Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Assez rapidement, je nouais une relation plus particulière avec deux Atas fort curieux de nature, Ci’kat et Ka’nur. Ci’kat était une femme et Ka’nur, un homme. Peut-être est-il nécessaire de préciser que, pour moi, il aurait été impossible d’utiliser les termes mâle ou femelle, comme tout le monde le faisait dans l’armée croisée, pour différencier les Atamides. Même avant de les connaître comme je les connaissais désormais, je trouvais choquant d’appliquer des qualificatifs réservés aux animaux à des êtres doués de raison.
Par ailleurs, même si à ce moment-là, je n’étais pas capable de deviner l’âge des Atamides, il me semblait que Ka’nur était plutôt un jeune homme et Ci’kat, une femme d’âge mûr. Bien que ne faisant pas partie de la même famille, ils partageaient le même intérêt pour les humains. Aussi, par le truchement des sages, nous développâmes de longs et fructueux échanges qui nous permirent d’approfondir les connaissances embryonnaires que nous avions les uns des autres.
Au début, j’étais surpris qu’il se trouve toujours un sage pour accepter de passer plusieurs heures à jouer les intermédiaires entre nous, puis je finis par comprendre qu’ils n’en perdaient pas une miette. Si leur orgueil de détenteurs du savoir les empêchait de nous poser des questions comme le faisaient si naturellement Ci’kat et Ka’nur, leur désir d’en apprendre davantage sur les humains était le même.
Leur langue, faite de sons formés avec la bouche et de bruits émis par la gorge, était si particulière qu’il semblait impossible qu’un humain puisse jamais la parler, pourtant j’eus rapidement l’envie d’essayer. Au début, cela sembla si difficile que je faillis renoncer. Toutefois, comme cela amusait beaucoup les Atamides de me voir déformer mes traits à l’extrême en tentant de reproduire leurs sons, je réalisai que cela contribuait à détendre l’atmosphère et persévérai donc.
Grâce à un repos total de cinq jours, Tancrède finit par récupérer suffisamment pour se remettre debout et commencer à s’intégrer lui aussi dans ce nouvel environnement. D’une nature plus réservée que la mienne, il ne fut pas aussi prompt à nouer des relations avec nos hôtes. Cependant, son acte de bravoure lui avait attiré la sympathie de beaucoup d’Atas.
D’ailleurs, il était temps que Tancrède soit à nouveau en état de voyager ; quatre jours plus tard, Arnut’har nous fit dire que la caravane allait se remettre en route. Je supposai qu’elle aurait dû le faire plus tôt, mais qu’afin de ne pas aggraver l’état de notre ami, les sages avaient décidé de retarder le départ. Pas besoin d’être devin non plus pour comprendre qu’Arnut’har n’avait pas approuvé ce choix qui, objectivement, faisait courir des risques à toute la caravane.
Tout le campement fut démonté dans la matinée. Je pus alors observer comment les Atamides se servaient des « Kad’uys », ainsi qu’ils appelaient les lézards géants qui m’avaient tant frappé neuf jours plus tôt. Ces créatures placides, mesurant plus de douze mètres de long pour guère plus d’un mètre cinquante de haut, possédaient un large dos très plat qui permettait de charger une grande quantité de matériel à condition de respecter certaines règles pour le harnachement.
Par ailleurs, les Atamides s’employaient, dans la mesure du possible, à attacher des sièges sur le haut des chargements, ou à faire en sorte que le matériel soit disposé de telle façon que l’on puisse s’asseoir dessus sans difficulté, puis montaient à leur tour sur le dos des Kad’uys. Ainsi, l’intégralité du matériel constituant le camp et la plupart des Atamides eux-mêmes se retrouvèrent en quelques heures sur le dos des dix-huit lézards géants constituant le cheptel de la caravane.
