Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
Nous produisîmes donc les pièces nécessaires pour construire seize de ces maisons-disque, puis nous les assemblâmes. Quand on est prêt à mettre la main à la pâte, l’opération n’est pas si coûteuse. Cela dit, nous devons une fière chandelle à la coop de notre ville, qui nous a bien aidés. L’assemblage des maisons-disque est généralement assez simple, et très agréable en vérité. Certaines parties poussèrent tout simplement à l’endroit voulu : il suffisait de mettre les bons matériaux en culture. Ce fut le cas des toilettes, des éviers, des baignoires et du carrelage des sols, par exemple, qui étaient tous en biocéramique, en fait une sorte de corail auto-extrudable. C’était vraiment joli à voir.
Par ailleurs, bien avant d’entreprendre la construction de nos maisons, nous avions commencé à préparer le sol et à planter nos vergers et nos vignes. Nous cultivions le maximum de nourriture dans des camions-jardins autour des tentes, en utilisant les sols complets que nous avions apportés, mais les cultures qui devaient nous permettre de contribuer à l’économie du cratère Jones étaient la vigne et les amandiers, dont l’expérience prouvait qu’ils venaient bien sur ce flanc du tablier. Les vins de cet endroit avaient un petit goût volcanique, un peu sulfureux, que je n’aimais pas trop, mais ce n’était pas grave. Nous pouvions encore nous améliorer. Et les amandes étaient géniales. Nous préparâmes le sol et plantâmes trois cents hectares d’amandiers et cinq cents de vigne sur de larges terrasses concentriques montant vers la lèvre du cratère, loin au-dessus de nous. Les zones cultivées étaient séparées par des mares et des marécages, qui allaient en s’élargissant vers le bas de la pente. On aurait dit une sorte de patchwork géant accroché à notre petite ferme, située en haut des terres dont nous nous occupions. C’était notre œuvre d’art, et nous nous y investissions complètement, un peu, sans doute, comme les kibboutzim de la première génération. Une vingtaine de couples, dont quatre de même sexe ; onze adultes célibataires, une trentaine d’enfants, et cinquante-trois par la suite. Nous nous déplacions tous beaucoup avec le train à crémaillère qui montait vers le sommet, et aussi latéralement vers les autres fermes de Jones, pour voir du monde, pour voir comment les autres s’en sortaient sur le plan agricole et du point de vue de leur installation. C’étaient tous des artistes.
Je m’étais toujours consacré à l’œnologie, et nous finîmes par produire un bon blanc, mais je me retrouvai surtout, assez bizarrement, dans les vergers d’amandiers. Tout ça parce que je m’étais intéressé au problème des souchets. Nous avions assez vite constaté que des carex venant d’un des marais radiaux envahissaient les vignes, et je les avais éliminés manuellement. Quand les vergers d’amandiers furent infestés à leur tour, on fit appel à moi pour régler le problème. Mais cette fois, ce fut une autre paire de manches. Je regretterai toujours l’introduction des cypéracées sur Mars. Il se trouve que ce sont des plantes faciles à acclimater dans les zones sablonneuses, de sorte qu’au début les gens les ont semées pour créer des prairies. Ce sont des plantes très anciennes, qui ont connu les dinosaures, j’imagine, et qui poussent comme du chiendent. La plupart des tentatives d’éradication sont sans effet sur elles. À vrai dire, j’en suis venu à croire qu’elles prennent ça pour un exercice amical et stimulant, une sorte de massage. Mais ça, je l’ai appris à mes dépens.
