Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
— Ann n’est pas d’accord, évidemment. Ça a causé des problèmes entre nous. Mais j’ai passé toute mon enfance enfermé. Je ne me lasserai jamais d’être dehors.
— Vous n’aimiez pas les combinaisons.
— Oh non, alors ! Vous aimiez ça, vous ?
Roger haussa les épaules.
— Je m’en accommodais. Je trouvais qu’on était tranquille, dedans. Même si maintenant j’apprécie de sentir le vent sur mon visage. Mais le paysage primitif avait quelque chose de… (Il secoua la tête, incapable d’exprimer sa pensée.) Tout ça a disparu, maintenant.
— Vraiment ? Pour moi, c’est toujours aussi sauvage, dit-il en indiquant le paysage au-dessus de la rambarde, où l’on voyait maintenant des draperies de neige éclairées par le soleil tomber de la partie inférieure d’un gros nuage noir.
— Enfin, sauvage… Tout dépend de ce qu’on entend par là. Quand j’ai commencé à guider des groupes, là, on aurait pu dire que c’était sauvage. Mais depuis qu’il y a de l’air, et tous ces grands lacs, ça me paraît plutôt civilisé. C’est un parc. Pour moi, c’est le sens du Protocole de Burroughs.
— Je ne suis pas au courant.
— Mais si, voyons. L’exploitation du sol, ce grand truc.
Peter secoua la tête.
— Il doit y avoir longtemps, alors.
— Pas si longtemps que ça, objecta Roger en secouant la tête.
— Mais Burroughs était inondé, à l’époque…
— Absolument. Tous les printemps. Réglé comme du papier à musique. Je me demande ce qui a pu se passer après, et j’ai peur que ça empire. Ces longs hivers si froids… pour moi, il y a quelque chose qui nous échappe.
— Moi, j’ai trouvé cet hiver plutôt doux.
Puis un groupe de gens entourèrent leur table. Ils trimbalaient des instruments et tout un tas de matériel. Pendant qu’ils installaient les amplis et les pupitres à musique sur une petite plate-forme, le long de la rambarde, juste à côté des deux Clayborne, une foule de gens masqués envahirent la terrasse comme si l’orchestre précédait une sorte de parade. Roger héla le garçon qui passait précipitamment.
— Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Ben, le carnaval. Vous ne saviez pas ? Ça va commencer à se remplir, maintenant que le train est arrivé. Tout le monde va venir ici, ce soir. Vous avez eu de la chance d’arriver tôt.
D’une poche de son gilet il tira un paquet de petits loups blancs et en lança deux sur leur table.
— Amusez-vous bien.
Peter sépara les deux masques, en donna un à Roger. Ils les mirent et eurent un sourire amusé en se regardant. Comme l’avait prévu le serveur, la terrasse et tout le complexe – l’hôtel, le restaurant, les bâtiments annexes, y compris ceux de la coop – se remplirent rapidement. La plupart des gens portaient des masques bien plus sophistiqués que ceux de Roger et de Peter. C’étaient apparemment des gens de la région. Il y avait beaucoup de Suisses dans l’alpinisme et le tourisme en général. Il y avait aussi des Arabes des Nectaris Fossae, et des nomades qui étaient venus en caravane pour la nuit. À l’équinoxe, le soleil se couchait dans l’axe de l’immense gorge du canyon, illuminant toute chose de ses rayons horizontaux. C’était comme si le soleil était bien en dessous d’eux et que sa lumière montait vers eux. La terrasse au bord du monde. Le ciel noir, dans lequel dansaient maintenant des flocons de neige pareils à des écailles de mica.
L’orchestre se mit à jouer. Il y avait une trompette, une clarinette, un trombone, un piano, une guitare basse, des percussions. Ils jouaient fort. Ils venaient de Munich, au sud de Protva Vallis. Les Suisses avaient l’air de les apprécier. C’était un privilège de les avoir là, à en juger par l’accueil enthousiaste qui leur fut réservé. Du jazz hot, qui réchauffait le froid soudain du crépuscule.
