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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Peut-être l’avait-elle été.

Peut-être ne valait-elle pas mieux, alors.

Peut-être n’était-ce plus d’actualité.

Il faudrait qu’elle s’explique avec Matt, à propos du vote.

Pour l’instant, elle regardait le colonel Tyler endosser officiellement son rôle de président. Il sourit, remercia Matt pour tout ce qu’il avait fait, remercia tous les membres du comité de la confiance qu’ils avaient placée en lui. Il promit de s’acquitter de ses nouvelles fonctions avec tout le sérieux nécessaire afin de se montrer à la hauteur de la situation.

Il jeta ensuite un coup d’œil à sa montre.

— Il est tard et je suppose que nous souhaitons tous aller dormir avant de nous remettre en route demain matin. Nous n’allons donc pas prolonger inutilement cette séance. Juste un détail ou deux… J’ai cru comprendre que certains d’entre vous trouvaient ces réunions hebdomadaires fastidieuses. Dans la mesure où nous nous voyons tous les jours, il n’est peut-être pas indispensable de nous réunir aussi souvent quand aucune raison précise ne nous y oblige. Je pense que nous pourrons adopter le rythme d’une réunion par mois, sauf affaire pressante. Y a-t-il des objections ?

Personne ne pipa, bien que Matt parût fortement contrarié.

— Très bien, dit Tyler. Autre chose… Ce soir, une sentinelle assurera notre sécurité, et je suis d’avis de faire en sorte que cette surveillance devienne régulière. Joseph et Tim se sont portés volontaires pour assurer ce rôle en alternance. En ce qui me concerne, ils peuvent être nos sentinelles attitrées, du moins jusqu’à ce qu’ils choisissent d’eux-mêmes de se faire remplacer. À moins aussi que quelqu’un n’y voie une objection.

— Quand vous parlez de sentinelles, elles sont armées ? demanda Kindle.

— De revolvers, oui, confirma Tyler.

— Est-ce vraiment nécessaire, colonel ? s’enquit Abby.

Tyler eut un sourire très doux.

— J’espère que cela s’avérera superflu, madame Cushman. Mais il serait stupide de prendre des risques inutiles. On peut toujours envisager l’agression d’un animal sauvage, sinon d’autre chose. Et il n’est pas question de laisser un homme passer la nuit dehors sans moyens de défense.

— Ben voyons, dit Kindle entre ses dents.

D’autres propositions du même cru suivirent ; aucune ne fut soumise au vote. Le colonel se contentait de s’arrêter pour laisser librement s’exprimer les objections – qui ne venaient jamais. Très efficace, songea Beth.

On évoqua la radio : Makepeace et Joey auraient désormais le monopole des communications. Quant aux contacts avec les Serveurs – il y en avait dans chacun de ces petits hameaux perdus dans les campagnes –, ils s’effectueraient strictement par l’entremise d’un représentant du comité : Tim Belanger.

— Les rapports avec ces Serveurs devraient être à mon avis réduits au minimum. C’est aux Voyageurs, ne l’oublions pas, que nous devons notre situation actuelle, et je me demande dans quelle mesure il est intelligent de placer notre confiance dans leurs émissaires, encore que je suis le premier à reconnaître qu’ils nous ont été utiles de temps à autre.

Cette motion-là, au contraire des autres, fut soumise au vote. Les mains se levèrent sans hésiter.

Kindle, au dernier rang, émit un sifflement admiratif.

— Beau travail, colonel. Vous ne perdez pas de temps.

Tyler eut du mal à cacher son agacement.

— Vous pouvez formuler votre réprobation à tout propos et à tout moment, monsieur Kindle. C’est à cela que servent ces réunions. Pour ce soir, cependant, la séance est close.

Matt était allé chercher quelques livres à l’intention de Beth dans une bibliothèque – un manuel de premiers soins de la Croix-Rouge avec un chapitre réservé aux blessures dont il avait rectifié dans la marge les explications obsolètes. Il souhaitait que, en l’espace de deux semaines, elle soit capable de manier une seringue et d’administrer quelques antibiotiques majeurs. Hormis les troubles cardiaques de Jacopetti et les douleurs rhumatismales de Miriam, blessures et dérangements alimentaires constitueraient les problèmes auxquels ils risquaient de se heurter le plus souvent. Il avait prévu un cours pour elle, ce soir.

