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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Mon homme, tu es un mâle! interrompit Lecoq. C’est très joli.

Le colonel était tout attendri.

– Louveau tirera en même temps que moi, poursuivit le prince. Mort ou vivant, M. le baron paiera la loi Pour l’autre dette, s’est-on assuré du fils de la Goret?

Avant que ce dernier mot fut prononcé, Pistolet, lâchant la bouche de Vincent, lui avait brusquement bouché les deux oreilles.

– C’est le moment de faire son entrée dramatique et opportune, pensa-t-il. En avant deux!

Et, en effet, élevant la voix tout à coup, il dit à l’éclopé:

– Bancroche, j’entends qu’on parle ici contre. Tu vas avoir à boire et à manger.

Il n’avait pas achevé qu’il était entouré. Lecoq le saisit à la gorge. Vincent, qui essayait de s’enfuir, fut terrassé par Nicolas.

– Pas de bêtise! fit Pistolet avec son sang-froid imperturbable, on en pince, dites donc! Et dur! depuis l’âge de nourrice! Comme quoi je vous apporte l’innocent ci-joint, destiné à ce que vous savez, pour la loi, et son petit couteau, qu’a été vu par le nombre voulu de témoins à charge. Il a faim, il a soif, et moi, semblablement, je casserais une croûte avec plaisir.

XVIII Avant le duel

Ce Pistolet avait si merveilleusement et si naturellement l’air, la physionomie, le langage d’un habitué aisé de l’estaminet de L’Épi-Scié que M. Lecoq, célèbre, cependant, pour la justesse de son coup d’œil, eut vaguement l’idée de l’avoir vu à l’œuvre un jour ou l’autre.

Ce n’était pas l’heure des longs interrogatoires ni des examens détaillés; un bon ouvrier de plus ne pouvait être indifférent dans les circonstances présentes: Pistolet passa ici comme à la ferme, et mieux mieux, car, sans affronter le danger de paraître trop savant, il se servit de ce qu’il avait appris aux écoutes et conquit du premier coup une position de confiance.

Le fils Goret fut remis entièrement à sa garde; il en répondit corps pour corps. Il eut ordre, en outre, de se tenir à la disposition du conseil jour et nuit.

Ceci réglé, il put conduire le parricide à l’office. C’était une bonne et secourable nature. Il bourra son prisonnier comme un canon.

Le fils Goret avait vu aujourd’hui des quantités de choses, mais il n’avait rien compris à ce qu’il avait vu.

Une seule idée le travaillait: c’était l’espoir d’être riche et de dîner du matin au soir.

Pistolet prêtait une oreille indulgente aux rêves de ce naïf appétit, mais cela ne l’empêchait pas de réfléchir. Il avait, Dieu merci, des sujets de méditation par-dessus la tête.

Que diriez-vous d’un chasseur paisible qui a pris son fusil, un matin, pour abattre un lièvre ou deux et qui se trouve tout à coup au milieu d’une ménagerie de bêtes féroces? Les Gérard et les Bombonnel sont rares. Pistolet s’avouait qu’il avait bien du fil à retordre.

On l’avait mit sur la piste d’un crime ancien. Dans cette voie, il ne s’agissait pas d’autre chose que de livrer un ou plusieurs malfaiteurs à la justice. Et voilà que, dès le premier pas, il rencontrait tout un ensemble de crimes nouveaux qui enjambaient l’un sur l’autre, qui se croisaient, qui se brouillaient: l’un, à tout le moins, commis déjà: les autres préparés et sur le point d’arriver à exécution.

Thérèse Soûlas! il l’avait quittée depuis quelques heures à peine, avec un pressentiment, avec un scrupule – et il venait d’entendre l’écho lointain du coup de feu qui la jetait morte sous la feuillée.

Car, au contraire du fils Goret, Pistolet comprenait tout.

