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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Les longues marches autour d’Odessa, à la fin de la journée. Sans destination précise, sans autre but, peut-être, qu’un rendez-vous tardif avec Maya, sur la corniche. Ah, flâner dans les rues et les allées… Flâner, to saunter… Sax repensa automatiquement à l’étymologie de ce verbe, selon Thoreau : Les Saint Terre, saunterer, étaient les pèlerins qui allaient en Terre Sainte. Il aimait cette explication, même si elle était erronée (il l’avait reprise d’un livre de 1691, Country Words, de S. et E. Ray). En fait, l’origine de ce verbe avait toujours été obscure, et il se pouvait que ce soit la bonne.

Sax aurait aimé être fixé quand même. Ça faisait du monde un problème à creuser. Mais il avait beau y réfléchir en flânant dans les rues d’Odessa, il ne voyait pas comment faire avancer la réflexion sur la question. Les étymologistes avaient fait leur boulot à fond. Le passé résistait aux recherches.

Automorphisme ; idiomorphisme. Sax trouvait que Michel avait sous-estimé ces qualités dans sa théorie sur les personnalités. Il le lui avait d’ailleurs dit : « On se fait soi-même. »

Le comportement altruiste sera choisi de préférence quand k›1/r, k étant le rapport profit du bénéficiaire sur coût pour l’altruiste, et r le coefficient de relation entre l’altruiste et le bénéficiaire ou la somme des bénéficiaires. Dans la version classique de la théorie, r est la proportion de gènes identiques chez deux individus ayant une ascendance commune. Mais que se passe-t-il si l’ascendance commune signifie le même phylum ou le même ordre ? Et si r n’était pas fonction de l’ascendance mais d’une communauté d’intérêt ? Sax trouvait les sciences sociales très intéressantes.

Pendant un moment, lorsque Sax fut suffisamment remis de son attaque, il lut beaucoup de choses sur les attaques cérébrales et les dommages subis par le cerveau, dans l’espoir d’en apprendre davantage sur ce qui lui était arrivé. Un cas était resté célèbre dans la littérature : celui d’un brillant étudiant de l’institut polytechnique de Moscou, qui avait été blessé à la tête au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ce jeune Russe, qui s’appelait Zasetsky, avait subi un important traumatisme de la zone pariéto-occipitale gauche (comme Sax). Il n’avait plus de champ visuel à droite, ne savait plus faire une addition, avait oublié l’ordre des saisons et ainsi de suite. Ses facultés symboliques et conceptuelles avaient été endommagées. Mais ses lobes frontaux étaient restés intacts (comme chez Sax), de sorte qu’il avait conservé toute sa volonté, ses désirs, sa sensibilité réactionnelle. Il avait passé la fin de ses jours à tenter de rédiger un rapport sur son processus de pensée, pour faire avancer la science, et pour s’occuper. C’était le projet de sa vie, d’abord intitulé : « L’histoire d’une terrible blessure », puis rebaptisé : « Je continue le combat. » Il avait écrit tous les jours pendant vingt-cinq ans.

Sax lut ce journal avec une profonde sympathie pour ce Zasetsky. Certaines phrases lui allaient parfois droit au cœur ; ses perceptions lui étaient tellement familières : « Je suis constamment dans une sorte de brouillard, comme dans un demi-sommeil gluant… Mes rares souvenirs sont éparpillés, cassés en mille morceaux. C’est pourquoi je réagis si bizarrement aux mots et aux idées, d’où mes tentatives pour comprendre le sens des mots… J’ai été tué le 2 mars 1943, mais la puissance vitale de mon organisme a fait que je suis miraculeusement resté en vie. »

Le contact de sa main, sur son poignet, comment le décrire !

Alors qu’Ann et Sax étaient secoués par la tempête, Sax sentit un courant ascendant les happer dans le nuage et en conclut qu’ils avaient échappé à la noyade dans une mer déchaînée pour être projetés à bas du ciel. Le dôme du cockpit résisterait probablement au vide de l’espace, mais eux, ils ne résisteraient pas au froid. Il y avait trop de bruit pour se souvenir de quoi que ce soit, mais il aurait voulu se rappeler de dire à Ann : Toute notre vie nous demandons Pourquoi, et nous n’arrivons jamais à dépasser Parce que. Nous nous arrêtons à ce mot, désemparés. Je regrette de ne pas avoir passé plus de temps avec toi.

Les noms des canaux

Laestrygon, Antaeus, Cimmeria, Hyblaeus, Scamander, Pandoraea, Fretum, Hiddekel. Phison, Protonius, Python, Argaeus.

Des noms presque uniquement grecs, latins et hébreux. Certains traduisent des caractéristiques réelles, visibles de la Terre à l’aide de télescopes primitifs : les grands volcans, Hellas et Argyre, les grands canyons, le sol sombre de Syrtis, les calottes polaires mouvantes.

Idalius, Heliconius, Oxus, Hydroates.

Mais les lignes. Les lignes qui reliaient tout. Même à l’époque, on savait que des lignes illusoires apparaissaient entre les taches sombres vues au télescope. C’était un problème d’optique, de vision. Pour qu’on puisse voir une ligne sur Mars, à l’aide d’un de ces télescopes, il aurait fallu qu’elle ait une largeur minimale d’une centaine de kilomètres, on le savait déjà à l’époque. Et pourtant, ces noms. Nous voulons de la vie. Nous voulons vivre.

Cadmus, Érigone, Hebrus, Ilisus.

Si stupide. Mais moi aussi je vis sur un monde que j’aime.

Pyriphlegeton, Memnonia, Eumenides, Ortygia.

Je vis sur le fond plat d’une grande vallée, entre des montagnes visibles presque tous les jours, de chaque côté, une petite, tout près, à l’ouest, une grande, plus loin, à l’est. Une vallée, à perte de vue, du nord au sud. Une vallée aussi large qu’un canal martien.

Bandes son

Avant de travailler, tous les matins, un espresso et « Turbulence », de Steve Howe. Pour Mars la Rouge, Satyagraha, de Glass. Pour Mars la verte, Ahknaten. Pour Mars la Bleue, Mishima et The Screens. Pour Maya, Astor Piazzolla, et surtout « Tango : Zéro Hour ». Pour Ann, la Troisième symphonie de Gorecki, « Sun Singer » de Paul Winter et « Sakura », le chant populaire japonais. Pour Sax, les derniers quartets à corde et les sonates de Beethoven. Pour Nadia, Louis Armstrong, la période 1946-56, Clifford Brown et Charles Mingus. Pour Michel, le « Köln Concerto » de Keith Jarrett. Pour Nirgal, Najma. Et toujours Van Morrison, Pete Townshend et Yes.

Van quand je suis content Pete quand je pète les plombs Steve quand j’ai la pêche Et quand je suis triste, Astor.

Une histoire d’amour martienne

Eileen Monday descend son sac à dos du train qui repart vers le bas de la piste et disparaît derrière le promontoire. Elle sort de la gare déserte et se retrouve dans les rues de Firewater, au nord d’Elysium. Il n’y a personne, il fait noir, une vraie ville fantôme. Tout est fermé, des planches sont clouées sur les portes et les fenêtres. Les gens qui s’étaient installés là sont repartis. Seul signe de vie apparent, sur le quai le plus au nord, un petit amas globulaire de fenêtres et de lampadaires éclairés strie de jaune la glace de la baie. Elle en fait le tour, sur la corniche, sans rencontrer âme qui vive, bien qu’il soit encore tôt. Le ciel est violet dans le crépuscule. Plus que quatre jours avant le début du printemps, mais il n’y aura pas de printemps cette année.

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