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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Une fois arrivé à Clermont, Louis espère profiter tranquillement de ses espaces verdoyants tout en étant à l’affût d’un coup de téléphone ou d’une lettre de Jean Anouilh. Depuis qu’ils se connaissent et s’apprécient, dès le premier jour où Louis défendit Ornifle au théâtre, le comédien et l’auteur dramatique ne se sont pas perdus de vue. Louis et Jeanne lui ont souvent rendu visite à Paris et voici quelques mois déjà que Jean Anouilh a promis de lui écrire une pièce sur mesure. Mais l’auteur de Pauvre Bitos ne parvient pas à coucher sur le papier ce qu’il a en tête car, lui écrit-il[446], « sans doute parce que je vous aime trop, j’écrivais les répliques comme vous alliez les dire. Et finalement, ça me bloquait  ». Louis ne s’en formalise pas. Le comédien le mieux payé de France après Jean-Paul Belmondo[447] sait se montrer patient. Il a envie de prendre son temps et de jouir des plaisirs de la vie en savourant par exemple, dans la salle de projection qu’il a fait aménager, un bon vieux Charlie Chaplin. Pour autant, Louis n’en oublie pas ses préoccupations cinématographiques et le projet sur lequel il veut travailler pendant une dizaine de jours avec un jeune réalisateur qu’Alain Poiré lui a recommandé. Depuis quelque temps déjà, Louis a fait part au patron de la Gaumont de son envie de se placer sous la direction d’un metteur en scène issu d’une autre génération que la sienne. Poiré, qui a toujours en réserve les hommes de la situation, songe à Serge Korber, lequel vient de se faire remarquer avec Un idiot à Paris et La Petite Vertu, deux films défendus par la très sensuelle Dany Carrel. Non seulement Alain Poiré a un jeune réalisateur, mais encore un sujet tenant sur trois pages intitulé Papillons de Paris. Une intrigue écrite par le cinéaste Géza Radványi sans autre intérêt que de se passer dans un cabaret avec de jolies filles comme on peut en applaudir aux Folies-Bergère. D’abord sceptique sur cette maigre intrigue, Korber y voit l’intérêt de glisser de Funès dans une comédie musicale. Il va à sa rencontre alors qu’il tourne encore Hibernatus et immédiatement le courant passe entre le comédien et le réalisateur âgé de 33 ans. L’entente est d’autant plus aisée que Louis a vu et aimé son Idiot à Paris.

Après avoir sollicité dans un premier temps le concours de Marcel Jullian pour élaborer un début de scénario, c’est l’inévitable Jean Halain qui s’y colle, Jullian ayant rapidement renoncé, trop pris qu’il est par l’écriture du prochain film de Gérard Oury. Les Papillons de Paris deviennent Petits, petits pas puis L’Homme orchestre. Et cette fois, Louis ne sera ni un chef d’entreprise irascible ni un gendarme incontrôlable mais un chorégraphe à la mode. Un maître de ballet à mi-chemin entre Maurice Béjart et Roland Petit au caractère bien trempé régnant sur les danseuses de sa compagnie comme un père jaloux, leur interdisant de courtiser des hommes, d’évoquer ne serait-ce qu’une seconde la possibilité de se marier, ou encore de prendre du poids. Comme il ne peut en être autrement dans tout vaudeville qui se respecte, l’autorité de De Funès est mise à mal quand celui-ci découvre dans sa chambre un nourrisson, puis un deuxième… L’ensemble est saupoudré de courses-poursuites, de mensonges et tout naturellement d’une partie musicale confiée au compositeur François de Roubaix révélé par Robert Enrico, pour lequel il vient de signer les mélodies des Grandes Gueules et des Aventuriers.

