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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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— López Trujillo était contre le marxisme et la théologie de la libération, c’était ça qui l’animait, me confirme le cardinal Giovanni Battista Re, ancien « ministre » de l’Intérieur de Jean-Paul II, lors d’un de nos entretiens dans son appartement du Vatican.

L’archevêque Vincenzo Paglia, qui lui a succédé comme président du Conseil pontifical pour la famille, est plus réservé. Sa ligne rigide sur la famille ne serait plus en vogue dans le pontificat de François, me laisse entendre, à mots comptés, Paglia lors d’un entretien au Vatican :

— La dialectique entre le progressisme et le conservatisme sur les questions de société n’est plus le sujet aujourd’hui. Nous devons être radicalement missionnaires. Je crois que nous ne devons plus être autoréférentiels. Parler de la famille ne signifie pas fixer des règles ; au contraire, ça signifie aider les familles. (Durant cet entretien, Paglia, dont la fibre artistique a souvent été moquée, me fait voir son installation représentant Mère Teresa en version pop art : la sainte de Calcutta est en plastique bleu bandé, en latex peut-être, et Paglia la branche. Mère Teresa s’allume tout à coup et, d’un bleu lapis-lazuli flashy, se met à clignoter…)

Selon plusieurs sources, l’influence de López Trujillo à Rome viendrait également de sa fortune. Il aurait littéralement « arrosé » nombre de cardinaux et de prélats, sur le modèle du Mexicain Marcial Maciel.

— López Trujillo était un homme de réseaux et d’argent. Il était violent, colérique, dur. Il est l’un de ceux qui ont « fait » Benoît XVI, pour l’élection duquel il s’est dépensé sans compter, avec une campagne très bien organisée et très bien financée, confirme le vaticaniste Robert Carl Mickens.

CETTE HISTOIRE ne serait pas complète sans son « happy end ». Et pour en faire le récit maintenant, véritable apothéose, je reviens à Medellín : précisément dans le quartier de l’archevêché où Alvaro Léon, l’ancien maître de cérémonie de López Trujillo, nous conduit, avec Emmanuel Neisa, dans les ruelles qui entourent la cathédrale. On appelle ce district central de Medellín : Villa Nueva.

Étrange quartier au demeurant où, entre le Parque Bolivar et la Carrera 50, à hauteur des rues appelées Calle 55, 56, et 57, se succèdent, littéralement accouplées, des dizaines de boutiques religieuses, où l’on vend des articles catholiques ou des habits sacerdotaux, et les bars gays affichant en devanture leurs transsexuels colorés à talons aiguilles. Les deux mondes, céleste et païen, les crucifix en toc et les saunas cheap, les prêtres et les prostitués, s’entremêlent dans cette bonne humeur un peu festive si typique de la Colombie. Une transsexuelle qui ressemble à une sculpture de Fernando Botero m’accoste, sacrément entreprenante. Autour d’elle les prostitués masculins et les travestis que je vois sont plus fragiles, plus frêles, loin des images folkloriques, felliniennes et arty ; ce sont des symboles de la misère et de l’exploitation.

À quelques pas, nous visitons le ¡ Medellín Diversa Como Vos ! un centre LGBT fondé notamment par des prêtres et des séminaristes. Gloria Londoño, l’une des responsables, nous reçoit :

— Nous sommes dans un endroit stratégique car toute la vie gay de Medellín s’organise ici autour de la cathédrale. Les prostitués, les transsexuels, les travestis sont des populations très vulnérables et on les aide en les informant sur leurs droits. On distribue aussi des préservatifs, m’explique Londoño.

En quittant le centre, nous croisons sur la Calle 57 un prêtre accompagné de son boyfriend et Alvaro Léon, qui les a reconnus, me les signale discrètement. Nous continuons notre visite du quartier catholique-gay quand, soudain, nous nous arrêtons devant un bel immeuble de la rue Bolivia, également appelée Calle 55. Alvaro Léon pointe du doigt un étage et un appartement :

— C’est là que tout se passait. López Trujillo y avait un appartement secret où il amenait les séminaristes, les jeunes hommes et les prostitués.

