Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Robert avait tiqué en entendant Bohémond de Tarente interpeller aussi familièrement le beau-frère de son principal allié. Il avait d’ailleurs failli le rappeler à l’ordre puis s’était ravisé. Le comte de Tarente n’était pas un adversaire à traiter à la légère et le moment d’un affrontement direct n’était pas encore venu.
Que Villeneuve-Cassaignes se débrouille ! pensa-t-il. De toute façon, il ne fera pas de vieux os dans les cercles supérieurs.
« L’offensive générale ? intervint un seigneur en bout de table dont Robert ne connaissait même pas le nom. Je suppose que vous voulez dire l’éradication des Atamides ?
— C’est exactement ce que je veux dire, en effet, répondit Villeneuve-Cassaignes. Il est grand temps de débarrasser cette planète des nuisibles qui y grouillent pour la donner toute entière aux humains.
— Voilà un objectif ambitieux auquel je souscris bien évidemment, reprit son interlocuteur. Néanmoins, nos effectifs me semblent sous-dimensionnés pour un tel projet. L’armée croisée n’a pas été taillée pour s’occuper d’une planète entière ! »
La plupart des seigneurs présents opinèrent du chef pour marquer leur approbation. Raymond de St. Gilles s’empressa de prendre la parole afin d’éviter que son beau-frère ne continue d’irriter tout le monde avec ses tournures pompeuses et alambiquées :
« Notre armée possède largement les dimensions requises pour cette tâche. Les Atas sont loin d’avoir colonisé la planète entière – tout au plus la bande équatoriale et subtropicale – et nous en avons déjà tué un grand nombre. À tel point d’ailleurs que l’élimination des cadavres commence à nous poser de sérieux problèmes. Quoi qu’il en soit, il n’a jamais été question de les abattre un par un ! Il nous suffit de déblayer le terrain avec des bombes à impulsion horizontale. Cela ne rentre peut-être pas tout à fait dans le cadre du Code d’Honneur militaire, mais ça va plus vite ! »
Une fois encore, l’assemblée manifesta son accord à cette remarque de bon sens. Les seigneurs n’étaient pas disposés à laisser gaspiller leurs précieux contingents si on pouvait l’éviter, quitte à utiliser des armes aussi répugnantes que des bombes à impulsion horizontale.
Devant cette réaction, Godefroy de Bouillon glissa un regard furieux à Bohémond de Tarente auquel le vieux Normand répondit par un imperceptible mouvement de la tête. Il l’invitait à se contenir.
Robert de Montgomery remarqua l’échange silencieux entre les deux hommes. Il ne put résister à la tentation d’une pique.
« Allons, Monsieur le duc de Basse-Lotharingie, ne faites pas cette mine ! s’exclama-t-il, sardonique. Que se passe-t-il ? Tuer des Atamides vous pose-t-il un problème ? »
Godefroy tourna lentement la tête vers le Préteur. Pendant quelques secondes, il sembla lutter intérieurement entre le désir d’affronter Robert, comme il l’avait déjà fait lors d’un des premiers Conseils Croisé, et la nécessité de garder son sang-froid face à un ennemi qui avait désormais plus de cartes en main. Finalement, les mâchoires toujours serrées, il détourna le regard sans dire un mot. Pressée de dissiper le malaise, l’assemblée des seigneurs reprit aussitôt les débats.
Ces derniers temps, Robert se délectait de voir ses principaux adversaires réduits au silence grâce à sa prise de contrôle de l’armée croisée. Toutefois, concernant ce maudit Godefroy de Bouillon, ce n’était pas suffisant. Il voulait l’abattre. Cet homme représentait tout ce qu’il exécrait dans la haute noblesse, tout ce qu’il n’avait jamais réussi à devenir, et sa satisfaction ne serait totale que lorsqu’il serait parvenu à le mettre définitivement hors-jeu.
