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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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De retour à Paris en septembre, il se place sous les ordres de René Goliard afin de répéter les pas de danse qu’il doit exécuter avec les ballerines dont Puck Adams, une jeune Hollandaise pensionnaire du Grand Ballet du Marquis de Cuevas. Il rend également de fréquentes visites à François de Roubaix dont il trouve la mélodie formidable au point de lui donner la chair de poule, affirmant que « c’est plus facile d’être élégant sur une bonne musique[450] ». Olivier en profite pour se lier d’amitié avec le compositeur chez lequel il se rend chaque samedi afin de participer au bœuf qu’il organise avec les meilleurs jazzmen de Paris. « Je profiterai de ces beaux après-midi pendant quelques années encore, raconte-t-il[451], jusqu’au jour où François me jouera son dernier opus sur le vieil harmonium de son salon. Il me demande ce que j’en pense : je trouve sa mélodie superbe. Ce sera le thème du Vieux Fusil, son ultime chef-d’œuvre[452]. » Avec François de Roubaix, qui lui trouve un joli brin de voix, Olivier accepte de s’essayer à la chanson. Le croyant sur parole, il finira par enregistrer les morceaux illustrant quelques scènes romantiques.

Le 10 septembre 1969, Hibernatus affronte les réactions du public et des critiques. Si les premiers se montrent enthousiastes, les seconds s’avouent plus réticents. Ici on écrit qu’on rit moins, là qu’en dehors de « Louis de Funès, il n’y a personne  », mais le plus dur vient du Figaro littéraire. La journaliste met en garde de Funès, l’invitant à faire davantage confiance à son réalisateur : « Il se surveille mal et ferait mieux de laisser ce soin à son metteur en scène. L’extraordinaire, la jaillissante drôlerie que l’on voyait par exemple s’exercer dans Le Gendarme de Saint-Tropez, est désormais moins spontanée et moins efficace. Louis de Funès risque d’être de moins en moins Louis de Funès à mesure qu’il se prendra davantage pour Louis de Funès[453]. » Personne n’ose écrire que ce film est mauvais — ce qu’il n’est d’ailleurs pas —, mais force est de reconnaître que le résultat est très en deçà de ce qu’on pouvait en espérer. Louis, qui depuis un certain temps ne lit plus les critiques, se réserve le soin de démontrer qu’avec Serge Korber, il est capable de se renouveler, mettant tout en œuvre pour y parvenir même s’il doit affronter Alain Poiré sur le montant de son cachet. Il veut toucher un minimum de 2 millions de francs. Poiré ne lui cède que 500 000 francs. Louis ne gagne pas sur ce terrain, mais il va faire en sorte de lui faire payer, à sa façon, son refus. Il décide, en vieux routier de la pellicule, de faire durer le tournage, imposant ainsi à la Gaumont des frais de dépassement imprévus ! Oui, se renouveler, il en a pleine conscience, comme il l’affirme à Guylaine Guidez[454] : « En ce moment, je me rends compte qu’il le faut. Je fais toujours la même chose. C’est forcé, on me propose toujours le même genre de films. Donc, je fais les mêmes grimaces. Tout ça c’est faute d’autres comiques.  »

Il veut donc ennuyer Alain Poiré sans pour autant embarrasser Serge Korber, même si ce dernier n’est pas dupe de son manège. Louis interrompt une scène parce qu’il ne la sent pas. Il fait modifier un angle de prise de vue, engendrant un inévitable déplacement de caméra et une modification des éclairages ainsi que des bouleversements dans la disposition des décors ! Certains jours, aucune image n’est exploitable, tant et si bien que ce film aurait coûté moins cher en millions dépensés en dépassement si Poiré avait accepté de casser sa tirelire. Mais comme Poiré est aussi cabochard que de Funès, il ne pouvait en être autrement. Quoi qu’il en soit, Louis exerce son art avec son habituel sérieux professionnel. Il ne manque aucune occasion d’apporter une idée, quitte à bousculer le plan de travail comme ce matin où il arrive en disant à Serge Korber : « On va essayer quelque chose.  » Il demande alors que soit mis autour de lui un groupe de danseuses. Louis a imaginé qu’il serait amusant de raconter une histoire à ses « filles » avant qu’elles aillent se coucher. Il improvise alors tout en mimiques, en borborygmes, en gestuelle une façon bien particulière de leur réciter Le Loup et l’Agneau de Jean de La Fontaine. Une seule prise suffit à fixer sur la pellicule un moment d’anthologie burlesque qui lui aurait, sans doute, valu un zéro pointé au collège Jules-Ferry de Coulommiers. Dans cette comédie musicale, il privilégie le visuel aussi bien dans les studios de Boulogne que sur la promenade des Anglais à Nice où, au volant de sa voiture rouge, il mime le conducteur impatient d’être le premier à démarrer au feu vert avant de se métamorphoser en Fangio et de rivaliser avec une Lamborghini. Une scène d’introduction inspirée de sa propre expérience d’automobiliste entre Paris et Nantes, où il ne cesse de rouspéter contre ces « hommes pressés » qui le doublent à vive allure sans se soucier du code de la route. Louis retrouve aussi son doigté de jeune père dans la scène où il donne le biberon et lange un bébé en même temps qu’Olivier s’occupe d’un autre nourrisson tout en chantant : « Quand tu fais lalala, lala / Pense aux conséquences / Tout ça c’est bien joli / Mais c’est sérieux la vie.  » Pour s’assurer que les bambins de trois ans auront sa confiance et ne se mettront pas à brailler lors des prises de vues, il passe de longs moments à les cajoler dans ses bras en les promenant dans le studio et en leur racontant des histoires de son cru. Une astuce payante.

Au début de l’année 1970, Louis, Jeanne et Olivier s’installent pour un mois à Rome, prenant leurs quartiers dans un hôtel situé sur le Monte Mario qui domine la ville avec une vue imprenable sur la basilique Saint-Pierre depuis la rive droite du Tibre. Comme il ne travaille que l’après-midi, il profite en famille des beautés de la Ville éternelle tôt le matin, piloté par Vittorio, le chauffeur mis à leur disposition par la production. Un Vittorio conduisant à l’italienne. Il rase les trottoirs. Il pile au dernier moment, flirtant avec les pare-chocs des voitures qui le précèdent. Il dépasse par la droite ou par la gauche comme dans un gymkhana. Louis a la désagréable impression d’être à la fête foraine, dans une autotamponneuse. Il demande plusieurs fois à Vittorio d’être plus prudent afin d’admirer les monuments, sans résultat, pour finalement exploser en hurlant, comme le rapporte Olivier de Funès[455] : « Je vous demande d’aller moins vite, maintenant. Je n’ai pas du tout envie de rejoindre saint Pierre là-haut ! Je veux juste voir sa modeste demeure. Et puis, j’ai peur, voilà ! Vous avez compris ?  »

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450

Louis de Funès cité par Olivier de Funès, op. cit., p. 171.

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451

Olivier de Funès, op. cit., p. 173.

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452

François de Roubaix est décédé dans un accident de plongée sous-marine le 21 novembre 1975 à Ténérife à l’âge de 36 ans.

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453

Article paru le 28 septembre 1969.

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454

Ibid.

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455

Olivier de Funès, op. cit., p. 173.

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