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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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Un prélat de curie, qui l’a fréquenté, commente :

— López Trujillo était un ami de Jean-Paul II, il était protégé par le cardinal Sodano et par l’assistant personnel du pape, Stanisław Dziwisz. Il était aussi très bien vu par le cardinal Ratzinger qui l’a renommé à la présidence du Conseil pontifical pour la famille pour un nouveau mandat, dès son élection, en 2005. Pourtant, tout le monde savait qu’il était homosexuel. Il vivait avec nous, ici, au quatrième étage du Palazzo San Callisto, dans un appartement du Vatican de 900 mètres carrés et il avait plusieurs voitures ! Des Ferrari ! Il menait une vie hors normes. (Le splendide appartement de López Trujillo est occupé aujourd’hui par le cardinal africain Peter Turkson, qui y vit en agréable compagnie, au même étage que les cardinaux Poupard, Etchegaray et Stafford, auxquels j’ai rendu visite.)

Un autre bon connaisseur de l’Amérique latine, le journaliste José Manuel Vidal, qui dirige l’un des principaux sites sur le catholicisme, en espagnol, se souvient :

— López Trujillo venait ici, très souvent, en Espagne. Il était ami du cardinal de Madrid, Rouco Varela. À chaque fois, il arrivait avec l’un de ses amants ; je me souviens notamment d’un beau Polonais, puis d’un beau Philippin. Il était perçu ici comme le « pape de l’Amérique latine » : donc on le laissait faire.

Enfin, j’interroge franchement Federico Lombardi, qui fut le porte-parole de Jean-Paul II et de Benoît XVI, sur le cardinal de Medellín. Pris à brûle-pourpoint, sa réponse est instantanée, presque un réflexe : il lève les bras au ciel en signe de consternation et d’épouvante.

ON FÊTA POURTANT LE DIABLE. Lors de sa disparition inattendue, en avril 2008, des suites d’une « infection pulmonaire » (selon le communiqué officiel), le Vatican redoubla d’éloges. Le pape Benoît XVI et le cardinal Sodano, encore en fonction célébrèrent une grand messe pour honorer la mémoire de cette caricature de cardinal.

À sa mort, plusieurs rumeurs se mirent cependant à circuler. La première est qu’il serait mort des suites du sida ; la seconde, qu’il aurait été enterré à Rome faute de pouvoir l’être en Colombie.

— Lorsque López Trujillo est mort, on a choisi de l’enterrer ici à Rome car on ne pouvait pas l’enterrer en Colombie, me confirme le cardinal Lorenzo Baldisseri. Il ne pouvait pas rentrer dans son pays, même mort !

La raison ? Selon les témoignages que j’ai recueillis à Medellín, sa tête était mise à prix en raison de sa proximité avec les paramilitaires. Cela expliquerait qu’il ait fallu attendre 2017, soit près de dix ans après sa disparition, pour que le pape François ordonne le rapatriement du corps en Colombie. Le saint-père préfère-t-il, comme le suggère un prêtre qui a été impliqué dans ce rapatriement expéditif, qu’en cas de scandale sur sa double vie, les restes de López Trujillo ne soient plus à Rome ? En tout cas, j’ai pu voir la tombe du cardinal dans une vaste chapelle de l’aile ouest du transept de l’immense cathédrale de Medellín. Dans cette crypte, sous une pierre d’une blancheur immaculée, entourée de bougies allumées en permanence, le cardinal repose. Derrière la croix : le diable.

— Généralement, la chapelle funéraire est fermée par une grille. L’archevêque a trop peur du vandalisme. Il craint que la tombe soit saccagée par une famille des victimes de López Trujillo ou par un prostitué qui aurait la dent dure, me fait remarquer Alvaro Léon.

Pourtant, aussi bizarre que cela puisse être, je vois dans cette même cathédrale, située mystérieusement au cœur du quartier gay de Medellín, plusieurs hommes jeunes et moins jeunes en train de draguer. Ils s’affichent là, sans précaution, entre des paroissiens qui ont leur bible à la main et des touristes qui visitent la cathédrale. Je les vois se déplacer lentement dans leur belle quête, entre les bancs de l’église, ou être assis contre le mur est de la cathédrale – c’est comme si la rue gay traversait littéralement l’immense église. Et lorsque nous passons devant eux avec Alvaro Léon et Emmanuel Neisa, ils nous font des petits clins d’œil sympathiques – comme un dernier hommage à ce grand travesti à l’ancienne, cette grande folle de bénitier, cette diva du catholicisme finissant, ce satanique docteur et cet antéchrist : Son Éminence Alfonso López Trujillo.

