Sodoma: Enquête au cœur du Vatican
- Автор: Martel Frédéric
- Год: 2019
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-2-221-22208-9
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:
Pape François
Au-delà de cette vie débridée, de cette « drague en feu », les témoins racontent aussi la violence de López Trujillo qui abusait des séminaristes, de façon verbale et physique.
— Il les insultait, il les humiliait, ajoute Alvaro Léon.
Tous les témoins signalent que le cardinal ne vivait pas son homosexualité de manière apaisée, comme la plupart de ses confrères à Rome. C’était pour lui une perversion, enracinée dans le péché, qu’il exorcisait par la violence physique. Était-ce sa manière à lui, vicieuse, de se délivrer de tous ses « nœuds d’hystérie » ? L’archevêque avait aussi des prostitués à la chaîne : sa propension à payer pour les corps était notoirement connue à Medellín.
— López Trujillo battait les prostitués, c’était cela son rapport à la sexualité. Il les payait mais ils devaient accepter ses coups en retour. Cela se passait toujours à la fin, pas pendant l’acte physique. Il finissait ses relations sexuelles en les frappant par pur sadisme, assure encore Alvaro Léon.
À ce degré de perversion, la violence du désir a quelque chose d’étrange. Ces bourrées sexuelles, ce sadisme à l’égard des prostitués ne sont pas communs. López Trujillo n’a aucun égard pour les corps qu’il loue. Il a même la réputation de mal payer ses gigolos, négociant durement, le regard opaque, le prix le plus bas. S’il y a un personnage pathétique dans ce livre, c’est lui : López Trujillo.
Car les dérives de cette « âme louche » ne se sont pas arrêtées, bien sûr, aux frontières colombiennes. Le système s’est perpétué à Rome (où il draguait à Roma Termini, selon un témoin), et bientôt partout dans le monde où il a mené une brillante carrière d’orateur anti-gay et de micheton millionnaire.
Voyageant sans cesse pour le compte de la curie avec sa casquette de propagandiste en chef anti-préservatif, López Trujillo profite de ses déplacements au nom du saint-siège pour trouver des garçons (selon le témoignage d’au moins deux nonces). Le cardinal aurait visité plus de cent pays, avec plusieurs destinations favorites, en Asie, où il s’est rendu fréquemment après avoir découvert les charmes sexuels de Bangkok et de Manille en particulier. Au cours de ces voyages innombrables, de l’autre bout du monde, où il était moins connu qu’en Colombie ou en Italie, le cardinal péripathétique s’éclipsait régulièrement des séminaires et des messes pour vaquer à son commerce, ses « taxis boys » et ses « money boys ».
ROME VILLE OUVERTE, pourquoi n’as-tu rien dit ? Révélatrice, une fois encore, cette vie maquillée de pervers narcissique qui se fait passer pour un saint. Comme le monstre Marcial Maciel, López Trujillo aura falsifié son existence d’une manière inimaginable◦– ce que tout le monde ou presque savait au Vatican.
Évoquant le cas López Trujillo avec de nombreux cardinaux, je n’en ai jamais entendu aucun m’en faire un portrait idéal. Personne ne m’a dit, abasourdi par mes informations : « Je lui aurais donné le bon Dieu sans confession ! » Toutes les personnes que j’ai rencontrées ont préféré se taire, froncer les sourcils, faire des grimaces, lever les bras au ciel ou me répondre par mots codés.
Aujourd’hui, les langues se délient mais le « cover-up » sur ce cas clinique a bien fonctionné. Le cardinal Lorenzo Baldisseri, qui fut longtemps nonce en Amérique latine, avant de devenir l’un des hommes de confiance du pape François, a partagé avec moi ses informations lors de deux entretiens à Rome :
— J’ai connu López Trujillo lorsqu’il était vicaire général en Colombie. C’était quelqu’un de très controversé. Il avait une double personnalité.
