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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Honorius alla jusqu’à prêcher une croisade contre Roger. Il dut se rétracter lorsqu’une armée de Normands, de Sarrasins et de Grecs venue de Sicile triompha de sa coalition. À la fin de l’année 1129, Naples, Capoue et le reste de la région reconnaissaient Roger comme duc légitime.

Pour renforcer sa position, il devait être couronné roi. Honorius mourut au début de 1130. Comme c’était arrivé par le passé – et comme cela arriverait encore à l’avenir –, l’entrelacs des questions religieuse et politique eut pour effet l’élection de deux prétendants au trône de saint Pierre. Roger soutenait Anaclet II. Innocent II s’enfuit en France. Anaclet paya sa dette à Roger en édictant une bulle le proclamant roi de Sicile.

La guerre s’ensuivit. Le principal partisan d’Innocent au sein de l’Église, Bernard de Clairvaux, qui serait canonisé dès 1174, fustigea le « roi à demi païen ». Louis VI le Gros, roi de France, Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre, et Lothaire II, empereur germanique, soutinrent Innocent. Menée par Rainulf, l’Italie du Sud se révolta une nouvelle fois. Bientôt la guerre ravagea cette contrée.

En 1134, Roger semblait sur le point de prendre le dessus. Mais la perspective d’un puissant royaume normand inquiétait jusqu’à l’empereur grec de Constantinople, qui apporta son aide au camp d’Innocent, imité en cela par les Cités-États de Pise et de Gênes. En février 1137, Lothaire marchait sur le Sud à la tête de son armée, Innocent dans ses bagages. Rainulf et ses forces opérèrent la jonction avec lui. En août, à l’issue d’une campagne triomphale, le pape et l’empereur firent de Rainulf le duc d’Apulie. Puis l’empereur rentra chez lui.

L’indomptable Roger lança une nouvelle offensive. Il mit Capoue à sac et obligea Naples à le reconnaître comme souverain. Puis, à la fin du mois d’octobre, il affronta Rainulf en un lieu dénommé Rignano…

« Vous êtes bien installé, à ce que je vois, reprit Everard.

— J’ai appris à aimer cette époque, répondit Volstrup à voix basse. Pas dans sa totalité, non. Elle a son content d’atrocités. Mais c’est vrai de toutes les époques, n’est-ce pas ? Avec le recul, quand je repense à mon milieu natal, je vois à quel point nous autres, victoriens si policés, fermions les yeux sur le malheur des autres. À leur façon, les gens d’ici sont merveilleux. J’ai une femme aimante et de beaux enfants. » La douleur se peignit sur son visage. Jamais il ne pourrait se confier à eux. Il allait devoir les regarder s’étioler et mourir de vieillesse – dans le meilleur des cas ; peut-être connaîtraient-ils un sort pire encore. Un Patrouilleur ne scrute jamais son propre avenir, ni celui de ses proches. « Il est fascinant d’observer le développement de ce pays. Je vais bientôt vivre l’âge d’or du Royaume normand de Sicile. » Il se tut, déglutit, acheva : « Si nous pouvons rectifier ce désastre.

— Exact. » Everard estima que cela lui ferait du bien de se mettre au travail sans tarder. « Vous avez eu des nouvelles depuis votre premier rapport ?

— Oui. Je ne les ai encore transmises à personne, car elles sont incomplètes. Mieux valait assembler un tableau plus cohérent, ai-je supposé. » Il supposait à tort, mais Everard le laissa dire.

« Je ne m’attendais pas à voir aussi vite un… un agent non-attaché. »

Volstrup se redressa sur son siège et raffermit sa voix. « Un groupe d’hommes au service de Roger a pu fuir le champ de bataille, gagner le port de Reggio, traverser le détroit en bateau et arriver jusqu’ici. Leur officier a fait son rapport au palais. Je dispose bien entendu de quelques espions parmi les domestiques. Il semble que le triomphe de Rainulf, et la mort du roi et du prince, tout cela soit l’œuvre d’un seul homme, un jeune chevalier d’Anagni nommé Lorenzo de Conti. Mais ce n’est qu’une rumeur, vous comprenez. Cet officier n’a fait que répéter un renseignement de deuxième ou de troisième main dont il n’a eu connaissance qu’après les faits, alors que ses hommes et lui fuyaient dans une contrée en pleine agitation, au sein d’une populace qui les détestait. Peut-être que cette information est sans valeur. »

Everard frotta son menton hirsute. « En tout cas, elle mérite d’être examinée de plus près, dit-il d’une voix traînante. Un récit aussi précis a forcément un fond de vérité. Il faudra que je sonde ce fameux officier. Vous pouvez m’arranger une rencontre sans que ça soit trop voyant ? Et s’il apparaît que ce Lorenzo est la clé de toute l’histoire…» Il sentit à nouveau le frisson de la chasse lui parcourir l’échine et lui hérisser les poils. « Alors je ferai de mon mieux pour l’avoir en ligne de mire. »

1138α apr. J.C.

Par une belle journée d’automne, un cavalier approchait de la colline où se dressait Anagni, à une quinzaine de lieues de Rome. Il attirait force regards, car c’était un colosse juché sur un cheval de belle taille ; équipé d’une épée et d’un bouclier, mais ne portant pas d’armure, il avait l’apparence d’un noble ; une mule le suivait, transportant ses bagages, mais il voyageait seul. Les gardes en faction aux portes de la cité lui répondirent d’un ton respectueux lorsqu’il fit halte devant eux et les salua en mauvais toscan. Après leur avoir demandé conseil, il se rendit dans une auberge réputée. Là, il déchargea ses bagages et mena ses bêtes à l’écurie pour qu’elles soient nourries et bouchonnées, puis il savoura une chope de bière et bavarda avec l’aubergiste. C’était un homme fort aimable, un peu jovial à la manière des Germains, et l’on avait plaisir à répondre à ses questions. Il donna la pièce à un grouillot et lui confia un message ainsi libellé : « Sire Manfred von Einbeck, de Saxe, témoigne de son respect à sire Lorenzo de Conti, le héros de Rignano, et sollicite auprès de lui l’honneur d’une audience. »

Durant les XIXe et XXe siècles que connaissait Manse Everard, on brassait à Einbeck une excellente bière. Cette petite note d’humour l’aidait à oublier un temps les spectres qui le hantaient.

Le terme honorifique qu’il utilisait, équivalent du « signor » italien ou du « Herr » germanique, n’avait pas encore acquis le sens précis qui serait le sien lorsque l’institution de la chevalerie viendrait à être codifiée. Néanmoins, il désignait déjà un guerrier de noble naissance, et cela suffisait. Au fil des siècles, il finirait par devenir l’équivalent de « monsieur »… à moins qu’il n’évolue différemment dans l’étrange monde en aval.

Le garçon accourut pour lui apprendre qu’on le priait de venir au plus vite. Les étrangers étaient toujours les bienvenus car on était friand de nouvelles fraîches. Everard changea de tenue, revêtant une robe à laquelle un technicien de la Patrouille avait donné un aspect usagé des plus réalistes, et suivit son guide à pied. Une récente averse avait nettoyé les rues, dont la pente naturelle favorisait l’évacuation des immondices. Étroites et bordées de hauts murs et d’encorbellements, elles étaient plutôt obscures, mais une trouée lui permit d’apercevoir la cathédrale dressée au sommet de la colline, que les feux du couchant paraient d’un éclat écarlate.

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