Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
C’était par un de ces froids printemps comme il y en a dans le Nord, avec les vergers qui bourgeonnaient et fleurissaient tout autour de lui, à perte de vue. Soudain, il se sentit libéré du passé, lancé dans une nouvelle vie. Il décida de faire une randonnée à laquelle il pensait depuis longtemps, le long de la lèvre sud des grands canyons de Marineris : Ius, Melas, Coprates et Éos. Cette fameuse longue marche devait marquer une date, pour lui. La célébration de son passage dans une nouvelle existence. Après, il retournerait à Argyre et à la RAN, et il déciderait s’il pouvait, ou non, continuer à y vivre et à y travailler.
Vers la fin de l’expédition, qui se révéla être une dure marche à travers des congères de neige, même si la vue dans les canyons était superbe, évidemment, il arriva à une sorte de chalet suisse situé juste au bord de Coprates Chasma, au niveau de la Dover Gate. Comme la plupart des chalets suisses, c’était en réalité un grand hôtel-restaurant de pierre, avec une terrasse donnant sur le canyon assez grande pour accueillir des centaines de personnes. La bâtisse était toute seule au milieu du désert, loin des routes ou des pistes, mais ce soir-là, elle était quand même pleine de monde – des randonneurs, des alpinistes, des gens qui faisaient du deltaplane – et la terrasse était bondée.
Peter traversa la foule et s’approcha de la rambarde ornée de drapeaux, pour jeter un coup d’œil en contrebas. Juste en dessous de l’hôtel, le canyon se rétrécissait, et la cicatrice de l’antique déluge marquait le fond, d’une paroi à l’autre. Dans la partie la plus basse du canyon subsistait un glacier grisâtre, couvert de caillasse, creusé de trous formés par l’érosion, de mares d’eau fondue et de séracs éboulés. La paroi opposée dressait sa masse imposante et stratifiée par-delà la formidable masse d’air qui étincelait et trémulait dans la lumière de la fin de l’après-midi. Et le chalet était là, tout seul, tout petit, perché au bord du monde.
Il y avait encore plus de monde au restaurant que sur la terrasse, si bien que Peter ressortit. Ça lui était égal d’attendre. Les derniers rayons du soleil faisaient flamboyer les nuages, au-dessus d’eux, les métamorphosaient en masses bouillonnantes de verre filé rose. Personne ne faisait attention à l’observateur solitaire planté devant la rambarde. En fait, ils étaient plusieurs à faire comme lui.
Un peu avant le coucher du soleil il se mit à faire froid, mais les gens qui venaient se promener dans le coin n’étaient pas frileux, et ils étaient habillés en conséquence, si bien que les tables en terrasse étaient toujours occupées. Pour finir, Peter alla trouver le garçon afin de se faire inscrire sur la liste d’attente. Le type lui indiqua alors, juste au bord de la rambarde, vers le bout de la terrasse, une table de deux qui était occupée par un homme seul.
— Vous voulez que je lui demande s’il veut bien de vous ?
— Bien sûr, répondit Peter. Si ça ne l’ennuie pas.
Le garçon alla se renseigner auprès de l’homme et fit signe à Peter d’approcher.
— Merci, dit Peter en s’asseyant, l’homme le saluant d’un hochement de tête.
— Aucun problème.
Il réchauffait une chope de bière entre ses mains. Puis son plat arriva, et il eut un geste d’excuse.
— Je vous en prie, fit Peter en regardant ce que l’homme avait choisi.
Une sorte de fricassée, du pain, de la salade. Il fit signe au garçon qui passait, indiqua le menu et commanda aussi un verre de vin, le zinfandel local.
L’homme n’avait apparemment rien à lire, Peter non plus. Ils regardèrent les nuages qui filaient dans le ciel, le canyon en dessous, la grande paroi disloquée, de l’autre côté, et les ombres qui couraient vers l’horizon, à l’est, faisant ressortir la moindre anfractuosité, l’angularité du relief.