Peter et Roger commandèrent un pichet de bière brune et applaudirent avec les autres. Certains des personnages costumés se mirent à danser. La plupart étaient assis, d’autres, restés debout, se promenaient entre les tables, bavardaient entre eux, ou avec les clients assis. Quelques groupes firent porter des tournées de grappa aux musiciens, jusqu’à ce qu’ils soient saturés. Ils cédèrent alors leurs verres aux tables des premiers rangs. Deux ou trois fois, ces toasts médicinaux échouèrent sur la table de Roger et de Peter qui les vidèrent avec ensemble. Sans l’avoir prémédité, ils se retrouvèrent un peu gris. Pendant les « kleine pause », assez fréquentes, ils continuaient à bavarder, mais avec le bruit de la foule ils ne s’entendaient plus et ils avaient du mal à se comprendre.
Pour finir, après un dernier bœuf endiablé (« Le Roi des Zoulous », avec un solo de trompette à tout casser de « notre grande vedette, Dieter Lauterbaun ! »), l’orchestre déclara la fin de la première session. Les deux hommes commandèrent une nouvelle tournée de grappa, qu’ils commençaient, au point où ils en étaient, à trouver bonne : la seule véritable ambroisie ! La soirée était fraîche, mais la terrasse était toujours bourrée de gens costumés qui bavardaient, faisaient la fête. Ils n’étaient pas du genre à rentrer pour quelques flocons de neige tombant sur une table en terrasse ! Les Clayborne reconnurent dans le vent le déplacement de l’air fondamentalement immobile tombant sous son propre poids par-dessus la falaise, dans le canyon maintenant plongé dans l’obscurité.
— Pas mal, hein ?
— Ouais.
— Ça doit être agréable d’emmener des gens dehors par ce genre de nuit.
— Ouais. Quand ils sont agréables.
— J’imagine que ce n’est pas toujours le cas.
— Oh non.
— Mais quand ils sont vraiment bien… vous voyez ce que je veux dire.
— Ah oui. Là, c’est marrant.
— Alors, comme ça, des fois…
— Ben, vous savez ce que c’est. Des fois.
— Sûrement.
— Ce n’est pas comme entre un professeur et son élève, ou un avocat et son client.
— Ce n’est pas une relation de pouvoir.
— Non. Ça ne devrait pas être ça. Je leur montre le chemin. Ils sont libres de le suivre ou non. C’est eux qui me payent. Nous sommes sur un pied d’égalité. Si ça se passe autrement…
— C’est sûr.
— Cela dit…
— Oui… ?
— Je dois admettre que ça arrive moins souvent, ces temps-ci, maintenant que j’y pense. Je ne sais pas pourquoi.
Ils se mirent à rire.
— Question de chance.
— Ou d’âge !
À cette horrible pensée, ils redoublèrent d’hilarité.
— Ouais. Les touristes commencent à se faire vieux.
— Ah ah ah. Exactement. Mais quand même…
— Quand même quoi ?
— Eh bien, le truc, c’est qu’on se donne beaucoup de mal pour pas grand-chose.
— Oui, hein ? Réussir à les ramener chez eux sains et saufs.
— Exactement. Ou ne pas réussir à rentrer avec eux ! Je veux dire, d’une façon ou d’une autre…
— Enfin, celle-ci est quand même pire, c’est clair.
— Ça oui. Je me souviens, la première fois. J’étais jeune, elle aussi…
— C’était l’amour.
— Eh oui. Je l’aimais vraiment. Mais que voulez-vous ? Elle était étudiante. J’étais guide. Je ne pouvais pas laisser tomber comme ça, même si j’avais voulu… Alors je ne l’ai pas fait. Je ne pouvais pas quitter la nature. Et elle ne pouvait pas quitter son travail non plus. Alors…
— Oui. C’est dur. C’est fou ce qu’on entend ce genre d’histoires ! Des gens séparés par leur travail, par ce qu’ils font…
— Par ce qu’ils sont !
— Exact. Se laisser séparer alors qu’on… alors que les sentiments…