Mais la réunion s’était terminée tard… Il n’était pas certain qu’elle vienne.

Ou qu’elle ait même envie de venir. Il faisait froid, dans son camping-car. Beaucoup dormaient dans les maisons, cette nuit. Kindle avait averti tout le monde des dangers inhérents à l’emploi abusif des vieux chauffages à gaz. D’ailleurs, depuis qu’ils avaient traversé Twin Falls, ils ne fonctionnaient plus. Sans raison apparente. Les Voyageurs, en revanche, continuaient scrupuleusement à maintenir l’électricité en état de marche. Kindle, au cours du voyage, avait récupéré des radiateurs électriques sophistiqués qu’il branchait dans une pièce, le soir, afin que les gens puissent dormir au chaud. Ainsi, pas de danger, et les vieux os arthritiques de Miriam ne souffraient pas du froid.

Mais Matt préférait son camping-car. Mi-salon personnel, mi-cabinet de consultation, il lui permettait de se raccrocher à certaines habitudes dans un monde qui avait totalement bouleversé sa routine quotidienne.

Il prit un autre livre de bibliothèque, un roman policier de Chandler dont la trame, située dans un environnement urbain, semblait si loin de la réalité présente qu’elle aurait aussi bien pu appartenir à une série de science-fiction. Il alluma une petite lampe à pétrole et s’installa sur son canapé deux places.

Le vent balançait souplement le véhicule sur ses amortisseurs. Matt avait du mal à se concentrer. Ses pensées revenaient sans cesse à Tyler, à l’élection, au garçon qui avait rejoint leur groupe dans l’après-midi…

Il bâillait quand Beth frappa à sa porte.

Elle entra sans attendre d’y être invitée. Matt regarda sa montre.

— Beth, il est tard…

— Je sais. Tout le monde dort.

Elle hésita.

— Je suis venue m’expliquer.

À propos de l’élection, c’était évident. Elle venait s’expliquer, remarqua Matt. Et non pas s’excuser.

— Ce n’est pas grave, dit-il.

— Si. Ça l’est. Je ne veux pas qu’il y ait le moindre malentendu entre nous. Matt, ce n’est pas du tout que je n’aie pas confiance en vous ou que vous ayez fait du mauvais boulot. Tout le monde est d’accord : vous vous en êtes toujours très bien sorti. Mais à vous voir là, tout à l’heure, j’ai eu l’impression que… vous aviez l’air tellement épuisé…

Épuisé ? L’était-il vraiment ?

Sans doute plus qu’il ne lui plaisait de l’admettre.

— Ça n’aurait peut-être pas été un service à vous rendre.

— Tu as fait ce que tu as cru bon, sur le moment, Beth. C’est ce qu’on te demandait, à toi comme aux autres.

— Et puis j’avais comme l’impression que vous n’aviez plus envie de continuer.

— Tu as vu juste.

— Mais vous ne vouliez pas que ce soit le colonel Tyler qui vous remplace.

— Pour être honnête… non.

— Il n’a pourtant pas l’air d’un si mauvais homme.

— Beth, son arrivée à la présidence du comité ressemble à un coup d’État en règle. Dix minutes de Tyler au pouvoir, et qu’est-ce qu’on a ? Une sentinelle armée. Accès à la radio restreint. Rapports avec les Serveurs limités.

Beth se tortilla sur sa chaise, mal à l’aise.

— À vous entendre, la situation est plutôt sinistre.

— Elle l’est.

— Il est seulement habitué à faire les choses militairement.

Le colonel Tyler avait lui-même confié qu’il avait quitté l’armée depuis pratiquement quinze ans. On ne pouvait donc pas attribuer son succès de ce soir au prestige que lui eût conféré le grade élevé d’un militaire en exercice. Non, son élection relevait d’un plan soigneusement orchestré, appuyé par deux partisans mécontents : Paul Jacopetti et Joey Commoner.

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