Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Albin Michel
- ISBN: 978-2-226-22436-1
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:
« Je ne suis pas ce genre de maman », dit-elle à Little Walter.
Il la regarda, les yeux écarquillés, d’une manière qui n’était pas sans lui rappeler Phil, mais par ses bons côtés : l’expression, qui n’était rien de plus que de la stupidité intriguée sur le visage de son mari enfui, prenait une candeur touchante sur celui de son fils. Elle lui embrassa le bout du nez et il sourit. C’était chouette, un chouette sourire, mais les pansements devenaient rouges sur son front. Ça, c’était moins chouette.
« Il y a un petit changement », dit-elle, retournant à l’intérieur. Elle eut du mal à retrouver le porte-bébé qu’elle dénicha finalement derrière ce qu’elle ne voyait plus maintenant que comme le Canapé de la Tournante. Elle finit, en dépit de la douleur qui la reprenait, par y installer Little Walter, lequel n’arrêtait pas de se tortiller. Le torchon, dans sa petite culotte, lui donnait une inquiétante impression d’humidité ; elle jeta un regard à son entrejambe mais son pantalon de survêt était sec. C’était déjà ça.
« Prêt pour la balade, Little Walter ? »
Little Walter se contenta de fourrer sa joue dans le creux de l’épaule de sa mère. Par moments, voir qu’il parlait aussi peu l’inquiétait — elle avait des amies dont les bébés arrivaient à faire des phrases entières à seize mois, tandis que Little Walter n’avait qu’une dizaine de mots à sa disposition — mais pas ce matin. Ce matin, elle avait bien d’autres soucis en tête.
Il faisait une chaleur déconcertante pour une journée de la fin octobre ; le ciel, au-dessus d’elle, était du bleu le plus pâle et la lumière avait quelque chose de brouillé. Elle sentit presque tout de suite la sueur perler sur son visage et sur son cou ; son entrejambe l’élançait douloureusement et c’était pire à chaque pas, aurait-on dit, alors qu’elle venait à peine de partir. Elle pensa un instant retourner prendre de l’aspirine, mais ne lui avait-on pas dit que l’aspirine favorisait les saignements ? Sans compter qu’elle n’était pas sûre d’en avoir.
Il y avait aussi autre chose, une chose qu’elle avait du mal à s’avouer : si jamais elle retournait dans la maison, elle n’était pas sûre d’avoir le courage de ressortir.
Un bout de papier blanc était glissé sous l’un des essuie-glaces de la Toyota. Il avait UN PETIT MOT DE SAMMY imprimé en haut, entouré de pâquerettes. Arraché au bloc qu’elle gardait dans sa cuisine. Une offense de plus, se dit-elle, fatiguée. Griffonné sous les fleurs, on lisait ceci : Parles-en à quelqu’un et il n’y aura pas que tes pneus de crevés. Et dessous, d’une autre écriture : La prochaine fois, on te foutra peut-être à l’envers pour essayer de l’autre côté.
« Dans tes rêves, connard », dit-elle d’une voix faible, épuisée.
Elle roula le mot en boule et le laissa tomber à côté du pneu crevé — la pauvre vieille Toyota paraissait aussi au bout du rouleau et triste qu’elle se sentait elle-même — et alla jusqu’au bout de l’allée où elle fit une pause de quelques secondes, appuyée à la boîte aux lettres. Le métal était chaud contre sa peau, le soleil brûlant sur son cou. Et il y avait à peine un souffle d’air. Octobre, c’était en principe un mois frais, revigorant. C’est peut-être à cause de cette histoire de réchauffement global, pensa-t-elle. Elle fut la première à formuler cette hypothèse, mais pas la seule, et le mot finalement retenu ne fut pas global, mais local.
Motton Road s’étendait devant elle, déserte et dépourvue de charme. À un peu moins de deux kilomètres sur sa gauche se trouvaient les premières maisons d’Eastchester, un nouveau quartier chic où les papas bosseurs et les mamans bosseuses les plus huppés de Chester’s Mill revenaient le soir de leur boutique, de leur bureau ou de leur banque de Lewiston-Auburn. À sa droite, il y avait le centre de Chester’s Mill. Et le centre de soins.
