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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Oh! dame, oui, répliqua Vincent.

– Et sais-tu où trouver deux chevaux?

– Tout de même, dans les prés du bas.

– Lève-toi et file!

– Y a encore des patates! fit Vincent. Ne faut point les laisser.

– Disparais! Nous allons chevaucher. Je m’en suis donné, une fois, du bœuf à la mode sur les locati du bois de Vincennes, avec Mèche. Garçon!

Un domestique du château vint à l’ordre.

– Si on vous demande, lui dit Pistolet, où est le jeune fashionable arrivé de Paris – moi, s’entend -, vous répondrez qu’il promène un peu le parricide pour sa santé. Allume, bancroche!

Il poussa devant lui Vincent et sortit.

Un quart d’heure après, ils couraient tous deux, à poil, sur des chevaux pris à la pâture. Pistolet avait dit:

– Route de La Ferté-Macé. Je veux te présenter à M. Badoît, qu’aime les adolescents propres et instruits comme toi. J’ai mon plan; nous allons faire l’effet du quatrième acte, huitième tableau, décor du ravin du Val-Sinistre, avec gendarmes, force armée, mousqueterie et la garniture. Le bœuf à la mode se mitonne ici dessous. Zéphyr, à la noce! Je m’amuse!

Au Château-Neuf, il y avait grande parade, gala général et présentation de Mathurine Goret, reine de France et de Navarre, à la noblesse des environs.

Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. Paris et la province ont des folies d’un genre très différent: Paris ne croirait pas aux splendeurs grotesques qui marquèrent cette cérémonie.

La reine Goret surtout y dépassa tellement les limites du comique possible que la chevalière Le Camus de La Prunelaye quitta la table avant le dessert.

Le chevalier resta comme fonctionnaire public.

Entre la poire et le fromage, le beau Nicolas, usant des privilèges de sa race, eut la générosité de guérir plusieurs personnes affligées d’écrouelles.

Ce fut un beau jour. Bien des projets surgirent, pendant qu’on prenait le café. La reine daigna écouter l’ancien élève de l’école qui lui signalait les dangers d’un retour trop brusque au système de la féodalité.

Elle lui lança même un coup de poing dans le dos, en demandant combien de temps il lui faudrait garder chacun de ses favoris.

Elle se plaignit plusieurs fois de la colique.

Tout pour le bonheur de la France! tel était le thème du chevalier, préfet de l’avenir, qui tomba enfin sous la table.

Le neveu du Molard en était venu à exiger vingt-huit bureaux de tabac. Poulain stipulait qu’on promènerait des têtes de gardes champêtres dans les chemins vicinaux, au bout d’une pique.

L’important fut que Mathurine, enthousiasmée de son succès et tout heureuse de voir combien il est facile de gouverner un État de premier ordre, consentit à quitter la Normandie pour visiter la capitale.

Elle ne mit pas d’autre condition à ce déplacement, sinon que son mariage serait célébré par l’archevêque de Paris dans sa cathédrale.

– Ce départ pour Paris était un gros problème résolu, au point de vue de l’affaire. La route de Paris, pour une femme comme Mathurine, ressemble à la route de Corse et la question de passer la mer n’était rien. Une fois la richarde entre les mains des frères de la Merci, à Sartène, ses millions au soleil devenaient des fruits mûrs qu’il ne s’agirait plus que de cueillir.

Aussi, M. Lecoq de La Perrière, qui avait été absent presque toute la journée depuis sa réconciliation si franche avec le fils de saint Louis, reçut-il d’un visage riant le bouquet des bonnes nouvelles.

Il en apportait d’excellentes aussi: tout était prêt pour le duel du lendemain.

La mort de la Soûlas faisait déjà grand bruit dans le pays.

La note de Paul Labre était décidément acquittée.

Le chevalier-préfet ne s’était point trompé. Paul Labre avait passé la journée à chercher des témoins et n’en avait point trouvé. Parmi les gentilshommes et propriétaires des environs, ceux qui ne donnaient pas dans la conspiration en avaient peur.

Paul Labre était rentré chez lui vers huit heures du soir, triste et fatigué. Il avait essayé en vain de joindre Ysole. En traversant le bourg de Mortefontaine, il fut surpris de voir avec quel soin les passants l’évitaient.

Derrière lui, on chuchotait et on se disait: «Il a encore le fusil…»

Son domestique normand lui demanda d’un ton que Paul trouva étrange s’il n’avait point monté, ce jour-là, jusqu’à la Belle-Vue -du-Foux.

Le souvenir de sa rencontre avec Ysole amena le rouge à son front.

Le valet l’observait.

– Non, répondit Paul par un sentiment de discrétion qui se rapportait à Mlle de Champmas.

Le valet secoua la tête et s’éloigna en murmurant:

– Tant mieux pour vous, notre monsieur!

La servante vint lui offrir à dîner; il refusa, et la servante dit:

– J’ai bien pensé que vous n’auriez point le cœur à l’appétit. De même que le valet, la servante ne fit nulle mention de la tentative du général pour entrer dans la maison.

Tout à l’heure, nous connaîtrons le motif de ce silence.

Neuf heures venaient de sonner à la pendule de Paul. Il était seul dans sa chambre et songeait. Nul de ses serviteurs n’était venu allumer sa lampe; la pièce n’était éclairée que par un rayon de lune, tombant à travers la mousseline des rideaux.

Depuis bien des jours, Paul n’avait point senti si lourdement le poids qui pesait sur son cœur.

C’était une chose inexplicable: quelques heures à peine le séparaient du plus vif bonheur qu’il eût éprouvé en sa vie, et rien ne lui restait de cet instant d’allégresse passionnée, sinon un sentiment d’amertume et de vague douleur.

Il avait l’âme, si l’on peut ainsi dire, plus meurtrie et plus découragée que jamais.

L’amour n’a pas besoin de paroles et les paroles ne font rien à l’amour. Dans le souvenir, sensible comme une plaie, que lui laissait son entrevue avec Ysole, il s’étonnait de ne point trouver d’amour.

Elle était venue, pourtant, d’elle-même; d’elle-même elle avait choisi Paul. Pouvait-on croire qu’elle n’avait eu d’autre mobile que sa haine?

Elle avait dit: J’aimerai.

Elle avait presque dit: J’aime!

Mais vous avez remarqué combien l’ouïe du souvenir est plus subtile et plus sûre que l’oreille la plus délicate.

C’est en se souvenant qu’on trie les nuances, qu’on reconnaît les demi-teintes.

De toutes nos facultés, la mémoire est assurément celle qui servit davantage le génie observateur des poètes et le talent espion des diplomates.

Paul écoutait de nouveau, en lui-même, la voix grave et douce de cette belle Ysole.

Tout son être tressaillait à ce ressentiment d’une volupté unique en sa vie.

Mais il ne retrouvait plus dans cette adorable voix la vibration émue qui l’avait fait tressaillir.

Tout se calmait à distance et tout se neutralisait: à ce point que la haine elle-même disparaissait comme l’amour!

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