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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Le ciel noir, la mer noire. Sax se leva et repartit en se tenant à la balustrade, les dents serrées parce qu’il avait soudain pensé à Michel. Lui, il aurait adoré l’idée du grand inexplicable qui était en eux. Il devait apprendre à voir ça avec les yeux de Michel.

La crispation de tous les muscles n’entravait ni ne réorientait ses pensées. Il laissa échapper un gémissement et repartit à la recherche de Maya.

Une autre fois, en pensant à divers aspects du même problème, il retourna sur la corniche et trouva Maya dans l’un de ses repaires habituels. Ils s’assirent sur un banc pour regarder le coucher de soleil, leur casse-croûte dans des sacs en papier.

— La chose qui fait notre spécificité humaine n’existe pas, annonça Sax.

— Comment ça ?

— Eh bien, nous ne sommes que des animaux, pour l’essentiel. Mais nous avons une conscience qui nous met à part, parce que nous avons un langage et une mémoire.

— Ça, c’est indéniable.

— Certes, mais si ça marche, c’est pour une seule raison : le passé. Nous en gardons le souvenir, nous en tirons une expérience. Tout ce que nous avons appris est dans le passé. Or, le passé étant le passé, il n’existe pas à proprement parler. Sa présence en nous n’est qu’une illusion. Alors la chose qui nous rend humain n’existe pas !

— Je l’ai toujours dit, répondit Maya. Mais pas pour la même raison.

« La technologie est un truc qui permet d’arranger le monde de telle sorte que nous ne soyons pas obligés de le subir », lut Sax dans une des rhapsodies des farouches, et il sortit faire un tour.

Une fois sur la corniche, il constata qu’un front orageux venait de passer. Des nuages noirs filaient vers l’est. Le soleil apparaissait par en dessous, couleur d’étain fondu sur le front ouest de l’orage. L’air au-dessus de la ville était immobile, embrumé, un air du soir, sombre entre les plans sombres de la mer et des nuages. Il regarda le reflet de la ville, de l’autre côté du port, et remarqua que la surface de la mer était ridée par endroits, lisse à d’autres, et que la limite entre les zones était tracée avec une précision étonnante, alors que le vent soufflait probablement partout de la même façon. Ça l’intrigua jusqu’à ce qu’il lui vienne à l’esprit que, dans les endroits plans, les rides devaient être aplanies par un film imperceptible d’hydrocarbures. Un moteur de bateau qui fuyait, peut-être. S’il pouvait se procurer un échantillon d’eau et un échantillon du carburant de tous les bateaux, il pourrait probablement trouver le coupable.

En vue de sa balade en mer avec Ann, Sax fit des recherches sur les études psychologiques de la personnalité des savants. Il découvrit que Maslow répartissait les savants en chauds et en froids, ce qu’il traduisait en couleurs – rouge et vert – afin d’éviter toute connotation morale, tout jugement de valeur parasite, ajoutait-il, ce qui fit sourire Sax. Les savants verts étaient des réducteurs, toujours en quête de justification, des gens tenaces, qui appréciaient la régularité, l’explication, la parcimonie, la simplicité. Alors que les savants rouges étaient expansifs, chaleureux, intuitifs, mystiques, souples, et à la recherche de moments cruciaux de « compréhension du pareil ».

— Dieu du ciel ! s’exclama Sax en sortant pour faire un tour.

Dans les allées, au-dessus de Paradeplatz, une haie de roses rouges était en fleurs. Il s’arrêta, inspecta une jeune rose, le nez collé sur ses pétales parfaits. Ce velours rouge sombre, là, sur ce mur de stuc. D’accord, se dit-il. Me voilà, ici présent. Et je me demande ce qui fait ce rouge.