Tout aussi prudent, le théologien Juan Carlos Scannone, l’un des plus proches amis du pape François, que j’interroge en Argentine, n’est pas étonné lorsque j’évoque la double vie de López Trujillo :
— C’était un intrigant. Le cardinal Bergoglio ne l’a jamais beaucoup aimé. Je pense même qu’il n’a jamais été en contact avec lui. (Selon mes informations, le futur pape François a rencontré López Trujillo au CELAM.)
De son côté, Claudio Maria Celli, un archevêque qui fut l’un des envoyés du pape François en Amérique latine, après avoir été l’un des responsables de la communication de Benoît XVI, a bien connu López Trujillo. Il me livre d’une formule, pesée au trébuchet, son jugement, lors d’un entretien à Rome :
— López Trujillo n’était pas un saint de ma dévotion.
Les nonces aussi savaient. Leur métier ne consiste-t-il pas à éviter qu’un prêtre gay finisse évêque, ou qu’un évêque qui aime les prostitués soit créé cardinal ? Or les nonces qui se sont succédé à Bogotá depuis 1975, notamment Eduardo Martínez Somalo, Angelo Acerbi, Paolo Romeo, Beniamino Stella, Aldo Cavalli ou Ettore Balestrero, tous proches d’Angelo Sodano, pouvaient-ils ignorer cette double vie ?
Quant au cardinal colombien Darío Castrillón Hoyos, préfet de la Congrégation du clergé, il partageait trop de secrets avec López Trujillo, et sans doute ses mœurs, pour parler ! Il fut de ceux qui l’ont constamment aidé, alors qu’il était parfaitement informé de ses libations et de ses dévergondages. Enfin, un cardinal italien fut également déterminant dans la protection romaine de López Trujillo : Sebastiano Baggio. Cet ancien aumônier national des scouts italiens est un spécialiste de l’Amérique latine : il a travaillé dans les nonciatures du Salvador, de Bolivie, du Venezuela et de Colombie. En 1964, il est nommé nonce au Brésil, juste après le coup d’État : il s’y montre plus que compréhensif avec les militaires et la dictature (selon les témoignages que j’ai recueillis à Brasilia, Rio et São Paulo ; en revanche, le cardinal-archevêque de São Paulo, Odilo Scherer, que j’interroge à ce sujet se souvient d’un « grand nonce qui a fait beaucoup pour le Brésil »). À son retour à Rome, l’esthète collectionneur d’art Sebastiano Baggio est créé cardinal par Paul VI et promu à la tête de la Congrégation pour les évêques et de la Commission pontificale pour l’Amérique latine. Postes auxquels il est renouvelé par Jean-Paul II qui en fait l’un de ses émissaires pour le sous-continent américain. L’historien David Yallop décrit Baggio comme un « réactionnaire » de « droite ultraconservatrice » : ce proche de l’Opus dei supervise d’ailleurs le CELAM depuis Rome, et en particulier la bataille de la conférence de Puebla en 1979, où il se rend avec le pape. Aux côtés de López Trujillo, les témoins le décrivent qui ferraille contre la gauche de l’Église et se montre « viscéralement » et « violemment » anticommuniste. Nommé « camerlingue » par Jean-Paul II, Baggio continuera à exercer un pouvoir exorbitant au Vatican et à protéger son « grand ami » López Trujillo, en dépit des rumeurs innombrables sur sa double vie. Il aurait été lui-même très « pratiquant ». Selon plus de dix témoignages recueillis au Brésil et à Rome, Baggio était connu pour ses amitiés particulières latinos et pour être très entreprenant avec les séminaristes qu’il aimait recevoir en shorty ou en jockstrap !
— Les extravagances de López Trujillo étaient beaucoup mieux connues qu’on ne le croit. Tout le monde était au courant. Alors pourquoi a-t-il été consacré évêque ? Pourquoi a-t-il été mis à la tête du CELAM ? Pourquoi a-t-il été créé cardinal ? Pourquoi a-t-il été nommé président du Conseil pontifical pour la famille ? se demande Alvaro Léon.