Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Même s’il détestait ce jeune blanc-bec pour sa tranquille assurance et son évidente absence de crainte devant l’autorité, Robert ne pouvait ignorer le bon sens de sa proposition.
« Soit, dit-il à contrecœur, je veux bien attendre quinze jours, mais pas un de plus. Passé ce délai, si vous n’êtes pas en mesure de venir à bout de ces nuisibles, j’ordonnerai des frappes énergétiques orbitales intégrales. »
Plusieurs seigneurs manifestèrent leur étonnement.
« Mais cela rendra les zones frappées inhabitables pour des décennies ! s’exclama l’un d’eux, modéré notoire.
— En quoi cela vous gêne-t-il ? répondit Robert de Montgomery avec mépris. Est-ce là que vous comptiez vous tailler un nouveau fief ? »
Aussitôt, tous les seigneurs ultras s’esclaffèrent bruyamment.
Robert laissa son regard courir sur ses supporters, un sourire carnassier sur le visage.
« Allons, ne paniquez pas, reprit-il à l’adresse du modéré. Ce n’est pas la place qui manque sur cette planète. Tout le monde aura sa part, vous compris. »
Lui seul savait que s’il était si pressé d’entamer les bombardements, c’était avant tout qu’il espérait que Tancrède de Tarente se trouverait dessous.
Comme la nuit était tombée depuis longtemps, le froid commençait à mordre. Toutefois, je n’avais aucune envie de rentrer sous la tente. Mon seul désir était de profiter de cet instant le plus longtemps possible.
Après un dîner à la mode atamide, c’est-à-dire léger, j’avais rejoint Clotilde qui m’attendait près d’un des feux de camp, en compagnie de Tancrède et Liétaud, ainsi que quelques Atas, dont Arnut’har lui-même, qui se mêlait pourtant rarement aux veillées, surtout lorsque des humains étaient là.
Nous échangeâmes quelques mots entre évadés, mais rapidement la conversation se tarit d’elle-même, chacun restant plongé dans ses pensées. L’humeur était morose ce soir-là. Puisqu’aucun sage ne se trouvait parmi nous, nous ne pouvions pas davantage discuter avec les Atamides présents.
Le « langage universel mental » était l’apanage des sages. Si un humain pouvait se faire comprendre d’un sage en verbalisant mentalement ses phrases et si un sage pouvait se faire comprendre indifféremment de ses frères atamides comme des humains en projetant mentalement ses phrases, les autres catégories d’Atas s’avéraient bien incapables d’un tel exploit. Néanmoins, j’avais fini par comprendre qu’ils pouvaient aussi, malgré tout, exprimer des pensées simples ou des sentiments par ce biais. Même s’il leur était impossible de dialoguer réellement de cette manière, ils pouvaient parfois réussir à expédier une injonction ou une idée basique telle que « viens » ou « à droite ». Toutefois, la plupart du temps, c’était parfaitement incompréhensible. Alors, de là à soutenir une conversation…
Ainsi, notre petit groupe hétéroclite restait sans mot dire autour du feu, communiant dans ce plaisir simple de la douce chaleur réchauffant nos membres fatigués et de la lumière tremblotante sur nos visages. De morose, l’humeur devint progressivement plus sereine. Chacun cherchant à profiter de cet îlot de calme isolé dans un océan de danger.
Il y avait neuf jours que Tancrède avait reçu une charge T-farad dans l’épaule. Je gardai un souvenir parfaitement net de la scène.
La blessure était impressionnante. Le tapis sur lequel gisait le lieutenant après avoir été touché s’était rapidement imbibé de sang. Heureusement, il ne fallut que peu de temps à Liétaud pour revenir avec le bloc-médic. Le bras robot de la machine endigua automatiquement l’hémorragie puis sutura la plaie. Le programme de diagnostic du bloc prescrivit ensuite un traitement anti-infectieux et plusieurs jours de repos.
Tan’hem s’agenouilla alors près du blessé pour lui prodiguer des pensées de réconfort. L’humain, par son geste spontané, avait gagné la confiance et la reconnaissance des Atamides. Tout au moins, de quelques Atamides, car je compris dans les jours suivants que certains d’entre eux, notamment les soldats, demeuraient méfiants à notre égard, soupçonnant un coup monté. Toutefois, Tan’hem nous proposa de rester avec eux le temps que Tancrède soit à nouveau en état de voyager.
Quatre d’entre nous retournèrent au camp afin d’en rapporter le matériel et les véhicules. L’entrée des buggys pétaradants dans la caravane fut une source de curiosité pour les Atas et de gêne pour les humains. Ces machines bruyantes et puantes semblaient insulter par leur simple présence ces gens qui vivaient dans une telle harmonie avec leur environnement.
On nous proposa de nous installer dans des tentes de feutre, mais il était évident que des Atamides devraient pour cela nous céder leur place et s’entasser en surnombre ailleurs. Nous déclinâmes donc la proposition, nos tentes feraient très bien l’affaire.
Au cours des jours qui suivirent, nous eûmes alors l’occasion de découvrir, pour la première fois de l’intérieur, une partie du mode de vie des habitants d’Akya du Centaure. Certains ethnologues auraient vendu père et mère pour se trouver à notre place.
Au début, les Atas ne se départissaient pas d’une certaine réserve vis-à-vis de nous, gardant leurs distances et évitant de communiquer dès qu’ils le pouvaient. Puis, sans que je décèle de raison particulière à ce changement, ils se montrèrent de plus en plus engageants, et même franchement curieux. Bien entendu, la communication ne passant que par les sages qui jouaient le rôle d’intermédiaires grâce à leurs capacités cérébrales particulières, les échanges étaient laborieux. Néanmoins, au final, leur intérêt à notre égard n’avait d’égal que celui que nous leur portions.
J’eus ainsi, à de nombreuses reprises, de longues discussions avec plusieurs d’entre eux au cours desquelles nous nous questionnions mutuellement sur des sujets aussi divers que nos régimes alimentaires, nos légendes ou nos croyances, sur nos organisations sociales, ou encore nos musiques et nos chants. Les jeunes et les femmes avaient l’air particulièrement intrigués par notre structure familiale, si différente de la leur. En effet, les Atamides n’étaient pas organisés en cellules familiales autonomes comprenant les deux géniteurs et leur progéniture, mais en cercles sociaux regroupant les individus par affinités ou par besoin dans lesquels le critère de la lignée ne jouait qu’un rôle mineur. Leurs « familles » étaient donc constituées d’un grand nombre d’individus où l’on pouvait trouver, par exemple, plus d’hommes que de femmes, plus d’enfants ou de vieillards, ou encore, plus de paysans que de soldats.
Il était difficile pour un humain de déceler une logique dans le choix des familles d’accepter tel ou tel individu parmi eux, cependant il paraissait tout aussi ardu à un Atamide de comprendre comment les humains pouvaient passer leur vie entière dans une structure basée sur deux individus gardant près d’eux leur progéniture.
Quelques jours après notre arrivée parmi eux, et en dépit de l’hostilité compréhensible que certains continuaient de nous manifester, je fus surpris de constater que je commençais à me sentir à l’aise. Il m’apparut qu’au fond, même lorsque de grandes différences morphologiques ou culturelles les séparent, des êtres doués d’intelligence peuvent cohabiter assez facilement pour peu qu’ils fassent preuve de bonne volonté. Et de la bonne volonté, je m’évertuais à en montrer, tâchant d’être attentif et patient lorsqu’un Atamide s’essayait à communiquer avec moi, et de ne jamais insister si je sentais au contraire qu’un autre ne recherchait pas la proximité avec nous.