Je ne pourrais pas vous dire combien de journées j’ai passées dans nos vergers à arracher les souchets. Nous avions décidé de faire de l’agriculture bio, et donc de ne pas utiliser de pesticides chimiques mais seulement des produits organiques ou le combat à main nue. J’essayai les deux ; je m’efforçai de pratiquer la lutte biologique. Mais j’avais beau faire, ça ne marchait pas. Je passai des heures assis à l’extrémité sud du verger, entre les jeunes amandiers, dans ce qui était en réalité une pelouse mitée pleine de souchets violets, Cyperus rotundus. S’il s’était agi de souchets comestibles, dits amandes de terre, certains membres du groupe nous auraient incités à les récolter et à les manger, mais les violets tiennent leur nom de leur rhizome, ou souche, oblong, verruqueux, fibreux, brun au-dehors et blanc dedans, dur comme du bois et amer comme du chicotin. Ces tubercules poussent à une cinquantaine de centimètres de profondeur, sont reliés aux feuilles de la surface par de fines radicelles qui cassent à la moindre traction, abandonnant les rhizomes dans le sol. Au départ, je crus avoir réussi en labourant le sol pour faire sortir toutes les noix. Ça n’avançait pas vite, mais ce n’était pas un travail désagréable. J’étais là, à m’incruster de la terre sous les ongles, à regarder le sol friable à la recherche des petites masses compactes qui étaient en réalité des pierres vivantes. J’arrachais les feuilles de la surface, groupées par bouquets de trois, à la section en V et plus raides que de l’herbe, et j’en faisais du compost, par superstition. Ce qui se révéla prophétique, compte tenu de la suite.
Je labourai minutieusement toute la région envahie, sur une profondeur de cinquante centimètres – et au printemps la région que j’avais traitée était une pelouse épaisse et drue de jeunes souchets. Je n’en croyais pas mes yeux. C’est là que je commençai à prendre le problème au sérieux, et que je découvris l’existence du Groupe de lutte anti-souchets. J’appris alors que, selon certains observateurs, des fragments de rhizome de cinq cents nanomètres de longueur avaient redonné une plante complète en l’espace d’une seule saison.
Il fallait utiliser d’autres méthodes d’éradication. À l’époque, j’avais dû m’arrêter pour recentrer mes activités, parce que notre ferme commençait à participer pleinement à l’un des cercles de travail agricole de la Ligue du Fleuve, ce qui voulait dire que, pendant deux mois, au cours des moissons d’automne, nous devions faire le tour de l’anneau et travailler de ferme en ferme. D’autres groupes passèrent chez nous pendant que nous étions partis, Elke et Rachel étant restées pour superviser le travail. Je vis des souchets en beaucoup d’endroits, autour du cratère de Jones, et je commençai à échanger des histoires et des théories avec les gens qui avaient essayé de les combattre. C’était bien agréable de rencontrer des gens. Je remarquai que certains d’entre eux donnaient l’impression de s’être embarqués dans une croisade, sans réussir à freiner l’invasion des cypéracées, ce qui me sembla un mauvais signe. Mais le 2 novembre, en rentrant chez moi, je tentai de lutter en plantant autre chose par-dessus, suivant la suggestion de quelqu’un qui m’avait dit : « C’est un projet de longue haleine », sur un ton qui laissait penser que ce n’était pas mal d’en avoir un dans sa vie. J’effectuais donc un semis dense de luzerne à l’automne et en hiver, et de pois du Brésil au printemps et en été, avec pour résultat que les souchets disparaissaient parfois pendant des années d’affilée. Mais si j’avais le malheur de semer avec une semaine de retard, au printemps, un tapis de petites pagodes drues pointait à travers l’ancienne couche de végétation desséchée, me renvoyant à la case départ. Après avoir ainsi loupé une récolte de pois du Brésil, je solarisai le sol avec des feuilles de plastique transparent sous lesquelles j’enregistrai des températures proches de l’ébullition. Des gars de l’IPM vinrent voir ça et estimèrent que tout avait dû être détruit sur une profondeur de vingt centimètres. Bon, d’autres dirent deux. Mais quoi qu’il en soit, à la fin de l’été, les matières végétales de la surface étaient complètement grillées. Je retirai donc la feuille de plastique. Et le tapis vert revint de plus belle.