RESTE, POUR FINIR, une dernière question à laquelle je ne suis pas en mesure de répondre et qui semble tarauder beaucoup de monde. López Trujillo qui pensait que tout s’achète, même les actes de violence, même les actes sadomasochistes, a-t-il acheté des pénétrations sans préservatif ?

— Officiellement, le décès de López Trujillo est lié au diabète mais de fortes et récurrentes rumeurs existent sur le fait qu’il serait mort du sida, me dit l’un des meilleurs spécialistes de l’Église catholique en Amérique latine.

Les anciens séminaristes Alvaro Léon et Morgain ont également entendu la rumeur et ils la considèrent comme probable. Le cardinal anti-préservatif est-il mort des suites de complications liées au sida pour lequel il aurait été traité depuis plusieurs années ? J’ai entendu fréquemment cette rumeur mais je ne peux ici le confirmer ni l’infirmer. Ce qui est sûr c’est que sa disparition en 2008 a lieu à un moment où la maladie est correctement traitée à Rome à la policlinique Gemelli, l’hôpital officieux du Vatican◦– surtout pour un cardinal disposant d’importants moyens financiers comme lui. La date de sa mort ne correspond donc pas à l’état de l’épidémie. Aurait-il été jusqu’au déni de sa propre maladie et aurait-il refusé de se faire traiter, ou trop tardivement ? C’est possible, mais assez peu probable. À ce stade, j’ai plutôt l’impression qu’il s’agit d’une fausse rumeur qui découle de la vraie vie déréglée du cardinal et rien, en tout cas, en l’état de mes informations, ne permet de dire que López Trujillo a été victime d’un fléau dont seul l’usage du préservatif aurait pu le protéger.

FÛT-IL MORT DE CETTE MALADIE, que la disparition du cardinal López Trujillo n’aurait rien eu d’exceptionnel au sein du catholicisme romain. Selon une dizaine de témoignages recueillis au Vatican et au sein de la Conférence épiscopale italienne, le sida a fait des ravages au saint-siège et dans l’épiscopat italien durant les années 1980 et 1990. Un secret longtemps tu.

Nombre de prêtres, de monsignori et de cardinaux sont décédés des suites du sida. Certains malades ont « avoué » leur contamination et leur sida en confession (comme me le confirme, sans citer les noms, l’un des confesseurs de Saint-Pierre). D’autres prêtres ont été diagnostiqués lors de la prise de sang annuelle, obligatoire pour les personnels du Vatican (mais cette obligation ne concerne pas les monsignori, les nonces, les évêques, ni les cardinaux) : ce contrôle inclut un test du sida ; selon mes informations, quelques prêtres auraient été écartés après avoir été diagnostiqués « positifs ».

La proportion significative de malades du sida au sein de la hiérarchie catholique est corroborée par une étude statistique réalisée aux États-Unis, à partir des certificats de décès de prêtres catholiques, laquelle concluait à un taux de mortalité lié au virus au moins quatre fois supérieur à celui de la population générale. Une autre étude, basée sur les examens anonymisés de soixante-cinq séminaristes romains, au début des années 1990, a montré que 38 % d’entre eux étaient séropositifs. Certes, la transfusion sanguine, la toxicomanie ou des relations hétérosexuelles peuvent expliquer le nombre élevé de cas dans ces deux études◦– mais, en réalité, personne n’est dupe.

Au Vatican, le silence et le déni prévalent. Francesco Lepore, l’ancien prêtre de curie, me fait le récit de la disparition des suites du sida d’un religieux membre de la Congrégation de la cause des saints. Ce proche du cardinal italien Giuseppe Siri serait mort « dans l’indifférence de ses supérieurs » et il fut « enterré en toute discrétion à l’aurore pour éviter le scandale ». Un cardinal de langue néerlandaise, proche de Jean-Paul II, est également décédé du même virus. Mais on n’a jamais vu, bien sûr, un seul faire-part de décès de cardinal ou d’évêque mentionnant comme cause le sida.

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