L’homosexualité du cardinal Alfonso López Trujillo est un secret de polichinelle dont des dizaines de témoins m’ont parlé et que plusieurs cardinaux m’ont eux-mêmes confirmé. Son « pan-sexualisme », pour reprendre le mot d’une des entrées de son dictionnaire, est réputé à Medellín, à Bogotá, à Madrid comme à Rome.

L’homme était un expert du grand écart entre la théorie et la pratique, entre l’esprit et le corps, un maître absolu dans l’hypocrisie◦– un fait notoire en Colombie. Un proche du cardinal, Gustavo Àlvarez Gardeazábal, est même allé jusqu’à écrire un roman à clé, La Misa ha terminado, dans lequel il a dénoncé la double vie de López Trujillo qui en est, sous pseudonyme, le personnage principal. Quant aux nombreux militants gays que j’ai interrogés à Bogotá lors de mes quatre voyages en Colombie◦– en particulier ceux de l’association Colombia Diversa qui compte plusieurs avocats –, ils ont accumulé de nombreux témoignages qu’ils ont partagés avec moi.

L’universitaire vénézuélien Rafael Luciani m’indique que l’homosexualité maladive d’Alfonso López Trujillo est désormais « bien connue des instances ecclésiastiques latino-américaines et de certains responsables du CELAM ». Un livre serait d’ailleurs en préparation sur la double vie et la violence sexuelle du cardinal López Trujillo, cosigné par plusieurs prêtres. Quant au séminariste Morgain, qui a été l’un des assistants de López Trujillo, il m’indique, à son tour, le nom de plusieurs de ses rabatteurs et amants, obligés pour beaucoup d’assouvir les désirs de l’archevêque pour ne pas saborder leur carrière.

— Au départ, je ne comprenais pas ce qu’il voulait, me raconte Morgain, durant notre dîner à Bogotá. J’étais innocent et ses techniques de drague m’échappaient complètement. Et puis, peu à peu, j’ai compris son système. Il sortait dans les paroisses, dans les séminaires, dans les communautés religieuses pour repérer des garçons qu’il entreprenait ensuite, de façon très violente. Il pensait qu’il était désirable ! Il forçait les séminaristes à céder à ses avances. Sa spécialité, c’étaient les novices. Les plus fragiles, les plus jeunes, les plus vulnérables. Mais, en fait, il couchait avec tout le monde. Il avait aussi beaucoup de prostitués.

Morgain me laisse entendre qu’il a été « bloqué » pour son ordination par López Trujillo parce qu’il n’avait pas accepté de coucher avec lui.

López Trujillo était l’un de ces hommes qui recherchent le pouvoir pour avoir du sexe et le sexe pour avoir du pouvoir. Alvaro Léon, son ancien maître de cérémonie, a lui-même mis du temps à comprendre ce qui se passait :

— Des prêtres me disaient, l’air entendu : « Tu es le type de garçon que l’archevêque aime bien », mais je ne comprenais pas ce qu’ils insinuaient. López Trujillo expliquait aux jeunes séminaristes qu’ils devaient lui être totalement soumis et aux prêtres qu’ils devaient être soumis aux évêques. Qu’on devait se raser de près, s’habiller de manière parfaite pour lui « faire plaisir ». Il y avait plein de sous-entendus que je ne comprenais pas au début. J’étais chargé de ses déplacements et il me demandait souvent de l’accompagner dans ses sorties ; il m’utilisait en quelque sorte, pour entrer en contact avec d’autres séminaristes. Ses cibles, c’étaient les jeunes, les Blancs aux yeux clairs, les blonds en particulier ; pas les « Latinos » trop indigènes, de type mexicain par exemple◦– et surtout pas les Noirs ! Il détestait les Noirs.

Le système López Trujillo était bien rodé. Alvaro Léon poursuit :

— La plupart du temps, l’archevêque avait des « rabatteurs » comme M., R., L. et même un évêque surnommé « la gallina », des prêtres qui lui trouvaient les garçons, les draguaient pour lui dans la rue, et les lui amenaient dans cet appartement secret. Ce n’était pas occasionnel, mais une véritable organisation. (Je dispose de l’identité et de la fonction de ces prêtres « rabatteurs », confirmées par au moins une autre source. Mon researcher colombien, Emmanuel Neisa, a enquêté sur chacun d’eux.)

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