« Prêt, Little Walter ? »
Little Walter ne dit pas s’il l’était ou pas. Il ronflait au creux de l’épaule de sa mère et bavait sur son T-shirt Donna the Buffalo. Sammy inspira à fond, essaya d’ignorer les pulsations qui montaient du Territoire-de-là-en-bas, assura le porte-bébé et prit la direction de la ville.
Lorsque la sirène se déclencha sur le toit de l’hôtel de ville, ses brefs appels répétés annonçant un incendie, sa première idée fut que cela se passait dans sa tête, car elle se sentait vraiment bizarre. Puis elle vit la fumée, mais loin, à l’ouest. Rien qui pouvait les concerner, elle et Little Walter… à moins que quelqu’un ne passe pour aller voir l’incendie de plus près. Dans ce cas-là, la personne serait sûrement assez aimable pour la déposer au centre de soins, puisque ce serait sur son chemin vers les réjouissances.
Elle commença à chanter la chanson de James McMurtry qui avait été à la mode l’été précédent, alla jusqu’à « on remballe les trottoirs à huit heures et quart, c’est une petite ville, peux pas vous servir de bière… », puis laissa tomber. Elle avait la bouche trop sèche pour chanter. Elle cligna des yeux et se rendit compte qu’elle allait tomber dans le fossé, et même pas celui à côté duquel elle marchait quand elle était partie. Elle avait traversé toute la chaussée en zigzag, excellente manière de se faire renverser au lieu d’être prise en stop.
Elle regarda par-dessus son épaule, avec l’espoir de voir un peu de circulation. La route d’Eastchester était vide, le goudron pas encore assez chaud pour faire trembler l’air.
Elle retourna du côté qui, dans son idée, était le bon, oscillant sur elle-même, se sentant les jambes molles. Matelot ivre, se dit-elle. Qu’est-ce qu’on fait d’un matelot ivre, de bonne heure le matin ? Mais ce n’était pas le matin ; on était l’après-midi, elle avait fait le tour du cadran et, lorsqu’elle baissa les yeux, elle vit que l’entrejambe de son survêt était à son tour devenu violacé, comme les sous-vêtements qu’elle avait avant. Ça ne partira jamais, et je n’ai que deux autres pantalons de survêt qui me vont. Puis elle se rappela que l’un des deux avait un grand trou mal placé et elle se mit à pleurer. Les larmes lui donnaient une impression de fraîcheur sur les joues.
« Ça va aller, Little Walter, dit-elle. Le Dr Haskell va nous arranger tous les deux. Impec. Impec de chez impec. Impec comme n… »
Sur quoi, une rose noire commença à s’épanouir devant ses yeux et ce qui lui restait de force dans les jambes l’abandonna. Sammy se sentit partir, se vider de ses muscles comme de l’eau par une fuite. Elle tomba, s’accrochant à une dernière pensée : Sur le côté, il faut tomber sur le côté pour ne pas écraser le bébé !
Au moins réussit-elle cela. Elle se retrouva gisant sur le bas-côté de Motton Road, immobile dans le soleil quasiment estival voilé de brume. Little Walter se réveilla et se mit à pleurer. Il essaya de sortir du porte-bébé mais n’y parvint pas ; Sammy l’avait attaché avec soin, il était ligoté sur place. Little Walter se mit à pleurer plus fort. Une mouche se posa sur son front, goûta le sang qui suintait au milieu des personnages de dessins animés qui décoraient les pansements, puis s’envola. Pour faire son rapport, peut-être, au QG des mouches et demander des renforts.
Les sauterelles stridulaient dans l’herbe.
La sirène de la ville hulula.
Little Walter, ficelé à sa mère inconsciente, continua à pleurer un moment dans la chaleur puis renonça et resta là, silencieux, regardant d’un air morne autour de lui tandis que la sueur coulait en grosses gouttes claires à travers ses cheveux fins.
6
Depuis le guichet de vente des tickets obturé de planches du cinéma (le Globe Theater avait fermé cinq ans auparavant), sous sa marquise affaissée, Barbie avait une bonne vue, à la fois de l’hôtel de ville et du poste de police. Son bon copain Junior était assis sur les marches de la Casa Flicos, se massant les tempes tandis que les hululements rythmiques de la sirène lui fendaient le crâne.