Or, à sa grande frustration, le duc normand ne parvenait pas à trouver de réel point faible dans la carapace du duc flamand. Il n’y avait rien de honteux dans son passé, rien qui permette de l’incriminer publiquement – et ce n’était pas faute d’avoir cherché. De plus, personne n’acceptait de le mouiller devant un tribunal avec un faux témoignage. Pas même cette cruche d’Amazone italienne qui, en dépit de toutes les raisons qu’elle avait d’en vouloir aux modérés, avait finalement refusé la proposition qui lui avait été faite.
Celle-là, elle n’est pas près d’avoir de l’avancement, maugréa-t-il intérieurement.
Robert de Montgomery savait que s’il voulait asseoir définitivement sa nouvelle position dominante, il devait frapper plus fort. Devenir Prætor peregrini était indispensable, mais pas suffisant. Même si sa promotion avait entraîné la chute de Pierre l’Ermite, Godefroy de Bouillon et Bohémond de Tarente ne tomberaient pas aussi facilement. Ils n’étaient que muselés. Et encore, temporairement. La situation pouvait se retourner au moindre faux pas. Il fallait faire avec eux ce qui avait si bien réussi avec Tancrède. Celui-là ne poserait plus jamais de problème. À cette pensée, Robert ne put retenir un sourire de pur plaisir.
Autour de la table, le débat continuait à propos de l’opportunité de commencer l’attaque massive de la planète. Soudain, Robert en eut assez. Tous ces ergotages lui parurent tout à coup mesquins et indignes de sa personne.
« J’en ai assez entendu ! » lança-t-il brusquement d’une voix sonore, qui réduisit l’assemblée au silence. « Monsieur le marquis de Villeneuve-Cassaignes a parfaitement raison lorsqu’il dit que nos troupes ne sont pas venues ici pour surveiller des villes conquises, mais pour se battre ! Ainsi, étant donné que les avis divergent sur cette question, il est du devoir du Préteur de trancher. Nous commencerons donc une campagne de bombardements avec notre flotte d’intercepteurs dès la semaine prochaine. Il est grand temps d’en finir avec ces cafards ! »
Les plus ultras des seigneurs présents autour de la table durent se retenir pour ne pas applaudir. Les autres se contentèrent de hocher la tête en prenant acte de la décision de l’autorité suprême de l’armée croisée. Seul le commandant en chef des forces aériennes, un homme jeune au visage sérieux, impeccablement rasé et les cheveux coiffés sur le côté avec soin, se hasarda à répondre.
« Si le Préteur me permet d’avancer un dernier argument, euh… s’opposant à cette idée… », commença-t-il sur un ton prudent.
L’air excédé, Robert de Montgomery fit néanmoins un geste courtois de la main pour l’inviter à poursuivre.
« Nous vous écoutons, Commandant… ?
— Commandant Feinberg, Monseigneur. Peut-être est-il prématuré de commencer les bombardements si tôt. Les Atamides qui ont fui la cité principale sont dispersés sur des milliers de kilomètres carrés et, malgré nos quatre-vingts escadres d’intercepteurs, jamais nous ne pourrons tous les atteindre. Il en résultera un énorme gâchis de bombes et de piles alvéolaires.
— Donc, lâcha Robert, irrité, nous restons les bras ballants à attendre que les fuyards se dispersent davantage, c’est cela ?
— Il est probable, au contraire, qu’ils vont finir par se regrouper dans les grandes cités les plus proches, répondit le commandant sans se démonter. Comme celle-ci (il montra un point rouge cerclé de vert sur la carte affichée à la surface de la table) qui se trouve à neuf cent cinquante kilomètres au nord-ouest, au-delà des montagnes, ou encore celle-là à mille cent…
— Abrégez, abrégez, coupa Robert, agacé au plus haut point.
— Oui, pardon. Je suggère respectueusement d’attendre quelques semaines que les tribus se soient regroupées. Ainsi, nous améliorerons grandement l’efficacité des bombardements. »