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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Nuit des grappes qui attendent la vendange, r�serv�es par la nuit, nuit des moissons en sursis. Nuit des ennemis cern�s dont je ne prendrai livraison qu'au jour. Nuit des jeux faits, mais le joueur est all� dormir. Le marchand est all� dormir, mais il a pass� les consignes au veilleur de nuit qui fait les cent pas. Le g�n�ral est all� dormir mais il a pass� les consignes aux sentinelles. Le chef de bord est all� dormir mais il a pass� la consigne � l'homme de barre, et l'homme de barre ram�ne Orion qui se prom�ne dans la m�ture l� o� il faut. Nuit des consignes bien donn�es et des cr�ations suspendues.

Mais nuit aussi o� l'on peut tricher. O� les maraudeurs s'emparent des fruits. O� l'incendie s'empare des granges. O� le tra�tre s'empare des citadelles. Nuit des grands cris qui retentissent. Nuit de l'�cueil pour le navire. Nuit des visitations et des prodiges. Nuit des r�veils de Dieu � le voleur � car celle-l� que tu aimais tu peux bien l'attendre au r�veil!

Nuit o� l'on entend craquer les vert�bres. Nuit dont j'ai toujours entendu craquer les vert�bres comme de l'ange ignor� que je sens �pars dans mon peuple et qu'il s'agit un jour de d�livrer�

Nuit des semences re�ues.

Nuit de la patience de Dieu.

CLXII

Et je t'ai retrouv� avec tes illusions quand tu me parlais de ceux-l� qui vivaient humblement sans rien demander, pratiquant leurs vertus familiales, c�l�brant simplement leurs f�tes, �levant pieusement leurs fils.

�Certes, t'ai-je r�pondu. Mais dis-moi quelles sont leurs vertus? Et quelles sont leurs f�tes? Et quels sont leurs dieux? Les voil� d�j� particuliers, comme tel arbre qui, � sa fa�on, draine le sable et non � la fa�on d'un autre. Sinon o� les trouverais-tu?

�Ils ne demandent, dis-tu, qu'� vivre en paix� certes. Cependant ils sont d�j� guerre; au nom m�me de leur permanence, puisqu'ils exigent de durer contre tout ce qui est possible et en quoi ils pourraient se fondre. L'arbre aussi est guerre, dans sa graine�

��Cependant une fois acquise, leur �me peut durer. Une fois fond�e leur morale�

��Certes! Une fois r�volue l'histoire d'un peuple elle peut durer. Cette fianc�e que tu as connue est morte jeune. Elle souriait. Celle-l� ne saurait plus vieillir, belle et souriante pour l'�ternit� Mais ta peuplade, ou bien elle conquiert le monde pour s'absorber ses ennemis, ou bien elle trempe dans les ferments m�mes de sa destruction. Elle est mortelle d'�tre vivante.

�Mais toi tu souhaitais la dur�e de l'image, comme du souvenir de ta bien-aim�e.�

Mais tu me reviens contredire:

�Si la forme qui la r�git est maintenant devenue et tradition et religion et rites accept�s, elle durera de transporter son code � travers les g�n�rations. Et tu ne la conna�tras qu'heureuse avec cette lumi�re aux yeux de ses fils�

��Certes, lui dis-je, quand tu as fait tes provisions tu peux vivre un temps de ton miel. Qui a fait l'ascension de la montagne peut un temps vivre du paysage qui est ascension vaincue. Il se souvient des pierres escalad�es. Mais meurt bient�t le souvenir. Alors le paysage lui-m�me se vide.

�Certes tes f�tes te font refaire la cr�ation de ton village ou de sa religion car elles sont souvenirs d'�tapes et d'efforts et de sacrifices. Mais meurt peu � peu leur pouvoir, car elles te prennent un go�t surann� ou inutile. Tu te crois tel n�cessairement. Ta peuplade heureuse se fait s�dentaire et cesse de vivre. Si tu crois en le paysage tu demeures l� et bient�t t'ennuies et cesses d'�tre.

