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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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— C’est dur. (Gros soupir.) Ça a été dur. Cette fois-là… Je ne sais pas. C’était dur. Rien n’a plus jamais été pareil, après.

Un long silence.

— Vous ne l’avez jamais revue ?

— Eh bien, si, en fait. Nous sommes tombés l’un sur l’autre, et après ça, nous sommes restés en contact. Un peu. Je la vois de loin en loin. C’est toujours pareil. Elle est formidable. Vraiment. Elle a même guidé des randonnées dans les canyons, pendant un moment. Je comprends aujourd’hui encore, après tout ce temps, qu’elle m’ait inspiré des sentiments aussi forts. Et elle éprouve un peu la même chose, on dirait. L’ennui…

— Oui ?

— Eh bien, l’un de nous deux a toujours quelqu’un ! ça ne rate jamais. Elle s’est retrouvée seule quand j’avais quelqu’un, et vice versa. C’est toujours comme ça, conclut-il en secouant la tête.

— Je connais le problème.

— Ah ouais ?

— Ouais. Oh, c’était il y a longtemps. Une histoire un peu pareille, sauf que…

— Quelqu’un que vous avez rencontré ?

— Quelqu’un avec qui j’ai plus ou moins grandi. À Zygote. Vous connaissez Jackie Boone ?

— Pas vraiment.

— Eh bien, quand elle était gamine, elle pensait que j’étais… bref, que j’étais l’homme de sa vie. Enfin, poursuivit-il avec un haussement d’épaules, elle était toute gosse, à l’époque. Et puis, des années après, je suis tombé sur elle alors que j’étais… Enfin, j’étais seul depuis un bon bout de temps.

Profond hochement de tête.

— Et elle… Elle avait grandi. Elle avait vécu à Sabishii et à Dorsa Brevia. Elle était devenue quelqu’un d’important. Une puissance. Mais elle s’intéressait encore à moi. Finalement, j’étais disponible, vous comprenez, et on s’est mis ensemble ; C’était incroyable. J’étais… j’étais amoureux, c’est sûr. Mais le truc, c’est que je ne l’intéressais plus vraiment. Plus de la même façon. C’était juste une façon de régler une vieille affaire. Comme d’escalader une falaise rien que pour se prouver qu’on peut le faire, mais on ne retrouve pas l’impression que ça faisait quand on en était incapable.

— C’est souvent comme ça.

— Tout le temps. Enfin, je m’en suis remis. Elle est devenue, je ne sais pas, un peu bizarre, ces temps-ci, de toute façon. Mais je pense que si nous avions vécu au même endroit, vous voyez ce que je veux dire ? Dans le même état d’esprit, au même moment…

— C’est sûr. C’est exactement la même chose avec Eileen et moi. On aurait pu…

— Ouais.

Le silence lourd, pâteux, de ce qui aurait pu être.

— Les occasions manquées.

— Exactement. Les coups du hasard.

— Il y a des coups qui forgent le caractère.

— Ça, c’est sûr. Mais le destin, c’est le destin. C’est ce qui vous emmène et vous entraîne. Les rencontres de hasard, ce qui se passe, ce qu’on éprouve, quoi qu’on puisse penser. Et ça affecte tout. Tout ! La moindre chose. Les gens parlent politique, même quand ils écrivent des livres d’histoire, ils parlent encore politique, et de politique ; les raisons pour lesquelles les gens font telle ou telle chose… mais c’est toujours l’aspect personnel qui compte.

— Sauf qu’il n’en est jamais question dans les livres. Ils ne peuvent pas en parler. La petite lumière dans les yeux de l’autre.

— Exactement. La façon dont on se laisse captiver…

— Dont on se laisse entraîner.

— Comme par l’amour. Quoi que ça puisse vouloir dire.

— Ça, c’est sûr. Aimer, être aimé…

— Ou pas.

— Exact : ou pas ! Et tout change.

— Tout.

— Et personne ne sait pourquoi. Et par la suite, n’importe qui, n’importe où, quelqu’un d’extérieur se penche sur votre histoire et dit : « Cette histoire n’a pas de sens. »

— S’ils savaient…

— Alors, ça aurait un sens.

— Oh oui. Un sens très clair.

— Une histoire de cœur, chaque fois.

— Une histoire d’émotions. Si on pouvait le faire.