Il savait à fond l’affaire de la reine Mathurine, comme si on la lui avait expliquée par le menu; il savait mieux encore le sort destiné au pauvre éclopé.

Quant aux menaces suspendues sur la tête de Paul Labre, il en eût au besoin fait un rapport, lucide comme ceux de ce bon vieux colonel au conseil des Habits Noirs.

Auquel entendre, cependant? Où aller? Ces gens marchaient vite, et il fallait les gagner de vitesse.

Cette hideuse vieille, la Goret, était une créature humaine, après tout. Était-il sage de l’avertir? Elle ne croirait pas: on l’avait affolée.

D’ailleurs, ici, le danger n’était pas imminent. On ne pouvait la liquider qu’après le mariage.

Dénoncer le tout au parquet?

Pistolet était un gamin de Paris. Sa confiance dans les tribunaux ne dépassait pas un certain niveau; sa confiance en lui-même n’avait point de bornes.

Et le plus pressé, sans contredit, était Paul Labre. Sac à papier! le bel amoureux! et presque une voix de basse-taille! Mais que diable était-il venu faire parmi ces vils coquins? Ces jolis garçons-là ne devraient jamais bouger: autant de pas, autant de sottises!

La première idée de Pistolet fut de se rendre chez M. le baron pour prendre langue et surtout pour lui intimer l’ordre de rester tranquille. Cela lui semblait très simple: il avait une conscience si nette de sa supériorité!

Mais cette justice même qu’il se rendait lui donna à réfléchir. Parler à Paul Labre, c’était déjà compter avec lui. Paul Labre allait peut-être lui faire des objections ou bien lui donner des ordres.

– Le monde renversé, quoi! s’écria-t-il sans savoir qu’il parlait.

L’éclopé lui répondit la bouche pleine:

– Quand j’aurai l’argent de ma m’man, je vous paierai à boire pour que vous m’entriez dans les auberges. Moi, je ne suis point assez hardi.

– Tais-toi, bancroche! et avale, ordonna Pistolet.

Non! il ne fallait pas aller chez Paul Labre. Rien qu’à se montrer ainsi, on compromet sa toute-puissance.

Voyez si, dans les drames, l’homme qui sauve ne se tient pas toujours dans son nuage.

Il fallait sauver Paul Labre en dehors de lui et malgré lui.

– Pas vrai, bancroche? fit le gamin, content de son idée. Si tu veux retirer un quelqu’un de l’eau, tu commences par l’étourdir un petit peu, sans le blesser dangereusement, pour pas qu’il te gêne.

– Vous osez bien entrer dans les auberges, vous? demanda Vincent.

– La paix! je te formerai en grand, quand j’aurai fini avec M. Labre.

On ne peut pas protéger tout le monde à la fois. Nous irons dans la capitale, où je t’apprendrai l’art de manger des millions, à Bobino, avec des dames, en se rangeant.

– Y a beaucoup d’auberges d’ici à Paris, pas vrai? demanda l’innocent.

– Autant que de crins sur ta caboche, abruti. Coupe ta langue, je combine.

Vincent Goret, plein de cidre et de nourriture, avait ce songe voluptueux: il voyait une grande route sans fin, toute bordée d’auberges, et il n’en passait pas une.

Il entrait dans chaque, il buvait, il dévorait, et son estomac, prodigieux comme son rêve, n’avait plus de bornes.

Il avalait tout le poiré, tout le lard et toutes les pommes de terre du globe sans en éprouver la moindre incommodité.

– Voilà, dit tout à coup Pistolet qui prit un ton professoral. Le jeune homme du peuple parisien ne connaît pas les chevaux comme l’Arabe du désert. Chaque contrée, chaque truc: le Chinois est pour la porcelaine, l’Américain pour les tabatières-parapluies, qui servent aussi à griller les côtelettes et à ramer les pois verts; l’Italien pour la fumisterie et chanter des tyroliennes. Sais-tu mener un cheval, bêta?

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