Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
Je n’avais plus qu’une seule solution : sécher et tamiser le sol pendant les quatre années suivantes. Et puis un visiteur mentionna en passant qu’un nouveau pesticide chimique avait donné de bons résultats chez les Namibiens, au nord.
Ce qui souleva une controverse. Certains étaient prêts à poursuivre, sous diverses formes, la stratégie infructueuse de la bataille organique. D’autres proposaient de renoncer et d’abandonner la zone, de la laisser devenir un marécage de souchets. L’ennui, c’est que les souchets ne se contentent pas d’envahir le sous-sol avec leurs rhizomes, ils dispersent aussi leurs graines à tous les vents, de sorte qu’on en voyait apparaître de petites plaques un peu partout dans les endroits sous le vent par rapport à mon verger. Et le vent finit immanquablement par souffler dans toutes les directions. Laisser aller les choses n’était donc pas une option viable. Bref, au bout de huit années de combat, la pelouse était plus luxuriante que jamais. On aurait pu jouer au croquet sur mon terrain, à ce stade.
C’est ainsi qu’une majorité de mon groupe finit par persuader une petite minorité de faire une exception à notre politique organique bio, et de pulvériser un peu de méthyl 5-{[(4,6 diméthoxy-2-pyrimidinyl) amino] carbyonyla-minosulfonyl}-3-chloro-1-méthyl-1-H-pyrazole-4-carboxylate. Nous fîmes de l’application du traitement une sorte de cérémonie de danse masquée balinaise : les gens qui étaient contre l’idée se déguisèrent en démons et nous maudirent, nous pulvérisâmes le produit et nous partîmes un certain temps, pour affaires. Nous fîmes les vendanges dans les vignobles du bord du fleuve, nous participâmes à la construction de terrasses en pierres sèches et nous vîmes certaines parties de Her Desher Vallis, Nirgal Vallis, Uxboi Vallis, Clota Vallis, Ruda Vallis, Arda Vallis, Ladon Vallis, Oltis Vallis, Himera Vallis et la Samara Valles. Ce sont tous de petits canyons dans lesquels coulent des rivières juste au sud-ouest de Jones – une région magnifique, qui rappelle la zone des Quatre Coins, en Amérique du Nord, et, à en croire nos voisins, certaines parties du centre de la Namibie. Quoi qu’il en soit, quand nous rentrâmes chez nous, les pentes du flanc sud-ouest nous rappelaient à présent les beaux petits canyons qui sillonnaient le plateau, ainsi que nous l’avions découvert, des canyons que nous avions maintenant dans la tête et dans le cœur, même si nous ne pouvions plus les voir, des jardins sinueux, sculptés dans le sol, dont le fond abritait des fleuves et des îles couvertes de peupliers. Et les souchets avaient disparu. Pas complètement, mais partout où nous avions traité le sol. Et quand nous nous y prenions assez tôt, les nouvelles pousses n’avaient pas la force de se régénérer et de se réinstaller, parce qu’elles n’avaient pas encore produit de noix dans les profondeurs.
Nous plantâmes donc un nouveau couvre-sol sous les amandiers en fleurs, et la vie continua, dans la ferme de plus en plus luxuriante. Évidemment, les choses changèrent ; Elke et Rachel allèrent s’installer à Burroughs, et plus tard Matthew et Jan en firent autant, en se plaignant, entre autres, que ce n’était plus une ferme bio, ce qui me donnait mauvaise conscience. Mais les gens avec qui ils habitaient m’assurèrent que l’histoire des pesticides était bien la dernière des raisons qui les avaient incités à partir ; et j’eus un choc lorsque j’appris ce qu’étaient certaines de ces raisons. Il faut croire que je ne m’étais pas assez occupé d’eux. À vrai dire, m’expliquèrent-ils, j’étais seul de toute la ferme à prendre au tragique le problème des souchets. Ce que j’avais pris pour une crise et un épineux problème d’invasion biologique était pour eux une question d’entretien, un peu agaçante, mais il y avait beaucoup plus grave, et surtout le fait que j’avais une araignée au plafond.
