Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Il n’entend nullement que ce film ressemble à du « Au théâtre ce soir », le rendez-vous hebdomadaire à la télévision depuis que Pierre Sabbagh a créé ce programme « culturel » le 25 août 1966. Lorsque Jean Bernard-Luc écrit sa pièce dans sa résidence pyrénéenne de Lafitole, il la résume ainsi : « Retrouvé dans un bloc de glace au cours d’une expédition au Groenland en 1900, Paul Fournier a dormi un bon demi-siècle. De retour dans sa famille, celle-ci, surprise et interloquée, s’efforce de lui faire croire qu’il vit toujours au début du siècle pour qu’il ne subisse pas un choc trop brutal. Paul croit être le descendant d’une famille dont il est, en fait, l’ancêtre. Il finit par découvrir la vérité et se dit ravi de vivre à l’époque moderne[435]. » Quant aux personnages principaux, il les dépeint ainsi : Hubert de Tartas : la cinquantaine, metteur en scène de cinéma et solennel imbécile ; Edmée de Tartas : la quarantaine, sa femme, de ces distraites qui pensent à tout ; Didier, 20 ans, leur fils, sans profession, n’en cherche pas ; Sylvie, 17 ans, leur fille, sans passion, en cherche une ; le cousin Charles, 50 ans et pour longtemps, plus oncle que cousin, de ces oncles célibataires et désœuvrés comme toute famille en possède un, etc. Louis souhaite, à juste titre, dépoussiérer cette comédie en plein accord avec Jean Bernard-Luc qui participe à l’adaptation et aux dialogues. Première étape : de metteur en scène de cinéma, Hubert de Tartas devient un industriel fortuné. Seconde étape : Paul Fournier disparaît en 1905 alors qu’il a 25 ans. Troisième étape : le rôle des scientifiques est amplifié. Enfin : dépassé par les événements, Hubert de Tartas se fait à son tour hiberner. On y ajoute encore un enlèvement, une intrigue amoureuse et comme il se doit des quiproquos. C’est sur ce nouveau concept que Louis invite à travailler Jacques Vilfrid et Jean Halain, insistant sur son souhait de revêtir plusieurs déguisements : élégant du début du XXe siècle, infirmier, moine, barbu à la Désiré Landru… Il fait entière confiance à Vilfrid et Halain tout en veillant à ce que ses envies soient satisfaites.
À la fin du mois d’octobre, Louis se prépare à retrouver les journalistes pour la première du Gendarme se marie au Gaumont des Champs-Élysées. Une soirée que rien, en apparence, ne devrait troubler. Toute l’équipe du film est présente et chacun se montre content du résultat à l’exception de Jean Lefebvre. Il ne lui échappe pas que la plupart des scènes où il était censé apparaître seul ont disparu ! Sa présence dans cette histoire est réduite à la portion congrue. Jean Lefebvre comprend mieux pourquoi, lors du tournage, il n’avait pas été invité à visionner les rushes, et il ne tarde pas à laisser exploser sa colère lors du traditionnel cocktail auquel n’assistent ni Louis ni Jeanne. S’approchant de Gérard Beytout, il lui lâche : « Excuse-moi, je t’ai escroqué… » avant d’hurler à la cantonade : « J’ai escroqué mon producteur ! J’ai escroqué le public ! Je n’apparais pas à l’écran ainsi que mon contrat le prévoyait. C’est dégueulasse ! » Il ajoute encore : « On aurait pu me prévenir. Certes, je ne suis pas une vedette, mais j’ai un certain public et ce public qui m’aime va être déçu ! » Un tel esclandre ne peut qu’attiser la curiosité des journalistes présents, lesquels se précipitent sur un Jean Lefebvre qui ne demande que cela.
Le comédien « censuré » parle de sabotage et accuse Louis de Funès d’être l’auteur de ce « tripatouillage ». Ses propos sont si venimeux que Beytout menace de porter plainte. Quant à Louis, il garde le silence, sachant pertinemment qu’il n’est pour rien dans cette histoire même s’il ne peut ignorer — n’a-t-il pas supervisé le montage final du Gendarme se marie ? — que Jean Girault a choisi d’élaguer les fameuses scènes dont celle où Fougasse, balayant la cour de la gendarmerie, badine avec Nicole. L’affaire Lefebvre prend une telle proportion dans les rubriques à potins de la presse parisienne que Jean Girault exige un droit de réponse publié dans Paris-Jour[436] où il écrit : « M. Lefebvre s’estime le figurant le mieux payé du monde. Qu’il le reste. Il prétend, avec l’audace des médiocres, que je lui ai coupé “toutes les scènes où il avait une chance d’écraser Louis de Funès”. Je pense, personnellement, que je lui ai rendu un fier service en lui évitant des comparaisons désagréables. […] Lorsque M. de Funès est sur un plateau, il répète dix, vingt, cinquante fois la scène qu’il a à tourner. M. Lefebvre arrive en donnant l’impression déplorable à toute l’équipe technique qu’il n’a jamais rien lu du scénario. À vous de juger ! En conclusion, je peux assurer à M. Lefebvre que ses vœux seront exaucés. Il n’y aura plus, en effet, de Fougasse dans les prochains Gendarmes, et M. Girault ne se donnera plus la peine d’aider un comédien qu’il aimait beaucoup et qui l’a beaucoup déçu. » Maintenant, il reste à connaître les raisons qui ont contraint Jean Girault à « couper » Jean Lefebvre. Pour Michel Galabru : « Jean Lefebvre se trompe. Louis de Funès n’a jamais rien fait couper qui le concerne. C’est quelqu’un d’autre, qui est intervenu dans le montage. Pas Louis. D’ailleurs, Louis n’avait pas peur de Jean[437]… » Pour Jean Tournier, directeur de la photo avec Marcel Grignon sur le tournage du Gendarme se marie, la vérité est moins glorieuse : « Jean Lefebvre ne faisait pas preuve d’un grand sérieux. Il arrivait toujours en retard sur le plateau et il ne savait pas son texte. Mais le plus gênant est qu’il passait ses nuits au casino et qu’il arrivait passablement éméché. Il parvenait tout de même à faire son travail, mais quand, le soir, on visionnait sa prestation, c’était une catastrophe à l’image. Plusieurs fois, Jean Girault a essayé de le raisonner, mais rien n’y faisait. En toute honnêteté, Girault a eu raison de ne pas conserver ses quelques scènes. D’une certaine manière, il a rendu service à Jean Lefebvre[438]. » Quoi qu’il en soit, Gérard Beytout retire sa plainte et Jean Lefebvre sera du prochain Gendarme grâce à Louis de Funès qui plaidera sa cause auprès de Jean Girault.
435
Résumé extrait du programme élaboré pour la création de la pièce le 26 janvier 1957 au Théâtre de l’Athénée avec Jean Parédès, Claude Nicot, Germaine Auger, Marie-Blanche Vergnes, André Philip, Marie-José Pinel, Jean-Pierre Marielle, Pierre Mirat, Jean-Marie Bon, François Guérin… La mise en scène était signée Georges Vitaly.
436
Article cité par Bertrand Dicale, op. cit., p. 369.
437
Michel Galabru à Brigitte Kernel, op. cit., p. 127.
438
Témoignage de Jean Tournier à l’auteur recueilli le 13 septembre 2001.