— Quelles textures, risqua Peter, qui était sevré de conversation depuis longtemps.
— D’ici, on voit bien que la gorge de Brighton est vraiment profonde, acquiesça l’homme. C’est moins visible de tous les autres points de vue.
— Vous l’avez escaladée ?
L’homme acquiesça.
— C’est de la montagne à vaches, en fait. Partout, maintenant, si vous suivez les échelles, ce que font la plupart des gens.
— Ça doit être amusant.
— Oui, quand on est dans un groupe amusant, répondit l’homme en plissant les paupières.
— Vous l’avez fait souvent ?
Il mâcha, avala.
— En tant que guide, fit-il après une nouvelle bouchée. Je guide des groupes dans la région des canyons. Des treks, de la varappe, du canyoning.
— Je vois. Ça doit être bien.
— Ce n’est pas mal. Et vous ?
— La Redistribution de l’Aquifère Noachien. Une coop d’Argyre. Je suis en congé, là, mais j’y retourne.
L’homme hocha la tête, lui tendit la main, la bouche pleine.
— Peter Clayborne, dit-il en serrant la main tendue.
L’homme ouvrit de grands yeux, avala ce qu’il avait dans la bouche.
— Roger Clayborne.
— Tiens ! Joli nom. Ravi de faire votre connaissance.
— Moi aussi. C’est rare de rencontrer des Clayborne.
— En effet.
— Vous êtes de la famille d’Ann Clayborne ?
— C’est ma mère.
— Oh ! je ne savais pas qu’elle avait eu des enfants.
— Je suis le seul. Vous la connaissez ?
— Non, non. Juste de nom. Nous ne sommes pas de la même famille, ou du moins je ne crois pas. Mes parents sont venus avec la deuxième vague, d’Angleterre.
— Je vois. Enfin, nous sommes sûrement cousins quand même. De lointains cousins.
— Sûrement. Issus du premier Clayborne.
— Un potier, sans doute, ou quelque chose comme ça.
— Peut-être. Vous écrivez votre nom avec un i ou un y ?
— Un y.
— Moi aussi. J’ai un ami qui l’écrit avec un i.
— Alors ce n’est pas un cousin.
— Ou alors, à la mode de Bretagne.
— Possible.
— Il y a un e à la fin ?
— Oui, oui. Bien sûr.
— Chez moi aussi.
Le garçon apporta le plat de Peter. Peter mangea, et comme Roger avait fini et sirotait une grappa, il lui posa des questions sur lui.
— Je suis guide, répéta l’homme avec un haussement d’épaules.
Ça l’avait pris quand il était jeune, dit-il, quand la planète était brute de décoffrage, et ça ne lui avait jamais passé.
— J’aime montrer mes endroits préférés. Leur faire voir comme c’était beau.
Ça l’avait amené à faire partie de divers groupes Rouges, bien qu’il n’ait pas l’air opposé au terraforming, comme la mère de Peter. Il haussa les épaules quand Peter lui posa la question.
— C’est plus sûr, maintenant qu’on a une atmosphère. Et de l’eau tout autour. Enfin, plus sûr par certains côtés, mais par d’autres… Les falaises s’éboulent sur les gens. J’ai essayé d’empêcher l’inondation des canyons, parce que l’eau sature les parois et provoque des éboulements. Nous avons remporté un certain succès, au début. Le barrage de Ganges, qui empêche la mer du Nord d’entrer dans le canyon, c’était nous. Et la suppression du barrage de Noctis…
— Je ne savais pas qu’on l’avait supprimé.
— Eh si. Enfin, c’est tout ce que j’ai pu faire pour la cause Rouge. Je m’y serais bien plus investi, mais… bah, je ne l’ai pas fait. Et vous ?
Peter repoussa son écuelle, but un peu d’eau.
— Disons que je suis un Vert.
Roger haussa les sourcils, mais ne fit pas de commentaire.