Évidemment, au regard du grand changement climatique qui devait se produire par la suite, c’était probablement une juste vision des choses. Mais à l’époque, c’était important. Ou plutôt, ça m’amusait. À vrai dire, tout avait de l’importance, en ce temps-là. Il n’y avait rien, en dehors de nous. Nous étions livrés à nous-mêmes, nous cultivions l’essentiel de ce que nous mangions, nous fabriquions presque tous nos outils, et même nos vêtements, avec tous ces gamins qui grandissaient. Nous avions grandi ensemble. Dans des époques pareilles, ça compte, de pouvoir ou non faire marcher son agriculture.
Et puis les choses évoluèrent, comme toujours. Les gamins allèrent à l’école, les gens déménagèrent ; l’ambiance changea. C’est toujours comme ça. Aujourd’hui, c’est encore un endroit où il fait bon vivre, mais on a du mal à retrouver l’ambiance de ces années-là, surtout avec ce froid, et maintenant que les enfants sont partis. Quand j’y pense, je crois que kibbutz est le nom que l’on donne à une certaine époque, un moment dans la vie d’une colonie, au début, quand c’est autant une aventure qu’un endroit où habiter. Par la suite, il faut revoir sa conception des choses, inventer une expérience différente, comme sa terre natale, ou autre chose, toute une forme de vie. Mais je me souviens de la première fois que nous avons organisé une grande fête et que nous avons invité les voisins. Nous n’avions mangé que ce que nous avions réussi à faire pousser là, dans nos nouveaux jardins, dans nos nouvelles maisons. Et c’était bon. C’était un endroit où il faisait bon vivre.
Ce qui compte
Peter Clayborne s’occupa longtemps d’hydrologie. Sa coop s’appelait la Redistribution de l’Aquifère Noachien, ou RAN. Il l’avait rejointe parce qu’il s’intéressait à leurs travaux en tant qu’écologiste, et parce qu’il s’intéressait aussi beaucoup, à l’époque, à une femme qui était dans la coop depuis son adolescence. Son ancienneté provoqua, d’ailleurs, des problèmes dans leur relation, par la suite, même s’il est clair que c’était plutôt un symptôme qu’une cause. À part ça, elle leur valut certains des avantages classiques que l’on peut résumer par la formule « payer, bien dire et laisser faire », mais les intérêts de chacun dans l’organisation étaient plus ou moins les mêmes. Les membres potentiels étaient sélectionnés par un comité, et les candidats devaient parfois patienter sur une liste d’attente si les effectifs de la coop étaient stables. Peter avait dû attendre quatre ans que les départs en retraite, ou les départs tout court, et quelques décès accidentels, lui offrent une opportunité. Après cela, lorsqu’il fut membre de la coop, comme tous les autres, il travailla vingt heures par semaine, et vota chaque fois qu’on lui demandait son avis sur la politique d’entrée, en échange de quoi il recevait un revenu et une couverture sociale. L’échelle de salaire couvrait tout l’éventail légal, basé sur le temps de travail, l’ancienneté, la contribution au rendement et à la productivité. Il commença à vingt pour cent du maxi, comme tout le monde, et découvrit que ça suffisait à ses besoins. Certaines années, il redescendait au salaire minimum, qui lui permettait de s’en sortir quand il travaillait comme pendant ses congés, qui étaient de six mois par année martienne. C’était la belle vie.
Mais ils s’éloignèrent lentement l’un de l’autre, sa compagne et lui, et ils finirent par rompre. Ce n’était pas l’idée de Peter. Après ça, il prit une série de congés sabbatiques pendant lesquels il fit différentes choses, loin d’Argyre et de la RAN. Il effectua un mandat à la douma, à Mangala ; il vécut dans une ville flottante de la mer du Nord. Il planta des vergers sur Lunae Planitia. Partout, il était hanté par le souvenir de sa compagne de la RAN.
Et puis le temps passa, comme tout passe. Ce n’était pas l’oubli ; plutôt une sorte d’usure, d’engourdissement. On regarde le passé par le mauvais bout de la lorgnette, se dit-il un jour. Tout ce qu’on voit finit par devenir trop petit pour continuer à nous faire mal, et voilà.