La cosmologie et la physique des particules avaient fusionné en une seule science avant même la naissance de Sax, et depuis lors, les deux camps vivaient dans l’espérance de la théorie de la grande unification qui réconcilierait la mécanique quantique, la gravité, et pourquoi pas le temps. Sauf que, toute sa vie, il avait vu la physique devenir de plus en plus compliquée. On tenait pour établi le postulat des micro-dimensions, et on avançait comme explication la symétrie de cordes relativement simples, mais affreusement petites, x fois trop pour qu’on puisse jamais les observer, cette impossibilité ayant été démontrée mathématiquement. La quête d’une théorie unificatrice définitive était donc, ainsi que le remarquait Lindley, une sorte de quête religieuse ; ou un mouvement messianique dans la religion qu’était devenue la vision scientifique du monde. C’est alors qu’il avait rencontré Bao Shuyo.

Un hiver, à Da Vinci, Bao lui avait expliqué par le menu les derniers développements de la théorie des supercordes. La notion de micro-dimensions supplémentaires coulait de source : il y en avait sept, toutes petites, disposées selon ce qu’on appelait la « sphère sept ». Pour situer un point dans nos quatre dimensions traditionnelles, il fallait donc préciser ses coordonnées dans les sept dimensions, et les diverses combinaisons déterminaient la nature de la particule : un muon, un quark top, etc. Mais ces points n’étaient que les nœuds des cordes, or l’unité de base de la mécanique quantique était la vibration de la corde entière. Tous les calculs mettaient en évidence de nombreux problèmes de dépassement de la vitesse de la lumière, à moins de postuler l’existence de vingt-six dimensions, ce qu’on avait fait. Mais à ce stade, la théorie n’avait encore amené que les bosons, et pas les fermions. On avait évoqué une dérivée de la corde à vingt-six dimensions qui existait dans dix dimensions, les seize autres étant devenues des propriétés de la corde elle-même et une partie de la géométrie de la super-symétrie. Mais les seize dimensions de corde pouvaient être organisées selon une prodigieuse variété de combinaisons, toutes aussi probables les unes que les autres. Des considérations mathématiques avaient ensuite montré que, de toutes les possibilités, seules deux, SO (32) et E8xE8, ne présentaient pas une symétrie en miroir mais étaient orientées à gauche. Or l’univers était droitier. Il était stupéfiant que, sur la myriade de possibilités, il n’en reste que deux. Les choses en étaient restées là jusqu’à cet hiver, où Bao avait montré que E8xE8 était la formulation privilégiée, et si on poursuivait le raisonnement, la formule avancée expliquait la mécanique quantique, la gravité et le temps en une seule théorie, complexe, mais claire, et d’une grande puissance.

— C’est si beau que ça doit être vrai, conclut Bao.

Sax hocha la tête.

— Mais cette beauté est sa seule preuve.

— Comment ça ?

— C’est impossible à confirmer par l’expérimentation. C’est la beauté des mathématiques qui le démontre.

— Ça, et le fait de rapprocher toutes les observations physiques faisables ! Il n’y a pas que les mathématiques, Sax. Il y a tout ce que nous pouvons voir, et tout est en conformité avec cette unique théorie !

— Exact, dit-il en hochant la tête, mal à l’aise. C’était un bon argument, et pourtant… Je pense que ça devrait prévoir une chose que nous n’avons pas encore vue, qui se produirait parce que c’est la seule bonne explication.

Elle secoua la tête, atterrée par son obstination.

— Sinon, ce n’est qu’un mythe, insista-t-il.

— Le royaume de Planck ne sera jamais observable, dit-elle.

— Enfin. C’est un très beau mythe. Et valable, j’en suis tout à fait convaincu, croyez-moi. Peut-être sommes-nous maintenant arrivés au bout de ce que la physique peut expliquer. Si c’est ça…

— Oui, si c’est ça ?

— Et après, quoi ?

L’imbibition est le fait, pour une roche granuleuse, de s’imbiber d’un fluide par capillarité, en l’absence de toute pression. Sax avait acquis la conviction que c’était aussi une qualité de l’esprit. Il lui arrivait de dire de quelqu’un : « Elle a une grande imbibition », et les gens répondaient : « De l’ambition ? » Alors il répétait : « Non, imbibition. » « Inhibition ? » « Non, imbibition. » Et à cause de son attaque, les gens pensaient qu’il avait encore des problèmes d’élocution.

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