Harro lui fit en remuant vivement la queue. En larmes, elle chercha où se réfugier et vit la trappe où Mikael s’était caché enfant. Elle s’y recroquevilla sur la paille pourrie, dans l’odeur d’excréments de rats.

« Sors de là, mon petit, lui dit Agnete à son retour.

— Non ! répondit Eloisa, qui pleurait à chaudes larmes. Non !

— Je t’en supplie, ma petite fille…

— Je veux pas ! J’ai peur ! Laissez-moi tranquille ! », cria Eloisa. Elle eut un premier sanglot puis un second, sans pouvoir les retenir. Toute l’émotion et la peur accumulées en elle explosèrent avec violence. Elle hurla de toutes ses forces : « J’en veux pas, de ce bébé ! »

Un long silence suivit, avant qu’Agnete ne dise : « C’est l’enfant de Mikael…

— Lui aussi je le déteste, cria Eloisa, la voix cassée. Il m’a laissé toute seule… je… je…

— Sors de là, mon ange…

— Non…

— Viens… »

De nouveau, un silence.

Eloisa cessa peu à peu de sangloter. Puis elle dit, d’une voix larmoyante de petite fille : « Maintenant tout le monde le sait, mère…

— Viens… », dit Agnete.

Lentement, Eloisa remonta l’échelle. En voyant l’inquiétude sur le visage de sa mère, elle fondit une nouvelle fois en larmes, en s’accrochant à ses épaules.

Agnete lui caressa les cheveux.

« J’étais… jamais allée… en bas… », balbutia-t-elle entre deux sanglots. Elle se serra encore plus fort contre sa mère. « Il me manque… »

Agnete ne savait que répondre. Elle n’avait aucune idée de ce qu’était l’amour, elle ne l’avait jamais connu. Elle continua de lui caresser les cheveux sans rien dire.

« J’ai peur… dit Eloisa.

— Viens, on va se mettre au lit », dit Agnete en l’accompagnant jusqu’à la paillasse.

Eloisa la suivit docilement, à bout de forces. Elle se coucha et se laissa envelopper dans une couverture.

Agnete s’étendit près d’elle et la berça tendrement.

« Mère, vous vous souvenez quand je me suis lavée parce que Mikael avait dit… que j’étais sale… ?

— Oui, mon ange. »

Eloisa sentit une douleur soudaine dans son ventre. Elle gémit.

« Qu’est-ce que tu as, mon petit ? s’alarma Agnete.

— J’allais mourir, vous vous souvenez ? » La voix d’Eloisa n’était plus qu’un souffle.

« Qu’est-ce que tu as, ma petite fille ?

— Et Mikael m’avait rendu mes gants… hein ?

— Oui, ma chérie. » Agnete l’écarta d’elle, pour regarder son visage. « Tu te sens mal ?

— Et vous… vous aviez peur…, dit Eloisa avec une grimace de souffrance, peur que je meure…

— Oui, mon ange… tellement peur… » Agnete se leva pour aller jusqu’à ses flacons de remèdes. « Continue de parler », lui dit-elle d’une voix altérée d’angoisse, en mélangeant nerveusement quelques ingrédients qu’elle versait dans une chope avec un peu de bière légère.

« Et vous étiez inquiète… parce que les mères… », dit doucement Eloisa.

Agnete revint près d’elle. « Bois, tu te sentiras mieux.

— Parce que les mères… » Les yeux d’Eloisa étaient pleins de larmes. « Une bonne mère, elle ne veut pas que son enfant meure, hein ?

— Bien sûr que non… Bois, mon amour…

— Alors pourquoi, moi, j’en veux pas de cet enfant ? » La voix d’Eloisa n’était plus qu’un souffle. « Je suis pas… je suis pas une bonne mère…

— Bois, je t’en supplie… »

Eloisa la fixait sans la voir. Puis elle ferma les yeux, tandis qu’une vive douleur la faisait à nouveau gémir.

Agnete la veilla toute la nuit, essuyant la sueur sur son visage avec un linge froid.

Dans le sommeil tourmenté où elle avait sombré, Eloisa répétait : « Mikael… pourquoi tu m’as laissée toute seule… ? »

À l’aube, on entendit frapper doucement à la porte.

Agnete alla ouvrir.

Face à elle se trouvait un homme décharné au visage émacié. « C’est toi la sage-femme ? demanda-t-il.

— J’ai pas le temps pour le moment. Je suis vraiment désolée pour ta femme, mon brave homme, mais ma fille… » Agnete s’apprêta à lui refermer la porte au nez.

L’homme appuya la main sur la porte. « C’est pas pour ma femme, dit-il. C’est pour ta fille.

— Qu’est-ce qu’elle vient faire là, ma fille ?

— C’est qui, mère ? demanda Eloisa d’une toute petite voix.

— Personne, répondit Agnete.

— Tu t’appelles Eloisa Veedon ? », dit l’homme en passant la tête derrière Agnete.

Eloisa, encore faible, tourna la tête vers cette voix.

« J’ai un message pour toi, dit l’homme.

— Va-t-en, fit Agnete en le repoussant.

— De la part de Mikael », dit l’homme.

Agnete s’immobilisa.

« Mikael… ? demanda Eloisa.

— Oui », répondit l’homme.

Agnete s’écarta. « Entre », dit-elle, fermant aussitôt la porte derrière lui.

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