— Ce serait une histoire de cœur.

— Oui.

— Oui.

— Oui.

— Autant dire que… quand on essaie de décider quoi faire, et où, et quand, vous voyez ce que je veux dire…

— Oui.

Un autre long silence pensif. Les musiciens revinrent pour une seconde session, et les deux hommes les regardèrent jouer, perdus dans leurs pensées. Pour finir, ils allèrent aux toilettes, puis ils revinrent et se promenèrent dans la foule grouillante, se perdirent et ne se retrouvèrent pas. L’orchestre finit sa seconde session, il y en eut une troisième, et le soleil était sur le point de se lever quand la foule se dispersa enfin, emportant les deux hommes. L’un d’eux partit déterminé à agir. Et l’autre non.

Coyote se souvient

Je l’avais suivie partout, et puis elle a disparu. Vous n’imaginez pas ce que ça peut faire. La perte. Enfin, peut-être que vous le savez. Tout le monde le sait, bien sûr. Qui n’a jamais perdu un être cher ? C’est inévitable. Alors vous comprenez ce que j’ai pu éprouver.

Après, ce sont vos amis qui vous sauvent. Maya. Par la suite, nous n’avons pas pu coucher ensemble parce qu’elle était avec Michel, mais ce n’était pas comme ça avec elle, de toute façon, sauf une seule fois. C’est un peu une sœur, ou encore mieux que ça : une ancienne maîtresse et une amie, qui est pour vous quoi qu’il arrive, qui est là même quand elle n’y est pas. C’est comme ces hallucinations qu’ont les alpinistes en montant très très haut : ils croient voir des amis qui ne sont pas là, qui leur tiennent compagnie dans le jet stream, la zone de mort. Maya, c’est mon frère.

Et Nirgal. Ça me fait vraiment drôle, quand je le regarde, de me dire qu’en lui, dans son matériau génétique, il y a une moitié de moi et une moitié d’Hiroko. Je ne comprends même pas comment c’est possible. Ni pourquoi ça expliquerait quoi que ce soit. Qui sait comment ça marche, de toute façon ? Allez savoir si les gènes ne sont pas le signal aléatoire de quelque chose de plus profond, d’une résonance morphique formelle, ou s’ils n’impliquent pas un ordre… Enfin, on ne peut rien dire, on ne devrait probablement même pas utiliser ces mots-là, parce que ça se passe à un autre niveau, la cause réelle est en dessous, inexpliquée. Sax s’interrogeait toujours sur la part d’inexplicable. Mais nous sommes des esquisses de tourbillons de poussière dans l’inexplicable. Emportés par un vent inconnaissable. Nous nous sommes rentrés dedans, Hiroko et moi, comme deux tourbillons de poussière poussés l’un vers l’autre – ça arrive –, et il en est résulté un autre tourbillon de poussière : Nirgal, cet enfant d’or. C’est un tel plaisir pour moi de le regarder voler à travers la vie, voler toujours plus haut, haut les cœurs ! toujours en mouvement, curieux de tout, en harmonie avec tout. Veinard.

Enfin, ça, c’était quand il était jeune, avant la révolution. Après, les choses ont changé. Peut-être que ce n’était pas si simple ; il cherchait toujours quelque chose. Hiroko… elle fait comme un grand trou dans notre vie à tous. Celle qui est partie. Et puis Jackie ne nous a pas aidés. Ne tournons pas autour du pot, cette femme était une garce. C’est pour ça qu’elle me plaisait, d’ailleurs. Elle était dure, elle savait ce qu’elle voulait. Pour ça, ils se ressemblaient beaucoup, Nirgal et elle. Ça aurait dû marcher. Mais ça n’a pas marché, et ce pauvre garçon s’est mis à errer tout seul dans le monde, comme le vieux Coyote. Sauf que lui, il n’avait pas de Maya – enfin, si, mais pour lui elle remplaçait Hiroko, pas Jackie. Orphelin non de mère, mais de partenaire. J’avais de la peine pour lui. On voit des couples qui mûrissent ensemble, deux vieux arbres qui ne font plus qu’un, leurs deux troncs fondus l’un dans l’autre, comme la double hélice elle-même, et on se dit : Oui, voilà comment ça doit être. On serait moins seul, hein ? Seulement voilà. Pour être deux, il ne suffit pas de le vouloir.

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