�L'essence de ta religion c'�tait l'acte de l'acqu�rir. Tu as cru qu'elle �tait cadeau. Mais d'un cadeau tu n'as bient�t que faire et tu le rel�gues au grenier, en ayant us� le pouvoir qui �tait plaisir du cadeau et non objet dont disposer.

��Je n'ai donc point d'espoir de repos?

��L� o� servent les provisions. Dans la seule paix de la mort, quand Dieu engrange.�

CLXIII

Car il est des saisons de la vie qui reviennent pour tous les hommes.

Tes amis se fatiguent de toi n�cessairement. Ils s'en vont dans d'autres maisons se plaindre de toi. Quand ils se sont bien d�tendus ils reviennent t'ayant pardonn� et t'aiment de nouveau, de nouveau pr�ts � risquer leur vie pour ta vie.

Mais si tu apprends par un tiers, qui vient � contretemps te rapporter ce qui ne t'�tait point destin�, ce qui fut sati�t� de toi, et se situe donc hors de toi, cela fait que tu refuses ceux qui t'aiment, qui reviennent t'aimant de nouveau.

Or, si tu ne les avais pas une premi�re fois aim�s, tu serais heureux de cette conversion en ta faveur, tu l'eusses m�me sollicit�e et tu leur ferais f�te.

Et pourquoi ne veux-tu point qu'il y ait plusieurs saisons dans la vie d'un homme, alors que, dans la m�me journ�e, il est en toi plusieurs saisons vis-�-vis de tes nourritures les plus agr��es, d�sir�es, indiff�rentes, objets de d�go�t selon l'app�tit?

Et je n'ai pas le pouvoir d'user toujours du m�me paysage.

CLXIV

Il est temps, en effet, que je t'instruise sur l'homme.

Il est dans les mers du Nord des glaces flottantes qui ont l'�paisseur de montagnes, mais du massif n'�merge qu'une cr�te minuscule dans la lumi�re du soleil. Le reste dort. Ainsi de l'homme dont tu n'as �clair� qu'une part mis�rable par la magie de ton langage. Car la sagesse des si�cles a forg� des clefs pour s'en saisir. Et des concepts pour l'�clairer. Et de temps � autre te vient celui-l� qui am�ne � ta conscience une part encore informul�e, � l'aide d'une clef neuve, laquelle est un mot, comme �jalousie� dont je t'ai parl�, et qui exprime d'embl�e un certain r�seau de relations qui, de la ramener au d�sir de la femme, t'�claire la mort par la soif, et bien d'autres choses. Et tu me saisis dans mes d�marches alors que tu n'eusses su me dire pourquoi la soif me tourmentait plus que la peste. Mais la parole qui agit n'est point celle qui s'adresse � la faible part �clair�e mais qui exprime la part obscure encore et qui n'a point encore de langage. Et c'est pourquoi les peuples vont l� o� le langage des hommes enrichit la part �non�able. Car tu l'ignores, l'objet de ton immense besoin de nourriture. Mais je te l'apporte et tu le manges. Et le logicien parle de folie car sa logique d'hier ne lui permet pas de comprendre.

Mon rempart c'est le pouvoir qui organise ces provisions souterraines et les am�ne � la conscience. Car ils sont obscurs tes besoins et incoh�rents et contradictoires. Tu cherches la paix et la guerre, les r�gles du jeu pour jouir du jeu et la libert� pour jouir de toi-m�me. L'opulence pour t'en satisfaire et le sacrifice pour t'y trouver. La conqu�te des provisions pour la conqu�te et la jouissance des provisions pour les provisions. La saintet� pour la clart� de ton esprit et les victoires de la chair pour le luxe de ton intelligence et de tes sens. La ferveur de ton foyer et la ferveur dans l'�vasion. La charit� � l'�gard des blessures, et la blessure de l'individu � l'�gard de l'homme. L'amour construit dans la fid�lit� impos�e, et la d�couverte de l'amour hors de la fid�lit�. L'�galit� dans la justice, et l'in�galit� dans l'ascension. Mais � tous ces besoins en vrac comme une rocaille dispers�e quel arbre fonderas-tu qui les absorbe et les ordonne et de toi tire un homme? Quelle basilique vas-tu b�tir qui use de ces pierres?

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