La première fois que j’avais observé ces animaux, j’avais émis l’hypothèse que la longue toison de poils clairs qui leur descendait du ventre et des flancs servait à effacer leurs propres traces. J’en eus la confirmation dès qu’ils se mirent en route. Quant aux Atamides qui n’avaient pu trouver de place sur le dos d’un Kad’uys, ils cheminaient devant les bêtes de sorte que leurs traces soient balayées elles-aussi.
Nous les imitâmes donc en prenant soin de faire rouler nos buggys en tête de la caravane et en file indienne. Quant à la honte que m’avait infligée l’éructation sonore des moteurs de ces fichus engins la première fois qu’ils avaient pénétré dans le camp atamide, elle se trouva singulièrement décuplée devant la marche gracieuse – et silencieuse – des reptiles géants à six pattes.
Les Kad’uys pouvaient parcourir entre vingt et trente kilomètres dans la journée sans montrer de signes de fatigue. La fournaise d’Alpha du Centaure ne paraissait pas les gêner.
Le soir venu, les Atamides dressaient le camp avec autant d’efficacité qu’ils l’avaient levé le matin. De plus, que ce soit pour ne passer qu’une nuit ou plusieurs jours au même endroit, le camp était toujours établi en intégralité, et selon le même dessin rituel du W inscrit dans un cercle.
Je questionnai un jour Ci’kat à ce sujet sans rien comprendre à l’explication qu’elle me fournit. Une fumeuse histoire de lignes droites luttant contre des courbes afin de maintenir l’équilibre du monde durant la nuit. Décidément, même si les Atamides ne semblaient pas s’être forgé de religion comme l’avaient fait pratiquement tous les peuples de la Terre, ils n’avaient en revanche pas échappé à cette triste fatalité qui veut que toutes les sociétés soient condamnées à s’inventer des mythes absurdes destinés à leur compliquer la vie.
Au cours des jours qui suivirent, nous voyageâmes constamment. Bien qu’il fût évident que la caravane cherchait avant tout à s’éloigner le plus possible de l’armée croisée, j’ignorais tout de sa destination finale. En fait, je ne savais même pas s’il y en avait une ou si ces Atas fuyaient sans but. Bien entendu, je ne me hasardai pas à poser la question ; cela aurait pu être interprété comme une tentative d’obtenir des renseignements sensibles et je ne voulais à aucun prix prendre le risque de briser le peu de confiance que j’avais réussi à créer.
Toutefois, il n’était pas question pour nous de demeurer indéfiniment parmi les Atas. J’eus à ce sujet une discussion discrète, mais animée avec mes camarades qui commençaient à se demander à quoi tout cela rimait. Combien de temps allions-nous encore suivre la caravane et à quelle fin ? Tout le monde était d’accord pour attendre que Tancrède soit complètement guéri avant d’entreprendre le long voyage de retour, mais chaque jour qui passait rendait cet argument un peu moins pertinent.
Aussi, lorsque le soir du cinquième jour de voyage, après avoir installé le camp, l’un des sages vint nous informer que la caravane passerait quelque temps à cet endroit afin de permettre aux bêtes de se reposer, je compris que les autres refuseraient de continuer et saisiraient cette occasion pour partir. Je ne pouvais les blâmer, la situation n’évoluait plus. Bien que les Atamides nous aient acceptés à leurs côtés, le déclic tant espéré par Tancrède ne se produisait pas. Nos deux peuples n’avaient pas fraternisé. Rien que l’idée de s’allier avec eux contre l’armée croisée semblait risible.
Pourtant, ce n’était pas un échec.
Certes, l’intention initiale de Tancrède allait bien au-delà de la prise de contact, mais je trouvais que le simple fait qu’elle ait eu lieu était déjà un succès en soi. Nous avions abattu un grand nombre de barrières pour en arriver là et peut-être – espérais-je – n’était-ce que le début d’une relation durable.
En attendant, ce soir-là, je décidai de profiter pleinement de nos derniers instants parmi nos hôtes et, plutôt que d’aller directement me coucher, rejoignis ceux d’entre nous qui se réchauffaient autour d’un feu en compagnie de quelques Atamides.