À Clermont, Serge Korber est accueilli comme un hôte de marque. Louis et Jeanne sont aux petits soins, au point d’avoir engagé un cuisinier pour lui offrir, ainsi qu’à son épouse et à son fils, des mets délicieux. Dans cette ambiance chaleureuse, Korber et Louis parlent de ce film dont les extérieurs seront tournés à Nice puis à Rome, du rôle tenu par Olivier — celui d’un batteur[448] —, de celui de son assistante qu’il entend confier à Noëlle Adam de retour en France après son divorce d’avec le comédien Sydney Chaplin, de la nécessité de suivre les cours du professeur de danse René Goliard, de trouver encore une vedette féminine, etc. En fait, Louis et Serge Korber s’entretiennent davantage de jardinage, de pêche à la ligne ou de littérature américaine en allant boire un petit blanc au bistro du Cellier que de cet Homme orchestre dont le début du tournage est prévu pour le 29 novembre 1969 et dont la durée est fixée à onze semaines. Ils papotent comme deux bons copains, même s’ils se vouvoient. Toutefois, un après-midi Louis demande à Korber s’il a d’autres projets en tête. Et le jeune réalisateur de lui confier qu’il planche sur un scénario déjà proposé et accepté sur le principe par Yves Montand et Annie Girardot. Une histoire dramatique, voire tragique. Celle d’un couple dont la voiture, après une sortie de route, chute dans une falaise et se retrouve, par miracle, coincée dans un arbre au-dessus du vide. L’homme est un député menant campagne électorale et la femme, sa maîtresse. Inspiré d’un authentique fait divers, Korber a demandé au romancier Remo Forlani de concevoir un premier synopsis où l’univers du monde politique tient une place importe. Les partisans du député veulent le sortir de cette situation embarrassante et ses adversaires s’en servir pour le déstabiliser. Louis trouve cette histoire à son goût, il voit immédiatement le parti comique que l’on pourrait en tirer. À ses yeux, plus question de politique et encore moins de « maîtresse » de l’infortuné automobiliste. Il imagine plutôt la présence d’une auto-stoppeuse prise en charge sur son chemin. De ce fait, ce qui s’appelle provisoirement Accident pourrait lui offrir l’occasion de construire un savoureux huis clos. Serge Korber trouve lui aussi l’idée séduisante, d’autant que Louis a un ami producteur toujours prêt à financer un film dont il est la vedette. En quelques coups de téléphone, il n’a aucune peine à convaincre Raymond Danon, qui a produit Les Grandes Vacances, de se lancer dans l’entreprise. Tenu lui aussi au courant de cette affaire rondement menée, Remo Forlani refuse d’en être l’un des artisans. Qu’importe, Louis met le fidèle Jean Halain sur le coup. Les choses vont si vite qu’il est rapidement décidé que les prises de vues commenceront à la fin du mois de septembre 1970. Ainsi, l’agenda professionnel de Louis est rempli pour les douze mois à venir. Il commence par L’Homme orchestre, il poursuit avec un nouveau Gendarme dès le mois de mai à Saint-Tropez, il enchaîne avec Accident, puis il termine avec le prochain Gérard Oury. Un sacré planning, pour un homme qui assure vouloir se reposer et être un peu moins présent sur les écrans ! Une fois Korber et sa famille partis de Clermont, Louis s’accorde tout de même un mois de juillet et un mois d’août de repos, histoire, entre autres activités horticoles, de planter de nouveaux pieds de rosiers : « J’ai eu la chance, dit-il à Albert Boitel[449], de découvrir en Anjou l’homme qui ne se contente pas de créer des fleurs et des variétés de roses mais qui a su trouver les authentiques roses de base du XVe et du XVIe siècle.  »

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446

Extrait d’une lettre de Jean Anouilh à Louis de Funès cité par Patrick de Funès, op. cit., p. 226.

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447

D’après l’hebdomadaire Valeurs actuelles daté du 5 juin 1969, les vedettes de cinéma les mieux payées en France sont : Jean-Paul Belmondo (5 millions de francs lourds par film), Louis de Funès (3,5 millions), Alain Delon (3 millions) et Annie Girardot (2,5 millions). Un second rôle touche en moyenne 400 000 francs par film.

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448

« Autodidacte de la musique  » comme il se définit lui-même, Olivier de Funès vient de monter un petit orchestre de rock.

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449

Article paru dans Record daté du mois d’avril 1969.

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